‹ Œuvres de A. de Longpérier (volume 2)Chapitre 58 sur 128 · RELIQUAIRE DE SAINT GHARLEMAGNE · texte numérisé non relu

RELIQUAIRE DE SAINT GHARLEMAGNE

raine, sur les monnaies (1) que ce prince frappa à Nancy (1155-1176). Mathieu était gendre du second duc Frédéric; mais on ne saurait rien conclure de ce rapprochement, quant k la distinction entre le père et le fils, puisque, quel que soit celui des deux princes que l'on ait voulu représenter, on lui aura donné le costume en usage en 1166; mais au moins cette similitude d'ajustement concourt à prouver que le reliquaire appartient bien certainement au milieu du xn^ siècle. Au moyen âge on ne faisait pas d'archaïsme, et un monument de cette époque ne peut être plus récent que le costume qu'il représente.

CONRAD' Il ROMANOR REX. Buste de Conrad.

Conrad, oncle et prédécesseur immédiat de Barberousse, n*ayant point reçu le sacre impérial, se faisait scrupule de prendre le titre d'empereur dans ses chartes; il ne dérogeait à cette coutume modeste que dans ses relations avec les empereurs d'Orient, afin de traiter de pair avec eux. Ici comme dans les chartes il ne reçoit que le titre de roi. Cette circonstance prouve surabondamment que le reliquaire est de travail allemand. S'il eût été fabriqué à Constantinople ou même par des ouvriers byzantins venus en Occident, il est à croire que Conrad y eût été qualifié empereur^ titre sous lequel il était connu par les Grecs. Le chiffre ordinal II, dont la présence est insolite dans une légende du xn® siècle, est là pour indiquer que c'est bien positivement l'oncle de l'empereur que l'on a eu dessein de faire entrer dans cette composition. Conrad de Hohenstauffen est appelé second parce qu'alors on ne tenait pas compte de Conrad P% roi de Germanie.

BEATRIX ROMA IPATRIX AVG'A. Buste de Béatrix, tourné à gauche, tenant de la main droite, recouverte d'une draperie, une croix double.

En l'année 1156 l'empereur, qui avait répudié depuis trois ans Adèle de Vohbourg sa première femme, épousa Béatrix, fille unique et héritière de Renaud III, comte palatin de Bourgogne. Cette princesse mourut en 1185.

(1) V. F. de Saulcy, Monnaies des ducs héréditaires de Lorraine, 1841, pi. 1 . uo» 7 et 8.

FREDERIC ROMANOR IPATOR AVG. Buste de Frédéric Barberousse, tourné à droite, tenant son sceptre et le globe impérial.

Barberousse avait voué un culte véritable à Charlemagne, et, dans la chaleur de son enthousiasme pour le fils de Pépin, dont les vastes conquêtes étaient Tobjet de sa constante émulation, il avait sollicité et obtenu du pape Pascal III (Guy de Crème), qu'il le canonisât. C'est qu'alors cette sanction ecclésiastique n'était en quelque sorte que l'expression la plus haute de l'estime politique, tout comme l'excommunication n'était qu'une pénalité bien souvent appliquée dans des circonstances entièrement étrangères aux intérêts de la foi.

Il faut dire que Guy de Crème (1164-H68) était un pape créé par les Gibelins et que Rome ne reconnaît pas. Cependant, depuis celte époque, on a toujours célébré la fête do Charlemagne à Âix et en plusieurs autres lieux sans que l'Église s'y soit opposée; elle accepte donc tacitement Charlemagne comme saint, et tel est l'avis de Baronius et de Bellarmin. Les BoUandistes ont placé sa fête au 28 de janvier.

Une des cérémonies, non pas indispensables, mais du moins très habituelles, qui précédaient la canonisation, c'était la translation des reliques. Nous avons un diplôme de Frédéric de elevatione et canonizatione S. Caroli. Après avoir énuméré toutes les vertus de Charles, au premier rang desquelles figure sa libéralité envers les églises et les abbayes, toutes ses grandes actions, les contrées qu'il a soumises à la foi chrétienne, Barberousse ajoute :

« En conséquence et attendu que nous sommes pleins de confiance dans les actes glorieux et les mérites du très saint empereur Charles, engagé par la pressante invitation de notre très cher ami Henri, roi d'Angleterre, avec l'assentiment et l'autorité du seigneur Pascal, et de l'avis de tous les princes tant séculiers qu'ecclésiastiques, pour l'élévation, l'exaltation et la canonisation de son très saint corps, nous avons célébré à Aix, le jour de Noël, une assemblée solennelle dans laquelle son très saint corps (qui avait, dans la crainte d'ennemis

extérieurs ou domestiques, été soigneusement caché, mais qui fut manifesté par une révélation divine) a été, au milieu d'une grande affluence de princes et d'une immense multitude de clercs et de peuple, tous chantant des hymnes et des cantiques spirituels, relevé et exalté par nous avec crainte el respect, à la louange et pour la gloire du nom du Christ, pour laiTermissement de Tempire romain et pour le salut de notre chère épouse l'impératrice Béatrix et de nos fils Frédéric el Henri (1). »

On voit par là que Béatrix, qui ne quittait guère Tempereur. même pendant ses expéditions militaires, assistait à la cérémonie; quant à ses deux fils, ils devaient être très jeunes, car< Henri l'aîné, qui est nommé ici le second, je ne sais pourquoi, était né en 4165.

Henri H, roi d'Angleterre (1154-1189), cité dans cette charte, était fils de Geoffroi Plantagenet, comte d'Anjou el de Mathilde, veuve de Tempereur Henri V. Il est assez singulier que Frédéric n'ait pas jugé à propos de mentionner le prince français qui occupait alors le trône de Charlemagne. Il est vrai que depuis 1189 Louis le Jeune et l'empereur étaient divisés par des querelles religieuses; ce ne fut qu'en 1171 qu'ils signèrent un traité d'alliance à l'effet d'exterminer des bandits armés qui dévastaient la France et l'Allemagne.

Maintenant que j'ai donné un aperçu du rôle historique de chacun des personnages que représente le reliquaire, de ses rapports avec Charlemagne et Barberousse, on conviendra avec moi que ce dernier seul a pu avoir la pensée de réunir leurs images, et que cette idée ne peut lui avoir été suggérée que par le besoin de conserver un monument de la grande cérémonie religieuse à laquelle il reconnaissait le pouvoir daffennir l empire romain.

J'ai déjà dit que je croyais la châsse de Charlemagne de travail allemand, et il me parait nécessaire d'insister sur celle opinion parce qu'il est à peu près convenu depuis une quin-

(1) Boiland., t. Il de janvier, p. 888.

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