PL. III
A propos d'une figurine antique publiée dans un des précédents volumes de ce recueil (1), nous avons dit quelques mots touchant les représentations de la Mort chez les anciens. Après tout ce que l'on a déjà imprimé à ce sujet , un travail complet sur cette matière intéressante est encore à faire, et nous l'attendons du savoir de l'un de nos collaborateurs. Nous avons fait remarquer avec quelle imperfection les artistes grecs et romains imitaient le squelette sur lequel ils semblent n'avoir jeté les yeux qu'avec horreur et qu'ils ne reproduisaient vraisemblablement que de souvenir. Il est assez probable que l'usage de brûler les corps devait rendre très rares les occasions de contempler la charpente osseuse de l'homme.
Les premiers chrétiens ne brûlaient pas les cadavres, à la vérité, mais ils les cachaient avec soin pour les soustraire à la profanation, et alors même qu'ils n'eurent rien à craindre à cet égard, ils ne portèrent point leur attention de ce côté. C'est qu'il faut bien le dire, si le christianisme modifia profondément les institutions et la foi, il conserva jusqu'au xir siècle l'art antique et ses traditions, et pour exprimer des idées
(1) Revitef t. I, p. 458. «- V. p. 105 du tome II des Œuvres de A. de Longpérier.
LE DIT DES TROIS MORTS ET DES TROIS VIFS. i%7
nouvelles il n'accrut point le cercle des représentations consacrées. Nous serions tenté d'afBrmer que les artistes chrétiens des douze premiers siècles de notre ère, n*ont jamais pensé à représenter des squelettes, par la seule raison qu'il ne s'en trouvait pas dans les compositions romaines qui avaient servi de guide à leurs premiers essais.
Au xin® siècle, époque d'imagination, de mouvement intellectuel, de renaissance, si l'on peut s'exprimer ainsi, nous voyons tout d*un coup apparaître des images de la mort hideusement fidèles.
Jusque-là, la religion avait pu présenter à l'esprit des hommes la fin d'une existence pieuse et vouée au service du Christ, sous une forme gracieuse et faite pour exciter le zèle et le désir. Tout à coup s'opère la substitution d'une figure matérielle et horrible, calculée pour jeter Teffroi dans les âmes et faire reculer les plus endurcis dans la voie de perdition et d'orgueil où ils se sont engagés. Il s'agit d'impressionner vivement et de faire rentrer en eux-mêmes d'insolents gentilshommes qui ne songent guère qu'au luxe de la parure et de la chasse. C'est au xm* siècle que nous voyons paraître, dans les recueils de moralités, le Dit des trois Morts et des trois Vifs. Cette poésie est accompagnée d'une vignette qui nous montre trois squelettes debout exhortant trois jeunes hommes richVment vêtus. Nous allons donner un aperçu du colloque qui s'établit entre ces six personnages.
Un beau manuscrit du xiii® siècle, qui faisait autrefois partie de la bibliothèque du duc de Lavallière (1) renferme trois rédactions de la moralité qui nous occupe. La première est composée par Baudouin de Condé et contient cent soixantedeux vers ; la seconde, de deux cent seize vers, a pour auteur Nicholes de Marginal^ et la troisième, de cent quatre-vingtdouze vers, est anonyme.
Nous retrouvons la version de Baudouin de Condé avec quelques variantes et deux vers de plus dans un manuscrit
(1) Catal. de la Bibl. du duc de Lavallière, 1783, t. II, p. 285, no 2736.
du xni' siècle conservé à la Bibliothèque royale (ms. Reg. 6988*,*}. Ce même volume cou tient une quatrième rédaction, anonyme, composée de cent quarante-quatre vers, et commençant ainsi :
Compains vois tu ce que ie voi, A pou que ie ne me desvoi ; De grant paour le cuers me tramblo, Vois tu là ces trois mors ensemble.
La pièce finit par ces deux vers :
Par raison n'est mieudres trésors :
Hon sages s*ame doit garder.
La vignette, au lieu de trois jeunes hommes, représente trois femmes. Au reste, ce volume a été analysé par M. Paulin Paris, dans ses Manuscrits français (1), et nous renvoyons ù cet important ouvrage.
La vignette que nous publions aujourd'hui a été tirée, par M. Etienne Cartier, du manuscrit 175 (fonds français) de la Bibliothèque de TArsenaL Le texte, écrit vers le conunencement du xiv** siècle, appartient à Baudouin de Condé, mais la rédaction diffère, en quelques mots, de celles que nous avons déjà indiquées. Toutefois le nombre de vers est de cent soixante-deux comme dans la première copie, et les discours sont les mêmes, quant au sens, dans toutes les trois. Voici le début :
Selonc la matere vous conte Quil furent si com^duc et conte ; Troi noble borne de grant aroi Et de riche, corn fill à roi ; Et avoec moult joli et gent Et orgueilleus vers toute gent.
Un jour, pour abattre leur fierté. Dieu leur envoya une apparition effrayante.
Troi mort de ver mengié,
Lait et defRguré de cors.
(4) T. VI, p. 246 et 251.
C'était un contraste frappant avec ces trois vivants, si beaux et si nobles de visage, et nous devons dire que la vignette dessinée avec un grand soin et par un artiste certainement très habile, exprime parfaitement cette idée.
Li troi vif voient les troi mors, De grief morsure ij fois mors; Prime de mors, et puis de vers. •
ils considèrent d'abord ces visages décharnés, puis ils jettent les yeux sur les corps que la mort et les vers ont rongés pendant mainte saison.
Compaignon, dist li uns des trois Vis homes, je suis moult destrois* De paour de ces trois mors la ; Veez de chascun com mors Ta Fait lait et hideus por veoir.
Le second seigneur prend la parole, et fait remarquer que Dieu envoie ce mirooir pour que l'orgueilleux y reconnaisse sa destinée, et il exprime sa pensée au moyen d'une série de jeux de mots qui rappelle les allitérations dont les Orientaux font un si grand abus, dans leurs écrits poétiques surtout.
Le troisième vif, à son tour, blasonnc les squelettes et fait rénumération de tout ce qu'ils ont perdu. Le premier mort, s adressant alors aux trois jeunes hommes, leur dit : Seigneurs, regardez-nous en plein visage.
....... Vées quel sommes,
Tel seres vous. Et tel com ore Estes, fumes
Puis après quelques réflexions sur son ancien état, lorsqu'il était encore au nombre des vivants, lui, homme de cœur, qui fut duc (ses deux compagnons ont été l'un comte, l'autre marquis), il ajoute :
Avons aparus,
Pource que vous metons a voie De bien; et Dieu vous i avoie.
Le second mort, ne voulant pas rester en arrière du second
vif, sous le rapport de Tesprit commence une série de jeux de mots dont la mors et la morsure d'Adam, lorsqu'il mangea la pomme, font tous les frais.
Ha! mors, maie mors, grief mors sure, Mors felenesse de morsure, Com tu es doutragens desrois, Quant,, ainsi, mors la char des rois.
Des princes, des ducs, et des contes.
Bien nous rens tous oscurs et noirs, Mors qui venis de père en hoirs Et, doirs en hoirs, convient que père, Pour ce mal mors de notre père Premier, qui ot anon Adans, Qui nous a penés, moult à dans ; Car de son mors vient nostre mors.
Il faut unjour quitter la vie, dit à son tour le troisième mort: jeunes et vieux sont soumis à cette loi. Dans la vie, d'ailleurs, il y a plus de sujets de deuil que de causes de joie. Contre la mort il n'y a qu'un seul moyen de défense, c'est d'employer sa main aux bonnes œuvres. Demeurer une heure dans le péché, c'est se vouer à une mort qui dure éternellement, cl qui sera d'autant plus cruelle, que l'on aura tardé plus longtemps à se repentir :
Tout trois, de bon cuer et de fin, Que Dieux vous prengne à bon defîn.
Là se termine le poème qui est fort loin de valoir la peinture dont il est ornél
Quoique le sujet de cette moralité soit pieux au fond, onny remarque rien dans la forme de particulièrement clérical ; nous ne savons donc réellement pas sur quel fait inconnu s'appuie M. Hippolyte Fortoul (1), lorsqu'il prétend, dans son ouvrage intitulé la Dame des Morts^ que le Dit des trois Morts et des trois Vifs avait été répandu par les moines, et surtout lorsqu'il en donne la version suivante : « Un pieux solitaire avait eu
(i) La Darioe des Morts dessinée par Hans Uolbein, etc., expliquée par Hippolyte Fortoul, Paris, 1842, p. 33.
une vision dans laquelle trois princes de la terre allant à la chasse, à cheval, le faucon au poing, avaient aperçu, au milieu de la forêt, trois morts se dresser, dépouillés et nus, devant eux, pour leur faire comprendre en quel misérable état leurs richesses ne les empêcheraient pas de tomber un jour. » Le même écrivain ajoute un peu plus loin : « Comment les artistes interprétèrent-ils la légende monacale? » Nous avons étudié avec soin chaque vers des différente^ copies que renferment les manuscrits de la Bibliothèque royale et de la Bibliothèque de T Arsenal, et il nous a été impossible de découvrir dans ces œuvres de trouvères la moindre mention du solitaire auquel M. Fortoul attribue la vision des trois morts. Du moins nous croyons avoir deviné la cause de ce que nous considérons comme une erreur de la part du savant professeur de Toulouse. A défaut de faits positifs allégués par cet écrivain, nous sommes conduit h supposer qu'il fait allusion à la peinture d'Andréa Orgagna au Carapo Santode Pise. L'artiste florentin a, comme on sait, décoré, dans la seconde moitié du xiv® siècle, une partie de la muraille du célèbre cloître ; dans la grande et bizarre composition connue sous le nom de Triomphe de la Mort y qu'il a tracée, on remarque une scène évidemment empruntée au Dit des trois Morts et des trois Vifs. On aperçoit au premier plan trois cercueils découverts, dans lesquels sont des cadavres, dévorés par des vers d'une prodigieuse grandeur, et devant lesquels s'arrêtent étonnés trois cavaliers couronnés, dont l'un porte un faucon sur le poing. Ils sont accompagnés d'écuyers et de valets de chasse. Au second plan, et près des cercueils, un ermite assis tient un rouleau sur lequel on lit :
Se nostra mente Ga ben accorta, Tenendo fîsa qui la vista afilitta, La vana gloria ci sarà sconfitta E la superbia ci sarà ben morta.
On parait ignorer complètement en Italie (1) l'origine de
(1) V. Lasinlo, auteur du texte explicatif des planches deRossi. — Giovanni,
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cette représentation quo l'on considère comme un caprice de l'imagination féconde d'Andréa Orgagna ; tandis qu'il est évident pour nous que la moralité française, peut-être apportée par le Dante en Toscane, avait inspiré au peintre cet épisode de son œuvre. Le solitaire introduit là par Orgagna, et sur la présence duquel se fonde Terreur de M. Fortoul, sert pour ainsi dire de transition entre le Triomphe de la Mort et la scène adjacente, intitulée : les Anachorètes de la Thébaide. Dans cette partie du Campo Santo les tableaux ne sont pas séparés par des cadres comme ceux que l'on doit au pinceau de Buffalmacco et de Benozzo Gozzoli ; il a donc fallu relier entre elles des compositions d'un ordre très différent. Orgagna, faisant succéder le tableau de l'anéantissement des grandeurs humaines à celui de la pauvreté des premiers pères du désert, a fait tourner la difficulté au profit de son œuvre en donnant à l'un des solitaires le rôle de spectateur, philosophant sur Tantithèse des trois morts et des trois vifs. Le graveur Rossi, en copiant les peintures du Campo Santo, a divisé ses planches de façon que l'anachorète, auquel du reste on donne le nom de saint Macaire^ est séparé de ses frères et abandonné dans la planche du Triomphe de la Mort, Un examen superficiel de la publication de Rossi a pu faire supposer que le saint Macaire était un personnage obligé dans la scène des trois Morts, tandis qu'il n'est en réalité qu'un hors-d'œuvre dont on serait fort embarrassé, je pense, de citer un exemple fourni par des manuscrits antérieurs à Andréa Orgagna. Nous trouvons encore dans l'ouvrage de M. Hippolyte Fortoul la remarque suivante :
f< Le nom de saint Macaire, qui joue le principal rôle dans l'œuvre do l'artiste florentin, s'altéra dans la bouche du peu* pie et se changea en celui de Macabre, qui se répandit au siècle suivant. »
N'élait-ce point pour arriver à cette conclusion que M. Fortoul, séduit par une ressemblance de nom assez peu significa-
Rosini, dans sa Descrizione délie pittitre del Campo Santo (Piàe, 1837, p. 23), oo parall pas avoir soupçouoé Texistencc de la Moralité française.
LE DIT DES TROIS MORTS ET DES TROIS VIFS. Jî)3
livc, a donné tant d'importance au personnage secondaire de saint Macaire ?
Nous ne nous proposons pas ici de discut(?r Torigine de la Dame macabre^ mais nous dirons en passant que le mot arabe rnacabra (pluriel, macaber), signifiant cimetière, fournit une étymologie qui nous satisfait pleinement. Venu d'Orient ou bien plutôt d'Espagne, ce mot exotique a dû être d'autant plus facilement adopté qu'il servait à caractériser un spectacle étrange ; sa signification du reste s'accorde parfaitement avec la nature des lieux où l'on représenta pour la première fois, h notre connaissance, la Danse macabre. Quel nom pouvait être plus convenable que celui de Danse des cimetières à cette lugubre comédie destinée aux .tréteaux du charnier des Innocents?
Mais revenons à la moralité des trois Morts ; nous retrouvons une vignette qui la représente dans un manuscrit de la dernière moitié du xiv" siècle, livre de prière fait pour Marguerite de Flandre, femme de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne (1). Dans cette peinture les trois seigneurs sont à cheval comme dans la fresque d'Orgagna.
Non seulement le Dit des trois Morts fut maintes fois peint dans les manuscrits, mais nous savons aussi que Jean, duc de Berry, le fit sculpter, en 1408, sur le grand portail méridional de l'église des Saints Innocents, à Paris. On voyait d'un côté les trois Vifs chassant dans, une forêt, et de l'autre les trois Morts qui se dressent devant eux. Une inscription en vers faisait connaître la date et le sujet de cette sculpture, ainsi que le nom du prince qui Tavait fait exécuter (2). Depuis l'invention de l'imprimerie, le Dit des trois Morts a été souvent reproduit comme complément de la Z)«n5e macabre. M. Peignot a recueilli avec soin le titre de tous les ouvrages où figure cette composition (3).
Pour nous, il n'entre pas dans notre plan de suivre plus
(1) Vivaut-Denou, Monuments lies arts du dessiti^ t. 1, pi. XLV.
(2) Histoire de Chartes VI, par Deuis Godcfroy. Paris, 1G33, iu-fol., p. 674.
(3) Becherches histor, et littér. sur les dahses des morts, DijoOi 1826, iii-8.
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19i Le dit des trois MORTS ET DES TROIS VIFS.
longtemps l'histoire de cette fable ; il nous a suffi d'exposer les éléments principaux qui peuvent servir à l'étudier. Nous avons cru également qu'il n'était pas inutile de faire voir que le personnage de saint Macaire ne s'y rattachait par aucun lien nécessairej et qu'il ne fallait en aucune manière attribuer aux moines une idée qui, bien que conforme aux idées chrétiennes, n'en est pas moins toute philosophique et bien assez frappante pour avoir exercé l'iinagi nation de nos anciens poètes. Quant au nombre des morts que l'on pourrait rapprocher de celui des tria faia, nous devons dire qu'en l'absence de données positives à cet égard, nous croyons prudent de nous interdire tonte hypothèse hasardée.
LA FERTÉ-SOLS-JOUARRE. — REBAIS. — FAREMOUTIER JOUARRE. — JUILLY. — MOiNTCEAUX.
( Extrait du tome III de YHistoire des Villes de France,
1845, pp. 66-83.}
On ne possède aucune donnée historique sur Torigine de cette ville; il paraît constant que les Mcldes, chez qui César avait fait construire quarante barques pour passer .dans la Grande-Bretagne y n'étaient point ceux des bords de la Marne; d'Anville les place près de TEscaut, entre Gand et Bruges. On pourrait toutefois supposer que les Meldes de la Belgique et ceux qui fondèrent Meaux appartenaient à la même famille, sans chercher à déterminer cependant à laquelle des deux branches il faudrait attribuer Tantériorité. Nous aurions peutêtre aussi la raison de la communauté étymologique des noms de Bruges et de Brie qui Fun et l'autre sont plus récents que celui des Meldes.
Au temps de Strabon, c'est-à-dire au commencement du 1^' siècle de notre ère, il y avait un peuple de Meldes auprès des Parisiij et leur cité devait dès lors avoir quelque importance. Une inscription tracée en grands et beaux caractères sur une pierre longue de plusieurs mètres, mais fort brisée, fut trouvée il y a quelques années au nord de Meaux, dans remplacement de la ville gallo-romaine. Voici ce que Ton en peut lire encore:
. .ORIX.ORGETORI
. AVG.THEATRVM.CIVI. .
M.D.S.P.D. EFFECERVN.
... AVRICVS.FIL
La présence de noms toulà fait celtiques dans celte inscriplion, aussi bien que la forme des lettres, concourt à classer ce monument épigraphique parmi les plus anciens de la Gaule. Malheureusement il ne nous fait pas connaître le nom de la cité, et nous en sommes encore réduit à celui de latinum que. seul entre tous les anciens auteurs, Ptolémée donne à la ville des Meldes. Pline TAncien avait aussi mentionné les MeUi Liben. Quoi qu'il en soit, la dénomination primitive de la ville disparut bientôt, et fut remplacée par une forme altérée du nom du peuple. Sur trois tiers de sol d'or frappés au temps des rois Mérovingiens par les officiers monétaires Betto, Martin et Gudumundus, le mot Meldus parait accompagné du litre de Civitds. Or ce mot, devenu synonyme de résidence épiscopale au moyeu ftge, indique un État important à une époque bien antérieure à Tinvasion des Francs.
Grégoire de Tours nous apprend que vers la fin du vi* siècle (luerpin vi Gondebaud furent successivement comtes de Meaux. Gondebuud avait supplanté Guerpin, qui Tassassina et fui à sou tour mis à mort par la famille de son compétiteur. Âpres la mort de Clovis, en 51 1, Meaux échut en partage à Chil- (lebert, roi de Paris; en S6i, cette ville était comprise dans le royaume d'Austrasie, soumis alors à Sigebert I®'; et lorsque ce prince fut assassiné par ordre de Frédégonde (S7S), on retint ses deux filles, Ingonde et Clotswinde, prisonnières à Meaux. Childebert, le fils de Sigebert, habitait Meaux, quand son oncle Chilpéric tomba aussi à Ch elles (584) sous les coups des assassins. Plus tard enfin le traité de paix conclu à Andelot entre Gonlran, roi de Bourgogne, et Childebert, assura la possession de Meaux à ce dernier.
Voilà tout ce que nous savons de Thistoire politique de Meaux sous la dynastie mérovingienne. Un sujet tout à fait caractéristique et bien digne d'être étudié, c'est l'immense mouvement religieux qui se fit sentir à cette même époque dans le diocèse. Pendant le cours du vu^ siècle, ou vit très rapidement s'élever les monastères de Faremoulier, de Rebais, (le Jouarre, de Saint-Faron, d'où partirent des missionnaires
qui allèrent raléchîsor rAngletorro et rAllemagne. D'autres moines sortis de Rebais et de Saînt-Faron, fondèrent les abbayes de Pruîm, de Montivilliers. de Jumièges, d'Orbais.
Les rapports continuels qui existaient, dans les premiers sit^cles de VÉglise, entre les chrétiens de l'Asie et la Gaule sont assez connus, mais on n'a pas de notre temps fait attention aux liens religieux par lesquels la Grande-Bretagne était unie à la Brie; l'irlandais Colomban, et l'écossais Fiacre [Ifars?) vinrent fonder près de Meaux, l'un un monastère, l'autre une chapelle devenue célèbre comme lieu de pèlerinage; Sedred et ifithilburg, seconde et troisième abbesses de Faremoutier, étaient l'une fille, l'autre belle-fille d'Annas, roi d'Estanglie, tandis qu'Erkongate, religieuse du même monastère, était fille d'Ercomberht, roi de Kent, et sœur du célèbre Ecgberht. Nous voyons aussi que Hroswitha, femme du roi Annas, quitta la cour de son mari pour venir s'enfermer à Chelles. Wine, évêque de Winchester, avait été fait prêtre en France, et l'irlandais saint Killen habita le monastère de Saint-Faron; on voit que l'émigration anglaise sur le continent a commencé de bonne heure. Sainte Théodechilde, première abbesso do Jouarre, dont le frère, saint Agilbert, alla prêcher en Irlande, était, suivant quelques auteurs ecclésiastiques, fille de Betto, et ce dernier personnage est peut-être le m«*me qui signait la monnaie d'or frappée à Meaux, et dont nous avons parlé précédemment. Le tombeau de sainte Théodechilde existe encore dans la chapelle souterraine située dans le cimetière de Jouan'c. r/est un monument de pierre de liais, très bien sculpté, et orné de six lignes d'inscription. Quoiqu'on n'y trouve aucune date, on ne peut refuser d'admettre que ce tombeau appartient bien réellement a la fin du vu" siècle, et les œuvres d'art do cette époque sont si rares que nous avons cru important de mentionner ce précieux échantillon du style mérovingien.
Faron était un personnage puissant qui exerçait une charge dans la maison du roi Dagobert (1). Il était marié, mais, se
(1) Mabillon cite une charte de ce roi que Faron souscrivit avec le titre de référendaire.
sentant attiré vers l'état ecclésiastique, il se sépara de sa femme et entra dans les ordres; très peu de temps après il fut nommé évêque par le clergé. C'est à ce prélat que Ton doit la fondation du monastère de Sainte-Croix ou de Saint-Faron. Cette célèbre abbaye de Bénédictins était située sur la rive gauche de l'ancien lit de la Marne, et au nord de Meaux. Suivant les annales bénédictines, Oger le Danois et Benoit, son compagnon d'armes, s'y retirèrent. La tradition est si affirmative à cet égard, et elle s'appuie sur le crédit de tant d'auteurs des deux derniers siècles, qu'il devient nécessaire de lui donner une place ici.
Il existait dans l'église de Saint-Faron un mausolée adossé au mur du chœur, et composé d'une grande tombe d'environ trois pieds de hauteur sur laquelle étaient couchées deux figures d'hommes vêtues de l'habit religieux et longues de sept pieds. Au temps de Mabillon, on ne doutait pas que cet ouvrage ne fût du commencement du ix"" siècle. On faisait de l'une des figures accessoires, tenant un sceptre fleuri, un Charlemague accompagné de sa fenune Hildegarde. Un autre personnage, supportant un phylactère, passait pour représenter Oger au moment où il offrit sa sœur Auda en mariage au célèbre Roland. Telle est l'origine que la science des Bénédictins, s'appuyant sur la tradition locale, donnait à ce tombeau. Mais il nous est impossible d'admettre qu'il fût antérieur à la fin du XI* siècle ou même au xii* siècle. C'était au moyen âge une coutume générale, dans les monastères, de se forger des titres mérovingiens ou carlovingiens, et à Saint-Faron, le roman était d'autant plus facile à accréditer qu'il s'appuyait sur un fait réel. En effet, sous le règne de Philippe P', un seigneur de Charmantray, près Meaux, nommé Oger, embrassa la vie monastique, et fut imité par ses deux fils et sa sœur; il vint se renfermer à l'abbaye de Saint-Faron, à laquelle il fit donation de tous ses biens. Ces faits sont constatés par une charte. Que Ion ait élevé un tombeau magnifique à ce bienfaiteur du couvent, rien de plus naturel ; le nom d'Oger aura suffi plus tard pour amener l'histoire fabuleuse du paladin de Charlemagne.
Au commencement du ix« siècle, une fille de ce grand empereur était abbesse de Faremoutier, ce qui valut à cette abbaye plusieurs donations de Louis le Débonnaire, de Lothaire et de Charles le Chauve; ce dernier déclare, par une charte de 842, prendre Tabbaye sous sa garde et sa protection.
Le 17 juin 845, les archevêques de Sens, de Reims et de Bourges assemblèrent un concile à Meaux. Parmi les plaintes formulées dans les canons de ce concile, on remarque le reproche que les évêques adressent au roi de laisser piller les villes par les gens de sa suite et de loger des femmes et des personnes mariées dans les maisons épiscopales. Dans la préface placée en tète des actes de cette assemblée, les évêques citent les invasions des Normands parmi les principales causes des malheurs de ce temps. Une vingtaine d'années plus tard la Brie eut encore à souffrir d'une attaque de ces Barbares. En 862, pendant que Charles le Chauve convoquait ses gens de guerre à Senlis, dans l'intention de faire garder les bords de TOise, de la Marne et de la Seine, les pirates Scandinaves, cantonnés à Saint-Manr, près Paris, mirent à flot leurs petites barques et remontèrent la Marne. Il faisait nuit quand ils entrèrent à rimproviste dans Meaux. Aussitôt Tincendie dissipa l'obscurité. Des habitants furent égorgés dans leurs demeures et dans les rues étroites. Le lendemain, les Normands attaquent le monastère de Saint-Faron et essayent d y mettre le feu ; mais les chevaux des païens s'arrêtent court et refusent d'entrer dans l'enceinte qui renfermait les reliques du saint évêque, et les flammes environnent l'église sans la consumer. Ce qui ne contribua pas peu, disons-le, à sauver Saint-Faron, ce fut l'intervention de Charles le Chauve. Les Normands ayant appris que ce prince leur coupait la retraite au moyen d'un barrage établi sur la Marne en face de Tril-le-Bardou, s'éloignèrent rapidement de l'abbaye. Arrivés avec lui, ils trouvèrent le passage fermé, et les rives occupées par des hommes de guerre : ils n'étaient vraisemblablement pas assez nombreux pour forcer l'obstacle ; aussi leur fallut-il capituler. Ils proposèrent donc de rendre les prises qu'ils avaient faites depuis
leur onlréo dans la Marne, ol de quitter la Seine avec tous les autres Normands pour retourner en mer, et même de se joindre aux soldats du roi pour forcer les autres bandes de pirates h évacuer le royaume. Charles le Chauve accepta, et ils lui donnèrent des otages pour garantie de leurs engagements.
Louis le Bègue étant mort on 869, son fils Louis convoqua à Moaux les plus grands vassaux de la couronne pour se faire solennellement reconnaître, mais un parti de mécontents proposa le trône au roi de Germanie, et en définitive Louis fut appelé à régner conjointement avec son frère Carloman.
En 887, les Normands reparurent sous les murs de Meaui. et ils continuèrent de bloquer la ville, quoique, le 24 juin 888. une partie des leurs eussent été battus par le roi Eudes, près de la forêt de Montfaucon. La ville avait d'abord été défendue par le comte Teutberht, frère d'Auscheric, évêque de Paris, mais ce chef venait de mourir tandis que les maladies et la famine faisaient périr les soldats. Les habitants voyant qu'ils ne pouvaient plus opposer de résistance, résolurent de capituler. Les Normands leur accordèrent la \îe sauve à la condition qu'ils quitteraient tous la ville sans exception, puis ils pillèrent et incendièrent la cité déserte, et lorsque les Meldois voulurent passer la Marne pour se retirer loin de ce théâtre de ruine, ils furent traînés en esclavage au mépris de la capitulation. Sigmond leur évêque fut emmené comme les autres, et Ton ne sait ce qu'il devint. En 891, les Normands poussent encore leurs courses jusqu'à Meaux, mais nous n'avons aucun détail sur cette nouvelle invasion.
Vers la fin du x© siècle, le pays des Meldes se ressentait encore du passage des hommes du nord. Voici un fragment du récit que fait le moine Richer de Reims d'un voyage à Meaux qu'il entreprit quinze jours avant la capture de Charles de Lorraine et de l'archevêque Arnoul, par Hugues Capel, c'est-à-dire vers le 13 mars 991. « Je partis, après avoir reou de mon abbé pour tout secours un palefroi. J'arrivai donc dépourvu d'argent, de bardes et des autres choses nécessaires, au monastère d'Orbais, bien célèbre par la charité de ses habi-
tanls. Là, ranimé par raccucil bienveillant de labbé D., dont la munificence vint à mon aide, je me remis en route le lendemain pour aller jusqu'à Meaux. Mais une fois engagé avec mes deux compagnons dans les sinuosités des bois, les aventures ne nous manquèrent pas. D'abord les embranchements du chemin nous égarèrent et allongèrent notre route de six lieues; ensuite, lorsque nous eûmes dépassé Château-Thierry notre palefroi, qui jusque-là s'était comporté comme Bucéplialo, commença à devenir plus paresseux qu'un âne... Je laissai là le domestique avec les bagages, et, après lui avoir dicté la réponse qu'il aurait à faire aux passants, je lui recommandai de résister au sommeil qui le menaçait, et je repris avec le cavalier de Chartres le chemin de Meaux. Il faisait à peine clair quand j'arrivai au pont de la ville. J'examinai avec soin lo passage; mais je fus exposé à de nouveaux accidents; le pont présentait de si grandes et de si nombreuses ouvertures qu'il n'y eut guère que les gens ayant des relations journalières avec les citoyens qui le franchirent ce jour-là. Mon intrépide compagnon, ne manquant pas de prévoyance en voyage, chercha une barque de tous côtés, et n'en ayant découvert aucune, revint pour affronter les périls du pont. Grâce au ciel, les chevaux passèrent sains et saufs. Le cavalier couvrit de son bouclier les endroits où ce pont s'entr'ouvrait sous les pieds des chevaux; plusieurs fois il rapprocha les planches disjointes; tantôt courbé, tantôt debout; tantôt avançant et tantôt reculant sur ses pas, il parvint, moi l'accompagnant, à passer avec nos montures. La nuit était sombre et couvrait la terre de ses ténèbres quand j'entrai dans la basilique de Saint-Faron. Les religieux se préparaient encore à cette heure à faire une collation de charité ; c'était pour eux un jour solennel. Ils me reçurent comme un frère, m'adressèrent des paroles de bienveillance, et m'offrirent un bon repas. »
Malheureusement pour nous, Richer n'entra pas dans Meaux dont il n'eût pas manqué de nous faire une pittoresque description ; le lendemain il quitta l'abbaye ; il avait hâte d'ar-
river à Chartres où il se rendait pour étudier un manuscrit des Aphorismes d'Hippocrale. Élève du célèbre Gerbert, Richer, comme tout le clergé instruit, ne partageait pas le préjugé populaire sur la fin prochaine du monde, annoncée pour Tan 1000. A quoi lui aurait servi d'apprendre Tart de prolonger la vie à la veille de la destruction universelle de Thumanité?
Nous sommes arrivés à Tépoque à laquelle la possession des richesses et l'organisation féodale éloignent le clergé de l'esprit d'égalité religieuse et de communauté patriarcale les temps primitifs. Un écrivain ecclésiastique nous fait un triste tableau de Tétat où était Téglise de Meaux pendant le xi* siècle : « Les monastères dont Dieu s'était servi pour ranimer dans le clergé séculier les premières semences de la religion, tombèrent bientôt eux-mêmes dans le relâchement le plus effroyable et dans Tabandon ouvert de toutes les règles, je ne dis pas seulement du christianisme et de Tétat monastique, mais de Thonneur même et de la bienséance. » Ni la sainteté de l'évêque Gilbert, ni la science de Gantier Saveyr, ne purenl apporter de remède à un mal dont ils ne comprirent pas, sans doute, la véritable cause. L'évêque Gautier (1045-1082) d'ailleurs, homme de cour et grand seigneur, n'était pas disposé à ralentir le mouvement féodal. Ce prélat fit au contraire acte de souveraineté temporelle en battant monnaie, usage que ses successeurs suivirent jusqu'au xni* siècle. Une cireonstance dut vraisemblablement contribuer à augmenter la réputation de savant dont jouit Gautier P'; nous voulons parler du voyage, fort extraordinaire pour l'époque, qu'il fit en 1047, lorsque Henri P' l'envoya à Kief chercher Anne, fille de laroslaw, duc de Russie. Du reste, nous avons un échantillon de la littérature de ce temps dans les œuvres de Fulcoius, sousdiacre de Meaux : outre la vie de plusieurs saints, on y trouve des épitaphes, des épitres et même des épigrammes, et dans ces morceaux, dont plusieurs sont remarquables, on voit percer, à travers la forme léonine, une certaine tradition antique qui décèle la lecture des bons auteurs latins.
Herbert, fils d'Herbert H, comte de Vcrmandois, et d'Hîl-
dcbrante, fille de Robert le Fort, avait été soigneur de Meaux jusqu'à sa mort, arrivée en 993. Etienne, son fils, étant mort sans enfants, en 1019, Eudes II, comte de Blois, profita d'une parenté, assez éloignée déjà, qui le liait à la famille de Yermandois, pour s'emparer du comté de Meaux qu'il réunit au comté de Champagne. Pendant la guerre de Thibault IV contre le roi Louis le Gros, ce prince, accompagné de Robert II de Flandres, attaqua un jour le comte aux portes mêmes de Meaux, où il le contraignit de se réfugier à la hâte. Thibault échappa, mais le comte de Flandres qui le poursuivait tomba dans la Marne et s'y noya.
Le siège épiscopal de Meaux fut occupé vers la fin du xn* siècle parle cardinal Pierre, homme distingué auquel le pape Alexandre III confia plusieurs importantes missions. Il l'envoya en qualité de légat, en 1173, contre les Vaudois; en 1177, pour rétablir la paix entre Henri II, roi d'Angleterre, et Richard son fils ; et enfin, en 1 178, pour prendre part à la prédication organisée contre les Albigeois et par laquelle on préludait à la déplorable croisade de 1210. En 1179, l'évèque de Meaux, Simon, alla à Rome assister au troisième concile de Latran. La même année vit s'accomplir un acte de la plus haute importance. Le comte de Champagne, Henri I", surnommé le libéral, établit la commune de Meaux, du consentement de Marie sa femme, et de son fils Henri. La charte comprend dans la commune Tril-le-Bardou et Charmentran, sauf les droit» de Tévêque, et Chambry, Congy, Nanteuil, sans conditions. Ce code, aussi bon qu'on pouvait le faire à cette époque, soustrayait les Meldois à la judicature épiscopale et au bon plaisir des prévôts civils. Dom Toussaint Duplessis assure que cette nouveauté ne plut pas à bien des gens. L'évèque de Chartres, revêtu par le pape de l'autorité nécessaire, excommunia Tévêque de Champagne ; mais l'évèque de Meaux eut le bon esprit de comprendre que la liberté fait la base du christianisme ; il ne tint pas compte de la sentence. La charte de commune fut plusieurs fois confirmée. Les effets de cette institution se font encore sentir aujourd'hui^
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ol l'on peut remarquer que les habitants des trois derniers villages désignés dans la charte de H79 jouissent d'une aisance bien rare ailleurs.
L'expulsion générale des Juifs, ordonnée par Philippe- Auguste, en H82, s'accomplit à Meaux comme dans les autres villes: mais on sait que les embarras dans lesquels se trouva le roi le décidèrent seize ans plus tard à rappeler les enfants d'Israël. Ils revinrent certainement dans la Brio, carie censier de 1248 taxe leur cimetière à vingt-neuf deniers, et la maison du juif Robert, au faubourg de Châge, à huit deniers: un acte de 1232 mentionne une maison située dans la Juivcrie; il existe encore un quartier de la ville qui porte ce nom. Enguerrand III de Coucy, qui devint plus tard (H62) vicomlo de Meaux, avait établi une colonie de Juifs dans sa terre do Condé-sur-Marne.
Outre un synode tenu en 962, sur la Marne, in pago Meldensi^ deux conciles, où l'on ne s'occupa que de la déposition de quelques évêques, avaient été réunis à Meaux, en 1080 ol 1083, sous la présidence du légat du papo. En 1204, la cour de Rome fit convoquer un autre concile à Meaux par son légat, à l'occasion du jugement de la cour des pairs, qui ordonnait la confiscation de tous les domaines du roi Jean-sans-Torre au profit de Philippe-Auguste. La réunion prochaine de cellr assemblée alarma Anseau, évèqne de Meaux; craignant qiio le légat ne favorisât le roi d'Angleterre, il en appela au papo et partit même pour Rome afin de soutenir personnellemonl son appel. Cette patriotique intervention porta ses fruits : Innocent III excommunia Jean et voulut même le dépouillor de son royaume d'Angleterre.
Ceux d'fiutre nos lecteurs auxquels la topographie de Meaux est familière, ont du remarquer que dans notre récit nous avons mentionné deux faits, l'arrivée de Richer à Saint-Faron et la mort de Robert de Flandres, qu'il est impossible de concilier avec la disposition actuelle des lieux. Ceci mérite une explication. Meaux était alors situé sur la rive gauche de la Marne tandis qu'aujourd'hui la ville borde la rive droite do
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cette rivière. Jusqu'au xiu® siècle la Marne suivait son cours uaturel vers le nord, au pied de la chaîne de rochers que domine Crégy ; puis, parvenu à ce point, et toujours contrainte par la montagne, elle revenait au sud, et longeait la ville vers le faubourg Saint-Remi. Une charte de 1233, du comte Thibault VI, nous apprend que le chapitre de Meaux se plaignait de ce que la forteresse et ses fossés, principalement ceux de Cornillon, faisaient tort à leurs censives et à leurs moulins, par suite de la division des eaux. La Marne avait été détournée et conduite au pied du château qu'elle rendait presque imprenable, en traversant de Test à Touest une portion de terrain assez basse et certainement habitée antérieurement comme le prouvent les constructions dont les plongeurs ont reconnu l'existence au fond de la rivière.
Ce chc\teau des comtes de Champagne domine toute la ville de Meaux; reconstruit presque en totalité à diverses époques, il sert actuellement de prison. Mais on voit encore sur lamuraille de Test quelques ogives en applique, soutenues par des colonnettes ornées de chapitaux à crochets. Cette décoration du xni'' siècle est absolument semblable à celle qui distingue les constructions souterraines de Provins. La Marne, en se précipitant dans son nouveau lit, abandonna son ancien cours. Les eaux qui descendent de la montagne de Crégy se sont divisées en deux ruisseaux, lesquels vont rejoindre la rivière. En un mot, la ville qui était, avant le xni* siècle, située dans un grand segment limité par une courbe de la Marne, se trouve actuellement au nord de cette rivière et par conséquent en dehors de la Brie. Ce déplacement explique comment, lorsque, en 1622, on érigea le siège de Paris en archevêché, on put lui donner pour suffragant Tévèché de Meaux, qui, par sa position, avait cessé d'appartenir à la province de Sens.
La guerre acharnée des papes contre les empereurs de la maison de Hohenstaulfen eut du retentissement jusque dans la Brie. En 1240, Jacques, évéque de Palestine, et légat du Saint-Siège, assembla à Meaux un concile dans le but de promulguer la sentence d'excommunication dont Grégoire IX
venait de frapper Frédéric IL On ignore si Tévêque de Meaux, Pierre de Cuisy, fut du nombre des prélats qui tentèrent de se rendre à Rome pour. y seconder le pape, et qui furent forcés par la flotte impériale de renoncer à cette entreprise.
La reine Jeanne de Navarre, femme de Philippe le Bel, morte en 1205, choisit pour exécuteur testamentaire Févêque Simon Festu, à qui la tradition, consacrée par divers écrivains, attribue l'emploi d'une somme considérable à la construction de la cathédrale de Meaux. Cet édifice, commencé au x^ siècle, sous Gautier Saveyr, n'a pas dû être fort avancé à cette époque, car on n'en voit aucune indication dans l'édifice actuel, dont les parties les plus anciennes ne remontent pas au delà du xm' siècle. Il est évident qu'au xiv« on poussa fort activement les travaux de construction et que les portions les plus importantes de la cathédrale appartiennent par leur style et par leur arrangement à cette époque élégante ; ce qui semble confirmer la tradition, c'est que l'on voit au grand portail, les figures de Jeanne et de Philippe agenouillés et accompagnés de leurs deux patrons; puis> au-dessus, dans une scène du jugement dernier, la reine, suivie du roi que des anges introduisent aa séjour de félicité. La reconnaissance des Meldois absolvait le petit-fils de Saint-Louis des condamnations de Boniface VIII.
Dans le temps même où les rois et les prélats Cotaient les couvents et les églises, un simple bourgeois de Meaux conçut l'idée de fonder un établissement d'utilité pratique. Jean Rose institua, en 13S6, un hôpital pour vingt-cinq aveugles et dix pauvres enfants, et contenant en outre douze lits pour les voyageurs malheureux. Diverses donations vinrent dans la suite augmenter la prospérité de cette maison qui était desservie par des religieux de l'ordre de Saint-Augustin.
Après la sanglante bataille de Poitiers, le dauphin Charles, pressé de toutes^ parts, se réfugia à Meaux, en 1357, avec la duchesse de Normandie, sa femme, Isabelle, fille du roi, la duchesse d'Orléans et plus de trois cents dames et nobles demoiselles fuyant la Jacquerie de Beauvoysin. D'un autre côté, les habitants de Paris, attachés au parti des Anglais, vou-
lurent s'emparer de Mcaux, et, appelés par le maire, Jacques Soûlas, ils vinrent en grand nombre, sous le commandemant d'un épicier nommé Pierre Gilles, pour se rendre maîtres de la ville. Le Dauphin était parti depuis quelques jours pour aller à Sens d'où il devait se porter contre l'armée anglaise; mais il avait laissé à Meaux le comte de Foix, le captai deBuch et le sire de Hangest, qui se retirèrent avec les dames dans le Grand-Marché, lieu défendu de tous côtés par la rivière et formant comme une forteresse. Là ils eurent deux assauts à soutenir, l'un de la part des Parisiens réunis aux bourgeois de Meaux, l'autre des jacquiers dont le nombre dépassait neuf mille. Ceux-ci, ayant pénétré librement dans la ville, se présentent à la porte du pont qui conduit au marché ; mais le comte de Foix et le captai de Buch les repoussent vigoureusement, les précipitent dans la Marne ou les passent au fil de Tépée, u et en occirent tant qu'ils en estoiént tous ennuyez, » dit Froissart; c'est à peine si deux mille d'entre eux parvinrent à s'échapper. Les bourgeois n'eurent pas un meilleur succès ; la noblesse les défit, les poursuivit dans les rues; le château etles maisons des chanoines furent incendiés; la cathédrale échappa à ce désastre. .On décapita Jacques Soûlas et plusieurs habitants ; d'autres furent pendus.
Le roi Jean venait souvent chasser à Germigny, près Meaux, résidence qui appartenait à l'évêché ; ce fut là qu*en 1363 il donna le duché de Bourgogne au quatrième de ses fils, Robert /e Hardi. Tel fut le commencement de cette puissante famille, si funeste à la France.
En 1374, Robert de Juilly, seigneur de Claye et grand prieur de France, fut élu grand maître de l'ordre de Saint- Jean-de- Jérusalem. Ce chevalier dont tous les historiens altèrent le nom, était originaire des environs de Meaux; il nïourut en 1376 à Rhodes, où Ton voit encore son tombeau dont les Turcs ont fait une fontaine. D'autres personnages de la Brie occupèrent un rang distingué dans les ordres militaires : Renaud et Nicolas de Girême furent chevaliers de Rhodes et grands prieurs de France en 1393 et en 1460; un de leurs pa-
rents, Robert de Girème, fut évêque de Meaux, et, sous sou épiscopat un membre de la même famille prit part à la défense de ce,ltc ville.
Les habitants refusaient de reconnaître l'autorité d'Henri V roi d'Angleterre : ils faisaient même des sorties, allant menacer jusque sous les murs de Paris, le prince anglais qui résolut de se venger. Il s'avança donc vers Meaux à la tète d une armée considérable, et le 5 octobre 1420, il établit son quartier général au château de Rutel; le lendemain il vint camper à Saint-Faron; le duc d'Exeter, le comte de la Marche, et le comte de Warwick prirent position à Chàge, aux Cordeliers, et à Textrémité du faubourg Saint-Nicolas, c'est-à-dire au nord et à l'est de la ville. La place était défendue par le bâtard de Wauru, commandant en chef, le grand bailli Louis Gast, le gouverneur Perron de Luppel, Sinador de Girême, GaicbarJ de Chissé, Philippe Malle t, Jean d'Aunay, Bernard de Meurville, et Jean de TEspinasse, à la tête d'environ mille combattants d'élite, sans compter les bom'geois qui tous avaient pris les armes. Parmi eux se ti'ouvait un religieux de Saint-Denis, Philippe de Rouhaut de Gamaches, d'une illustre famille de Picardie, et dont le frère, Guillaume de Gamaches, défendait en ce moment la ville de Compiègne contre l'ennemi de la France. Les habitants de Meaux soutinrent le siège pendant cinq mois, sans laisser prendre aux Anglais le moindre avantage; à la fin cependant ils manquèrent de vivres. Au commencement de mars, le sîVe d'Oflemont tenta d'introduire dans la place quelques provisions. Comme il montait à l'échelle pour franchir la muraille, à la faveur de la nuit, un soldat qui le précédait laissa tomber sur sa tête un sac de harengs qui le précipita dans le fossé. Au cri que poussèrent ses compagnons dans leur surprise, les sentinelles anglaises arrivèrent, et le sire d'Offemont fut fait prisonnier. Les assiégés n'espérant plus de secours abandonnèrent enfin la ville et se retranchérent dans le Marché. Là, ils se défendirent encore pendant lieux mois, puis finirent pai' se rendre à discrétion. Louis Gast fut conduit à Paris et eut la tête tranchée aux halles.
Sepl ou huit cents personnes moururent dans les prisons, de faim ou de misère.
L'évêque de Meaux fut emmené à Londres ; quant à Philippe de Gamaches, qui avait été élu abbé de Saint-Faron, il devint le prix de la ville de Compiègne, qui d^ailleurs ne pouvait plus tenir contre les forces anglaises. Le bâtard de Wauru fut pendu et nous devons reproduire ici le trait d'étrange cruauté dont le Jommalde Charles VI accuse ce capitaine.
On rapporte qu'ayant un jour capturé un jeune paysan des environs de Meaux, et n'obtenant pas assez promptement la somme d'argent qu'il exigeait, il le fit pendre à un arbre. La femme du paysan étant venue, trop tard, apporter la rançon, fut attachée demi-nue au même arbre, dont les branches supportaient une centaine de cadavres. L'infortunée était enceinte; elle accoucha dans cette horrible situation, sans que personne osât la secourir, et les loups vinrent la dévorer ainsi que l'enfant qu'elle mettait au monde. Cette histoire, dans laquelle nous entrevoyons le commentaire exagéré d'un de ces traits barbares, malheureusement très communs au moyen âge, eut une immense célébrité. Quoi qu'il en soit, le bâtard était coupable aux yeux du roi d'Angleterre, d'avoir défendu la ville ; il fut accroché à l'arbre ainsi que son cousfn Denis de Wauru.
Meaux demeura dix-sept ans au pouvoir des Anglais; ils firent élire un évoque à leur dévotion, Paquîer de Vaux, qui devint plus tard chancelier de Henri VL Pendant l'occupation étrangère, la ville, ruinée par le siège, eut beaucoup à souilrir ; les mœurs s'étaient tellement corrompues que, suivant dom Toussaint Duplessis, « li peine une honnête fille osaitelle mettre le pied dans le cloitre des chanoines. » Enfin le 11 août 1438, le connétable de Richcmont prit la ville d'assaut. Jean Talbot accourut de Normandie pour secourir ses compatriotes, et six cents Anglais parvinrent à se maintenir dans le marché jusqu'au 14 septembre, qu'ils capitulèrent. L'année suivante, ils se rendirent encore maîtres de la ville; mais le connétable les en chassa une seconde fois, le 6 septembre. Au
siège de 1420, les Anglais s'étaient servis pour attaquer Meaux de grosses bombardes de fer forgé , à l'aide desquelles on lançait des boulets de pierre. Le connétable de Richement fit usage de machines de la même espèce, avec lesquelles il battit deux tours en brèche. Quelques-unes de ces pièces, conservées à Meaux pendant quatre siècles, ont été récemment apportées au Musée d'artillerie. A la suite des Anglais vinrent les Bourguignons, qui ravagèrent le pays et incendièrent les archives de l'abbaye de JoUarre, après avoir dispersé les religieuses. Pendant la dernière moitié du xV siècle, l'histoire de Meaux ne se compose que du récit très peu intéressant des luttes du clergé régulier contre l'autorité épiscopale, et des vaines réformes que celui-ci tentait d'opérer dans l'organisation des couvents. Ces conflits incessants peuvent être comparés aux craquements précurseurs d'un édifice prêt à s'écrouler. D se préparait, en effet, un grand mouvement dans l'Église, et l'on va voir que Meaux y prit une part importante. Le diocèse de Meaux est le premier, en France, qui ait donnée asile aux réformateurs. Ce fut sous l'épiscopat de Guillaume Briçonnet, prélat instruit et zélé, que quelques étrangers distingués dans les lettres vinrent apporter dans la Brie, avec le goût des études classiques et bibliques, les premiers germes de la doctrine que Zwingle et Luther propageaient en Allemagne. Le célèbre Guillaume Farel, Jacques Fabri, Arnaud et Gérard Roussel séduisirent, par leur érudition, Tévêque de Meaux; il leur donna des charges dans son église, et il n'en fallut pas davantage pour le faire accuser d'hérésie. Il est vrai que, tout en protestant contre les innovations des réformés, il voulait forcer les curés à la résidence, et qu'il gémissait de l'état religieux de son diocèse, où « il ne se trouvait pas quatorze prêtres en état d'enseigner. »
En 1521, Clément VU ayant accordé des indulgences à toute la chrétienté, à la condition d'un jeûne de trois jours* quelques Meldois déchirèrent les affiches placardées à cetle occasion, et en exposèrent d'autres dans lesquelles ils déclaraient que le pape était l'antéchrist. On les saisit, et, un arrêt
du parlement les condamna à être fouettés publiquement, à Paris, trois jours de suite, par la main du bourreau ; après cette exécution on les renvoya à Meaux, où ils furent de nouveau fustigés, puis marqués d'un fer chaud et chassés hors du royaume. L'un d'eux, Jean le Clerc, se retira à Metz où, ayant brisé quelques images, il fut condamné à mort; il eut le poing coupé, le nez arraché, les bras, les cuisses et la poitrine tenaillés; enfin il fut brûlé à petit feu. Ce fut le premier martyr protestant de France. Deux ecclésiastiques de Meaûx, Mathieu Saulnier et Jacques Pauvant, accusés d'hérésie, furent conduits à Paris, et là le dernier fut brûlé en place de Grève.
A ces malheurs, d'autres non moins terribles étaient venus se joindre. De 1S22 à 1325, la peste ravagea Meaux et ses environs. Nous ne savons si ce fut pour conjurer le fléau que Guillaume Briçonnet fit brûler vif Denys de Rieux et Philippe Papillon, chanoine de la cathédrale. Vingt ans après, Charles- Quint parut à la tête de son armée, près des bords de FOurcq : pendant le mois de septembre 1544, quelques impériaux 8*avancèrent même jusqu a la Ferté-sous-Jouarre. Les habitants de Meaux abandonnèrent leur ville, mais leur terreur ne fut pas de longue durée ; quelques jours plus tard la paix était faite.
Comme on le pense bien, les rigueurs excessives de l'officialité n'avaient fait qu'enflammer le zèle des reformés ; aussi malgré les auto-da-fé, s'élaient-ils considérablement accrus. En 1546 on se saisit de quarante hommes et de dix-neuf femmes qui furent condamnés, par acte du parlement en date du 4 octobre, quatorze d'entre eux à mort, d'autres à faire amende honorable en chemise et la torche au poing, quelquesuns au bannissement et au fouet. Les quatorze condamnés, en tète desquels figuraient Pierre le Clerc et Etienne Mangin, que l'on traîna sur une claie au lieu du supplice, furent brûlés au Grand-Marché, après avoir subi la question extraordinaire. Un enfant fut pendu par les aisselles et fouetté par le bourreau. La maison de Mangin fut rasée. L'arrêt du parlement parut encore trop doux et les exécuteurs reçurent Tordre de
couper la langue à huit de ces protestants, sous prétexte qu ils ne s'étaient pas confessés. L'évèquc Jean de Buz qui avait accusé ces réformés d'idolâtrie, fit brûler sur le Pré-des-Mortîers, le 22 mars 1549, le nommé Malle, convaincu de sorcellerie. Du reste, ce prélat, fort déréglé dans ses mœurs, mourut bientôt après d'une façon qu'on nous saura gré de ne pas rapporter.
Le frère de Tamiral Coligny et du cardinal de Châtillon. d'Andelot, colonel de Tinfanterie française, était, en lo58,au château de Monceaux, près de Meaux, où la cour de Henri II résidait alors. Interrogé par le roi au sujet de la religion catholique, il fit une réponse un peu brusque. Henri, transporté de colère, saisit une lance et voulut en frapper d'Andelol qui esquiva le coup, tandis que le Dauphin fut blessé. Le colonel fut envoyé en prison à Meaux, sous la conduite de Jean Babou de La Boudaisière. Charles IX, ayant, au mois de janvier 1362, permis aux protestants le libre exercice de leur culte, Ip prince de Condé célébra la cène à Meaux avec Coligny, d'Andelot, et le vicomte de Rohan ; les huguenots construisirent un temple au faubourg Cornillon. Pendant plusieurs années on les vit détruire les chapelles, dépouiller les églises, chasser les prêtres catholiques, mais au milieu de leurs excès, ils ne versèrent pas de sang. Les catholiques s'en prenaient de préférence aux personnes. En 1563, un grand nombre de calvinistes assiégés dans le château de Signets, s'étaient rendus à la condition qu'ils auraient la vie sauve; on ne leur tient point parole; amenés à Meaux, il y furent étranglés ainsi que Téchevîn Jean Ciavilier.
Le coup de main que tentèrent les calvinistes en 1367 est devenu célèbre. Charles IX était au château de Montceaux, où il se préparait à tenir un chapitre général de Tordre de Saint- Michel; le prince de Condé et Tamiral résolurent de s'emparer de sa personne; mais le maréchal de Montmorency amena à temps six mille Suisses, et le roi, après avoir passé une journée à Meaux, se retira vers Paris, marchant avec toute la cour au centre d'un carré que la cavalerie du prince harcela sans pouvoir le rompre.
En 1572, Charlotte de Bourbon, fille de Louis II, duc de Montpensier, abbesse de Jouarre, abandonna son couvent, et, suivie de quelques religieuses, elle se retira cbez l'électeur palatin; toutes abjurèrent la religion catholique. Charlotte de Bourbon s'étant rendue à Brielle, y épousa Guillaume de Nassau, prince d'Orange et stathouder de Hollande.
On pourrait croire que la fuite de Tabbesse de Jouarre et de SOS religieuses fut motivée par le sou|)çon de persécutions nouvelles contre les calvinistes ; dans ce cas,révénement aurait justifié sa conduite : ce fut en effet quelques mois après que s'accomplirent les massacres de la Saint-Barthélémy. Meaux eut extrêmement à souffrir : des rues entières furent dépeuplées. Le lieutenant général du bailliage Cosset, et son sergent Dcnys Rolland, se mirent à la tête des meurtriers. Dès le 24 août, on remplit les prisons de calvinistes : le lendemain on fit main -basse sur les femmes de quelques-uns d'entre eux qui avaient pu s'enfuir ; elles furent violées et l'on en poignarda vingt-cinq. Jean Maciet, procureur au bailliage, fut mis en pièces dans la rue. Le 26, la populace se porte aux prisons ; là on appelait par leurs noms les calvinistes qui y étaient renfermés, et à mesure qu'ils sortaient, ils étaient assommés à coups de leviers ou passés au fil de l'épée. On en égorgea ainsi environ quatre-vingts, parmi lesquels se trouvait Nicolas Ozanne, élu, et le greffier Nicolas Maciet, ainsi qu'un grand nombre de bourgeois. Quelques années plus tard de nouveaux troubles désolèrent la ville ; les chanoines prêchèrent la ligue en février 1577. Cette innovation répondant au besoin de mouvement qui tourmentait les esprits, fut accueillie favorablement, et puis c'était un prétexte pour les processions de pénitents et les exécutions, genre de spectacle très recherché de tous. Scipion de Meaux, seigneur de la Ramée, fut saisi les armes à la main ou moment où il enrôlait force gens pour s'emparer de la ville. D fut décapité le 22 juin 1580, devant l'église cathédrale, « au même lieu et du même glaive choisis pour l'exécution de son père, dix-huit ans auparavant. »
En lo8S, le duc de Guise et le cardinal son frère vinrent intriguer auprès des habitants de Meaux pour obtenir d'eux qu'ils embrassassent leur parti, ou du moins qu'ils s'engageassent à |:efuser une garnison royale : la ville, par une espèce de transaction, se maintint neutre assez longtemps. En 1587, Henri Uî y reçut le duc de Guise. A la nouvelle de la mort de ce dernier prince et du cardinal son frère, les Meldois célébrèrent un service funèbre en leur honneur, et se déclarèrent pour le duc de Mayenne, contre le roi. Ils reçurent alors pour gouverneur le sire de Villarceaux. On apprit le 26 mai 1589, que les troupes royales commandées par La Noue, Longueville et autres, venaient assiéger Meaux. D'abord elles s'emparèrent du faubourg Saint-Rcmi et de son église, d'où elles tirèrent force coups d'arquebuse contre la ville, mais on leur répondait du haut des tours. Le lendemain le Marché fut pris par les royalistes qui, apr^s avoir remonté la Marne depuis Mareuil, forcèrent la barricade élevée au bord de la rivière par le chevalier de Thur\\ Celui-ci fut contraint de se retirer vers la ville. Pendant qu'il tenait tète aux assiégeants, on tirait de tous côtés sur les remparts. La Neuville somma les habitants de se rendre. Le sire de Villarceaux demanda trois jours pour en conférer avec ceux de Paris, délai qui lui fut refusé. Alors on tint conseil, et le chevalier de Thury menaça de faire jeter dans les fossés quiconque parlerait de capitulation. On résista donc, et quelques jours après, les troupes royales, craignant l'arrivée de Mayenne, levèrent le siège et s'éloignèrent.
La ville, persévérant dans son engouement pour la Ligue, proclama, après la mort de Henri III, le cardinal de Bourbon, et refusa l'entrée aux troupes du roi de Navarre. Le 1*' août 1590, le duc de Mayenne prit la Ferté-sous-Jouarre après avoir tué une trentaine d'hommes qui défendaient le château et pendu le capitaine à une fenêtre, puis il vint établira Meaux son quartier général ; c'est en ce lieu qu'il fut rejoint, vers la fin du même mois, par le prince de Parme à qui I& garnison, le clergé et le corps de ville rendirent des honneurs
royaux. Au mois de septembre de la même année, le duc d*Aumale imposa aux gens de Meaux le sieur de Rentigny comme gouverneur ; et ce fut quelques jours après que la garde wallonne du cardinal Caïetan pilla le faubourg Saint* Nicolas et brûla le prieuré de Sainte-Céline.
Pendant quatre années, les ligueurs de Meaux livrèrent des combats continuels aux troupes royales cantonnées dans les châteaux des environs; les coups de main, les assauts, les engagements de troupes se succédèrent sans relâche ; enfin, le 12 décembre 1593, Yitry, qui commandait Meaux, étant allé trouver Henri à Mantes, convint de lui rendre la ville, et, rassemblée, convoquée à Fhôtel de ville le jour de Noël, approuva cette résolution. On écrivit à Mayenne pour lui faire savoir que l'on abandonnait son parti. Le duc déchira avec les dents, dit-on, les lettres des bourgeois de Meaux. Le dernier jour de décembre, les échevins, accompagnés d'une vingtaine de notables , allèrent trouver Henri IV à Dammartin. Le lendemain, !•' janvier 1594, le roi se présenta à cinq heures du soir au faubourg Saint-Nicolas ; trois cents habitants de Meaux allèrent à sa rencontre : Bertrand Grandin, président au siège présidial, lui adressa une harangue qu'Henri écouta attentivement et à laquelle il répondit : « Vous avez été ci-devant abusez par mes ennemis sous prétexte de religion; mais vous avez bien connu qu'il y a de Tambition et qu'ils n'ont d'autre but que de mettre mon rolaume aux mains de l'étranger. Vous vous en êtes retirez des premiers, et pour cette cause, je vous veux non seulement maintenir et conserver en vos privilèges anciens, mais je veux vous les augmenter. » Alors, s'avançant vers la porte de Meaux, il la franchit avec son cortège, puis il alla, au bruit de Tartillerie et au milieu d'une foule immense, jusqu'à la cathédrale où le clergé l'attendait. Une belle porte, en forme d'arc de triomphe, avait été construite à l'entrée de la ville pour rappeler ce souvenir; elle a été détruite, il y a une dizaine d'années, sous prétexte d'utilité publique.
Henri IV venait souvent au château de Montceaux qu'il avait
fait reconstruire pour Gabrielle d'Eslrées, marquise de Monlceaux et dame de Meaux ; on voit encore dans le parc de cette résidence royale une allée en pente rapide que le roi fit parcourir k grands pas au duc de Mayenne le 31 décembre 1595. Malgré la saison, le duc, qui était fort gras, ne put supporter cet exercice, et il finit par avouer qu'il n'en pouvait plus. « Mon cousin, lui dit Henri IV, je vous jure que voilà tout le mal que je vous ferai pour celui que vous m'avez fait quand vous étiez chef de la Ligue. » Le duc, rassuré par ces paroles , et considérant qu'il n'y avait pas grand avantage à lutter contre un capitaine qui marchait si bien, se rallia dès ce moment tout à fait au roi, qu'il suivit depuis avec fidélité.
Lorsque l'avènement d'Henri IV eut donné une forte unité au gouvernement, les villes des environs de Paris disparurent du théâtre politique, et Meaux,. plus que toute autre peulètre. La Ligue y avait régné souverainement; la Fronde n'y produisit aucune sensation. Pendant la première moitié du xvu® siècle, on semble n'avoir eu d'autres préoccupations quo de fonder des maisons religieuses qui se multiplièrent^ tant dans la ville qu'aux environs, d'une manière incroyable. La reine Anne d'Autriche vint faire un pèlerinage à Saint- Fiacre, petit village où les femmes vont demander à Dieu d'être fécondes, et c'est à laccomplissement de ce devoir religieux qu elle attribuait la naissance de Louis XIV.
En 1681, Tévèché de Meaux fut donné à Bossuet. Quoique Téloquent prélat n'ait pas toujours fait sa résidence dans son diocèse, il est intéressant de savoir comment il l'administra. Bossuet commença par poursuivre l'abbesse de Faremoutier, qui lui refusait le droit de visite ecclésiastique : puis , après avoir eu gain de cause , il tourna son zèle contre les cal\înistes. Ceux-ci qui, comme on se le rappelle, avaient tenté leurs premiers établissements dans le diocèse de Meaux, venaient d'y tenir un synode très important par sa durée et l'aflluence des docteurs : cette assemblée devait être la dernière où il leur serait permis de discuter publiquement leurs intérêts. L'évèque de Meaux s'occupait à opérer force conversions:
il fut puissamment secondé dans ses travaux apostoliques par le roi Louis XIV. Après la révocation de Tédit de Nantes , en octobre 1683, Bossuet, en moins de deux mois, obtint plus de neuf cents abjurations dans sa ville épiscopale. L^illustre orateur s'en prît aussi aux doctrines des quiétistes. Sa lutte avec Fénelon est trop connue pour qu'il soit nécessaire d'en raconter les circonstances ; puis vint le tour des jansénistes , puis celui de l'abbesse de Jouarre, qui prétendait rester complètement indépendante de la juridiction épiscopale. Henriette de Lorraine invoquait, en sa faveur, des précédents nombreux et anciens; mais Bossuet porta Taffaire devant le parlement, qui lui donna raison. Néanmoins, lorsqu'il se présenta devant rabba3'e, l'entrée lui fut refusée, et l'évêque, pour se faire ouvrir les portes, dut attendre un nouvel arrAt du parlement. Le 2 mars 1692, il vient accompagné du lieutenant général de Meaux et de tout son clergé, mettre le siège devant le monastère, dans lequel il pénètre après avoir fait forcer les portes à deux reprises. L'abbesse ne se rend pas toutefois; elle bat en retraite de cellule en cellule; enfin, elle quitte pour toujours son priem'é de Jouarre et se retire à Port-Royal. Bossuet fit encore un procès à l'abbé de Rebais, à propos de la juridiction, puis il força quelques chanoines qui affectaient de revêtir des soutanes d'une teinte ambitieuse, à revenir à un appareil plus modeste ; il remit aussi dans la droite voie les chanoines de Dammartin. On voit que tout grand écrivain qu'il était, révoque de Meaux ne négligeait aucun détail d'administration. Son goût prononcé pour toute espèce de polémique trouvait à s'exercer de bien des manières. Quand ce prélat mourut à Paris, en 1704, on apporta son corps à Meaux, et il fut enterré dans le chœur de la cathédrale où si souvent il avait fait entendre ce magnifique langage dont il a emporté le secret.
Lorsqu'en 1774 le chancelier Maupcou exila le parlement, ce fut à Rebais qu'une partie des membres de cette célèbre compagnie vint se retirer. En 1789, la ville de Meaux envoya aux états généraux, comme députés du clergé, Barboux et l'abbé
Rualhem ; pour la noblesse, Daguesseau et Clermont-Tonnerre; pour le tiers, Houdet, lieutenant criminel, Desécoutes et Ménager. Au mois de novembre de la même année, la municipalité de Meaux décerna à Nicolas Trohchon une médaille d*or en reconnaissance des secours en grains que ce généreux cultivateur avait procurés à la ville pendant un moment de disette. M. Tronchon fut nommé, en 1791 , député à l'assemblée législative : il fit partie de la chambre des représentants de 1815 et de la Chambre des députés en 1817 et en 1822. A rassemblée nationale, en 1791, la ville de Meaux était représentée par Regnard-Claudin etBéjot. Houdet, qui fut élu maire, et Desécoutes, sont les seuls députés de Seine-et-Marne qui aient assisté à la mémorable réunion du Jeu de Paume. Louis XYI s'arrêta à Meaux avec sa famille et y passa la nuit du 24 juin lorsqu'on le ramena de Varennes à Paris.
Le 4 décembre 1792, un corps de gendarmerie vint de Paris à Meaux demander la mort de tous ceux qui, à titre de suspects, étaient enfermés dans les prisons. La municipalité s'y opposa, mais elle ne put réussir complètement, et quatorze personnes furent massacrées. Dans la nuit du 27 janvier 1793, on arrêta huit habitants de Meaux,. prévenus d'avoir pris pari à ces meurtres, et quelques-uns furent condamnés à mort par le tribunal criminel établi à Melun. Ce fut dans l'abbaye de Saint-Faron que les électeurs 5e réunirent pour nommer un député à la Convention ; leur choix tomba sur Bailly , de Juilly, qui dans le procès de Louis XYI vota pour l'appel au peuple, la réclusion et le bannissement, et enfin pour le sursis. Une lettre du procureur-syndic de Meaux dont Barrère donna lecture à la Convention le 17 septembre, nous apprend que 40,000 habitants du district s'étaient levés en masàe pour aller battre le pays que des malveillants disaient être ravagé parles Bataves. Le Comité de salut public saisit cette occasion pour présenter une loi contre ceux qui répandaient de fausses nouvelles, et Bourdon de l'Oise voulut même faire appliquer, par un effet rétroactif, le décret qui fut voté alors, aux conspirateurs de Meaux.
Jusqu'en 1795, cette ville contesta à Melun le rang de cheflieu de Seine-et-Marne ; pour terminer le différend, les électeurs du département furent chargés de se choisir un cheflieu, et Melun remporta de deux voix. Meaux est aujourd'hui le siège du troisième arrondissement de Seinc-et-Mame, dans lequel on compte plus de 93,400 habitants. Sur ce nombre, 4,105 appartiennent i la ville de la Ferté-sous-Jouarre, et 2,604 au bourg de Jouarre. Rebais et Faremoutier, qui ne contiennent guère chacun plus de 1,000 âmes, font partie de l'arrondissement de Coulommiers (1).
Napoléon avait traversé cette ville lorsqu'il se rendait en Allemagne en 1812 ; il y repassa à son retour de Moscou. Les ressorts de sa voiture se cassèrent à Saint-Jeaù, à trois lieues avant Meaux, et il fut obligé de continuer la route dans un mauvais cabriolet, le seul que le maître de poste de Saint-Jean eût à sa disposition.
Le 24 février 1814, Blûcher ayant jeté trois ponts de bateaux sur l'Aube, y fit passer toutes ses forces, et se dirigea sur Meaux, que défendaient le duc de Raguse et le maréchal Mortier. Blûcher ordonna aux généraux Sacken et Langeron de se diriger sur la ville qui fut attaquée le 27 février dans la soirée. Le combat eut lieu au moulin de Cornillon sur la route qui mène à Coulommiers.
L'artillerie ennemie, placée sur la hauteur, tirait sur la ville et pouvait la foudroyer; on mit le feu au pont construit sur le canal, au pied du moulin qui fut pris et repris trois fois. Enfin les Français ayant placé leurs canons sur la montagne de Blamont de l'autre côté de la rivière, dirigèrent un feu soutenu sur l'ennemi qui fut forcé de se retirer. Le lendemain les Russes en grand nombre attaquèrent le faubourg Saint- Nicolas ; mais un corps de troupes qui arrivait de la bataille
(1) Grégoire de Tours. — Vita Sancti Faronis. — Annales de Saint-Beriin. — Suger, Vie de Louis le Gros, — Dom Toussaint du Plessis, Histoit-e ecclésiastique de Meaux. —Chronique de Richer, moine de Reims.— Manuscrit de 1630, de la bibliothèque du séminaire de Meaux. — Manuscrit de Pierre Janvier. — Manuscrit de M. Veillet-Deveaux. — Chronique de Ftoissart. — Prud'homme, Journal de la Révolution. — Moniteur.
de Montmirail les battit complètement sur la route de May et de Lizy, et les rejeta dans les marais et les bois de Crouy. Quelque temps après, Tarmée russe, profitant d'un moment où Meaux était dépourvue de troupes, revint par la route de la Ferté-Milon, prit la ville et fit sauter le magasin à poudre : les Russes pillèrent plusieurs maisons et séjournèrent dans le pays jusqu'à la capitulation de Paris. Ils étaient là pour faire les honneurs de la ville au comte d'Artois, lorsqu'il vint y passer deux jours avant de faire son entrée dans la capitale.
Après la bataille de Waterloo, les généraux Yandamme et Excelmans, qui opéraient leur retraite, ti'aversèrent Meaux en bon ordre ; quelques jours après, un régiment de hussards prussiens occupa les faubourgs. Les poiies étaient fermées par de fortes palissades ; la garde nationale occupait plusieurs postes. Un adjoint et le commandant de la garde nationale, qui s'étaient portés au-devant des ennemis comme parlementaires, furent retenus prisonniers, maltraités, attachés à la queue des chevaux, et traînés au quartier général de l'ennemi à Marchémorel. De généreux citoyens se dévouèrent alors pour sauver leurs compatriotes et la ville qui courait risque d'être brûlée. MM. de Pinteville, ancien maire, Lhoste, président du tribunal civil, Boudet, procureur du roi, Pourcelt, conseiller municipal, offrirent de se charger de cette dangereuse mission, et ils partirent, accompagnés de M. René de Longpérier, commandant de la garde nationale à cheval. Ils arrivèrent fort à propos pour sauver la vie des deux prisonniers qu'ils ne purent cependant pas faire rendre. Après des menaces de mort et de knout on leur permit de se retirer. Le 15 juillet, un corps d'armée bavarois vint s'établir à Meaux sous les ordres du général ZoUer ; celui-ci frappa la ville, d'une contribution de deux millions, somme qu'il était impossible d'acquitter et pour la garantie de laquelle on s'empara de six otages: MM. Dassy, Griotteray, Buffaut,Veillet-Deveaux, BouUangez, et Beaudinot. Ces citoyens furent emmenés à Melun au milieu des troupes qui poussaient contre eux des cris de mort. Le général Paultre de Lamotte écrivit alors à l'empereur do
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Russie pour lui demander là grâce de la ville et de ses otages. Alexandre avait, dit-on, le caractère chevaleresque ; peut-être ti'ouva-t-il piquant d'accorder une faveur au brave officiergénéral qui avait chargé en tête d'une division, de cuirassiers à la bataille de la Moskowa : quoi qu il en soit, sa réponse fut prompte ; il ordonna de rendre les otages à l£^ liberté, et dispensa Meaux de la contribution de guerre.
Le général Lafayette, un des commissaires envoyés par le gouvernement provisoire auprès des généraux étrangers, apprit, en passant par Meaux, qu'il y avait encore deux prisonniers au quartier général deMarchémorel; il intervint en leur faveur : quelques jours après, Bliicher les renvoya dans leurs familles. La ville n'a pas oublié ce service ; elle choisit plusicuA fois pour son député l'illustre général, et quelque temps avant sa mort, elle fit frapper une médaille en son honneur.
Meaux est actuellement dans un état très florissant; il doit cette prospérité à l'agriculture et au commerce des deux principaux produits du sol, les grains et les laines, dont l'écoulément sur Paris est facilité par le canal de l'Ourcq. La ville renferme de nombreux moulins et une filature. La population fixe est d'environ 9,000 âmes, outre une garnison de cavalerie logée dans de beaux quartiers. A l'exception de quelques ruines d'églises gothiques, il ne subsiste, en fait d'anciens monuments, que la cathédrale et le chapitre ; mais depuis quelques années, on a vu s'élever un magnifique hôpital général, le plus complet, peut-être, que l'on connaisse, un marché, un théâtre, un temple protestant. Ajoutons à cela la restauration entière de l'église Saint-Nicolas, le percement de trois puits artésiens, la distribution du gaz, et l'on aura le tableau des améliorations qui contribuent à donner à ce chef-lieu d'arrondissement un aspect en rapport avec sa richesse industrielle, à laquelle une nouvelle activité va être donnée par rétablissement d'un chemin de fer.
Les personnages éminents nés à Meaux ou dans l'arrondissement ne sont pas nombreux: on peut cependant nommer Jehan de Brie (1379), né à Villers-les-Rigaux, auteur d'un traité