ET DES USTENSILES
( Extrait du tome II de la Revue archéologique, 1845-46,
2c partie, pp. 500-519.)
Un membre distingué de TAcadémio royale de Bruxelles, M. le chanoine de Ram, présenta Tannée dernière, à cette savante compagnie une figurine de bronze trouvée, en 1841, à Casterlé, et communiqua en même temps une courte note (1), dans laquelle il émettait Topinion que ce monument représente THercule-Ogmius des Gaulois. Nous reproduisons ici la figure de cet Hercule, d'après le dessin qui accompagne le travail de M. de Ram dont nous allons tout d'abord exposer la manière de voir.
Suivant le savant académicien, « cette statuette, haute de 21 centimètres, est presque entièrement semblable à celle qui a été trouvée en 1839 par des ouvriers occupés à creuser le canal du port de Calais, etqui futpubliée parM. Pagart (2). Cette dernière cependant n'a que 13 centimètres de hauteur. » Nous ne répéterons pas ici la description de la figurine de Casterlé, puisque le dessin ci-après la rend superflue. Remarquons seulement que dans le monument de Calais a le bras droit est levé et la main percée d'un trou qui très vraisemblablement
(1) Bulletin de V Académie royale de Bruxelles^ t. XI, n* Û, p. 38 et suiv., avec une pi. lith.
(2) Mémoires de la Société des Antiquaires de la Moriniet t. V, p. 351.
élait traversé par une verge métallique, faisant partie soil d'une arme, soit d'un attribut quelconque, et que la pose du bras gauche, dont la main est fei-méc, parait indiquer qne la partie inférieure de l'objcl que tenait la main droite passait aussi dans la main gauche.
Les deux figurines ont cela de commun, qu'elles sont percées verticalement d'un trou cylindrique, assez large, dont l'orilicc entame le sommet de la tète.
« A en juger pw la planche insérée dans les Mémoires de la Société. des Anti^uairff de la Morinie, dit M. de Ram, le monument de Gasterlé est travaillé avec plus disoin que celui de Calais. On pourrait en déduire qu'il serait peut-èlrc un peu moins ancien. »
Nous citons à dessein cette phrase parce qu'elle contient l'énoncé d'une théorie archéologique que nous considérons comme l'omplëtement erronée, ù savoir, que plus un monument est grossier, plus il faut le placer haut dans l'échelle chronologique.
« Sans aucun doule, continue M. de Itam, l'une etl'autre statuette représentcnl la même divinité gauloise. M. Pagart. anquel nous avons emprunté la description du monument de Calais, croit que sa slatuettc est du siècle qui a précédé finvasm romaine dans les Gaules ou de la première V I. Brame, il c™t. moitié du siècle qui l'a suivie. 11 ajoute qu'elle appartient ù \'art fjaulois pur, lotûi nuu pas, si l'on veut, à cet art dans son enfance, et tel qu'il nous apparaît dans les médailles gauloises, qui oITrent un travail vraiment barbare, cl où les figures sont ce que l'on peut voir de plus informe et de plus disgracieux, mais à une époque où les artistes gaulois, sans ffiirc beaucoup mieux que des
ébauches grossières, avaient néanmoins eu connaissance des
produits de Tart romain et cherchaient à Timiter.
Nous demanderons ce que c'est que Yart gaulois pur Qi comment il serait pur s'il était basé sur l'imitation des œuvres romaines, ou bien encore comment les Gaulois auraient cher-chéà imiter l'art romain un siècle avant l'invasion.
Tout ce passage, qui au reste n'appartient pas à M. de Ram, présente un tissu inextricable de contradictions^ et nous croyons, qu'après un examen plus approfondi qu'il n'a peutêtre pu le faire, le savant chanoine eût renoncé à le citer.
M. de Ram, adoptant toujours l'avis de M. Pagart, croit, comme nous l'avons dit plus haut, que la statuette de Gasterlé représente l'Hercule Ogmius; il lui semble que la description que Lucien donne de ce dieu, convient presque en tous points aux statuettes trouvées à Calais et à Gasterlé.
Ici encore nous sommes d'un avis différent. Que dit Lucien : « Les Gaulois, dans leur langue, nomment Hercule Ogmius, mais ils figurent ce Dieu d'une façon tout à fait étrange. C'est, suivant eux, un vieillard parvenu au dernier degré de l'âge (yIp<i)v 6ç to loyarov), chauve sur le devant de la tête, ayant complètement blancs les cheveux qui lui restent, ridé et hâlé jusqu'au noir comme sont les vieux marins ; on supposerait que c'est Charon ou Japet, sortant des profondeurs du Tartare, ou toute autre chose, plutôt qu'Hercule. Cependant, bien que fait de la sorte, il n'en a pas moins reçu tout l'attirail d'Hercule. En effet, il est revêtu de la peau du lion et tient de la main droite une massue; il porte un carquois suspendu (i), et de la main gauche il présente un arc tendu, et en cela c'est véritablement un Hercule (2). »
Qu'y a-t-il dans tout ce passage qui se rapporte à la figurine
(1) C'est da moins ainsi que noue traduisons : to p6iiaXov e^et êv t^ Se^z xa\ TovyiiipuTov 7capiqpTY)Tai ; la version donnée par M. Pagart porte :« Sa massue de la main droite, son carquois et son arc dans la gauche ; » ce qui n'est pas exact, et, de plus, a Tinconvénient d'être contraire aux idées antiques. Nous ne connaissons pas de figure de divinité tenant son arc et son carquois à la main. Uercule, au contraire, est souvent représenté portant un carquois sur le dos ou suspendu à la hanche.
(2) Lucien, LV, 1.
de Gasterlé ? rien absolument, si ce n'est la massue qu'elle a • perdue. Mais où sont la peau de lion, le carquois. Tare que la main gauche tendait en avant? Au lieu de ces attributs caractéristiques, que remarquons-nous dans cette figure? une épaisse chevelure retenue par une torsade, et surtout une villosité complète que Lucien n'eût pas oubliée, si elle eût appartenu à son Ogmius. Certainement ce n'est pas là un vieillard brisé par Tâge, et nous ne pouvons y voir qu^un être fort robuste.
Ce n'est pas tout : dom Martin, l'auteur du Traité de la reltgion des Gaulois y prétend que Lucien, trompé par les attributs, a donné à tort le nom d'Hercule à Ogmius, et que ce nom doit s'appliquer au Mercure barbu des Gaulois. Quant à Hercule, dom Martin pense qu'il n'a jamais été représenté dans les Gaules autrement qu'à Rome et dans la Grèce.
Lorsque notre savant collaborateur, M. J. de Witte, eut connaissance de l'article de M. de Ram, il se rappela un Mémoire que nous avions publié en 1840 sur des Figurines de fer (1) prétendues gauloises, et que nous avons restituées au moyen âge; et, frappé de la ressemblance qui existe entre ces figures et celles que décrit M. de Ram, il adressa à l'Académie royale de Bruxelles dont il a l'honneur d'être le correspondant, une note (2) ainsi conçue : « L'on sait aujourd'hui, d'une manière certaine, que toutes ces figurines d'un travail grossier et barbare, représentant, la plupart du temps, une espèce d'flercule d'un caractère sauvage, loin de remonter à l'époque des anciens Gaulois, appartiennent toutes, sans exception, à Tart peu avancé du xrv* et du xv" siècle. »
Le savant chanoine ayant inséré dans le Bulletin de t Académie une réponse dans laquelle il priait M. de Witte de fom*nir les preuves sur lesquelles son opinion se fonde (3), ce
(1) Mém, de la Société roy. des Antiquaires de FtHxnce^ t. V de la noiiTellc série, p. 388 et pi. XIL Un exemplaire du tirage à part de cette notice a été offert à rAcadémie royale de Bruxelles, ainsi que le constate Taccusé de rè- I cepUon signé de M. Quételet, en date de 1841. — V. p. 48 du présent Yotume.
j (2) Bullet. de VAcad. roy. de Brux,, U XI, p. 214.
(3) lind., p. 215, et t. XH, p. 338.
EMPLOYÉES AU MOYEN AGE. 2n
dernier se rendit promptement à ce vœu, et la dissertation qu'il fit paraître k ce sujet (4) aurait pu convaincre un esprit moins prévenu que ne semble l'êlre celui de M. de Bam en
H» ï. ColleetioB Lorre ; fer,
faveur de l'antiquité celtique des monuments de Casterlé et de Calais.
La figure publiée par M. Pagart, on se le rappelle, a les bras disposés de telle façon que l'on reconnaît qu'elle a dû porter une tige passant à la fois dans la main droite et dans la
(!) Bttlktin de l'Acad. roy, de Bruxella, t. XU, p. 54i.
main gaucbc; cette parlicularîté se remarque, en effet, daos la statuette appartenant autrefois k M. Alfred Lorne et que nous reproduisons sous le n* 2. Lorsque nous la décrivimcs pour la première fois, celte figure nous parut moderne eu raison de sa ressemblance avec une autre qui l'est certainement [puisqu'elle est encore fixée sur un montant de serrure fabriqué au xy* siècle). Aujourd'hui nous pouvons fournir une preuve plus concluante encore à l'appui de notre opinion. Un de Qos collègues de la Bibliothèque royale, M. Duchalais, possède une paire de grands chenets de fer, forgés, très vraisemblablement au commencement du xvi' siècle, et qui sont ornés chacun d'une figure velue tenant une massue transversale, précisément semblable & notre n" 2, qui provient certainement aussi d'un chenet comme le prouve l'attache qui existe au dos du personnage.
M. de Witte s'était servi, dans sa réponse, des eu'guments que lui fournissait notre travail, imprimé en 1840, ainsi que nous l'avons dît, alors que nous n'avions à nous occuper ni de la figure de Casterlé ni d'autres figures de bronze semblables qui nous étaient cob- N> i. CM. Urne; fer, nucs, mais qu'îl u'eutraît pas dans notre plan de décrire, puisque nous voulions simplement faire revenir les archéologues sur l'antiquité cel- Uquc attribuée à certains monuments par la raison qu'ils sont de fer. Ce métal ne par^t pas avoir été employé par les Romains pour la fabrication des statues ; sa rudesse et sa couleur sévère répondent d'ailleurs à l'idée que l'on se fait des mœurs d'un peuple barbare, voilà sur quoi l'on se fondait. Nous croyons avoir démontré que l'origine des figurines de fer ne
remonte pas jusqu'aux temps celtiques, et du moins avonsnous été assez heureux pour convaincre M. de Ram en ce qui concerne deux des personnages velus appartenant à M.Lorne (les n" 3 et 4 ci-dessus). Le savant chanoine, dans un troisième ailicle (1), ne fait de réserves qu'en faveur de la plus grande des trois (V. le n** 2 ci-dessus), et celle-là précisément est du xvi^ siècle, tout comme les chenets de M. Duchalais.
D'abord M. de Ram demandait à M. de Wilte des preuves de son opinion. Celles-ci fournies^ le savant académicien réclame, dans son dernier article, des preuves positives. Nous ne connaissons qu'un genre de preuves qui pourraient satisfaire un antiquaire aussi rigoureux que M. de Ram; elles consisteraient à exhiber le procès-verbal de fabrication de la figure de Casterlé, et de notre côté nous pourrions exiger cette garantie pour croire à l'antiquité celtique du monument. Mais nous sommes moins sévères, et nous consentirions bien volontiers à reconnaître cette figure pour gauloise, si Ton pouvait nous indiquer autant de figures seulement analogues, indubitablement antiques, que nous en montrerons d^incontestablement modernes. Nous cesserons donc pour un instant de nous occuper de la statuette découverte à Caterlé, et nous nous bornerons à exposer nos observations sur les figures veluesj de quelque matière et de quelques dimensions qu'elles soient.
Il y aurait un bien curieux chapitre à écrire sur le besoin que semble éprouver l'art de puiser dans le domaine du merveilleux lorsqu'il s'agit d'enfanter l'ornementation. Il semble que l'image des objets réels que produit la nature soit impuissante à satisfaire le caprice de l'œil, et qu'il faille y suppléer par des combinaisons monstrueuses dont les lignes bizarres échappent au contrôle de la raison. Aussi dans l'antiquité
(1) BtUl. de VAcad. roy. de Brux,, t. XII, 2« part., p. 84 et suiv. On remarquera que Tune des figures que M. de Ram admet comme modernes porte un bouclier orné d'une espèce d*armoirie composée d'un losange ou fusée et d'un chef contourné. L'autre, fixée sur un montant de serrure, portait certainement une massue transversale comme la statuette de Calais et celles qui ornent les chenets de M. Duchalais.
voyons-nous les gorgones, les harpies, les sphinx, les centaures, les sirfenes et les hippocampes régner sur les firises, les antéfixes, les étoffes, les bordures de toute espèce.
Le moyen âge reçut tous ces typés, et, tout en leur ôtant quelquefois leur caractère mythologique, il ne les conserva pas moins dans leur forme générale jusqu'au temps où la reiiaissance vînt leur rendre leur pureté classique.
Entre les types fantastiques employés au moyen âge dans la décoration des meubles et des édifices, il en est un cependant qui (comme le diable) semble avoir été étranger à l'antiquité, du moins quant à la forme extérieure; nous voulons parler d'un homme velu à Faspect sauvage. Il y a plusieurs raisons pour que les anciens ne l'aient pas figuré. En général, ils évitaient de représenter des images répugnantes et contraires au principe du beau. Les gorgones, par exemple, présentent quelquefois l'ensemble le mieux calculé pour inspirer Teffroi, mais encore leurs traits sont-ils réguliers, n'ont-ils rien de dépravé. Un vase grec, il est vrai, nous montre Apollon en présence d'une figure grotesque, dont la tète est ceinte de bandelettes, qui tient une Tyre à la main, et qui est revéta d'une peau de bête (1). Mais il y a tout lieu de croire que ce monument retrace une scène de théâtre, où quelque infortuné et ridicule Marsyas paraissait avec une peau d'emprunt, afin d'être écorché en public. Nous avons néanmoins voulu citer cette exception pour que l'on ne pût pas nous l'opposer.
La villosité donnée aux figures qui nous occupent est une suite de leur état de nudité, parce qu'aux yeux des gens da moyen âge la nudité rapprochait l'homme de la brute. Dans l'antiquité il n'en était pas de même; la nudité n'exprimait pas l'état sauvage. Les dieux, les héros, les rois étaient représentés nus; tandis que les habitants des contrées éloignées des centres de civilisation étaient figurés avec une profusion de vêtements qui ne laissait pas apercevoir la moindre partie du corps. De là ce barbare de convention qui se voit
(l) Élite des Monuments céramographiques, t. II, pi. 6i. — Posseri, tab. 183.
sur tant d*arcs de triomphe, muni d'un bonnet, d'un pantalon, de bottes, d'une blouse à manche ; en un mot, beaucoup plus vêtu que ses vainqueurs.
Le sauvage velu est une création contemporaine de la chevalerie; une fois les paladins errants inventés, il leur a fallu des adversaires en dehors des données communes de rhumanité. Cette villosité, symbole de force, de coertion, apparaît au xni« siècle dans les vignettes du Roman de la Rose. Nous extrayons d'une belle copie de cet ouvrage, conservée à
NO 5. Bibl. de Meaux. Ms. «ur télin, 91 raill.
la Bibliothèque municipale de Meaux, une des peintures où se trouve H vilain dangier (dominus, dominator, domiger, dangier) ; dans ce volume tous les personnages masculins ont
ie menton rasé; le dangier seul pQrle nnc barbe touffue, et sous sa robe im voit passer de long's poils. Cette particularité qui pourrait être contcslép nous a semblé évidente, non seulement dans celte vignette, mais dans une autre encore où l'on voit ; comment le vilain dangier chaça lamant hors du vergier. Dans l'une et l'autre, le dang:ier, bien que vêla, porte une courte tunique; c'est là un effet de la pudeur do xm* siècle, et dans le même ouvrage nous voyons Vénus, h mère au dieu d'amour, habillée comme la Vierge. D'ailleurs il n'y a qu'analogie cl m>n pas parité entre le dangier et les sauvages enchanteurs.
S" 6, Coll. de Doic
Ceux-ci ne sont pas méconnaissables dans une scène de roman retracée sur une plaque d'ivoire, travaillée en bas-relief
vers la fin du xm" siècle. Une princesse gémit dans le château fort, gardée par deux farouches geôliers; elle joint en vain les mains dans une attitude suppliante. Au premier plan, un chevalier cherche à délivrer la princesse , en perçant de sa lance un enchanteur qui la retient et se défend à Taide d'une massue (1). Un autre ivoire, dont nous regrettons de ne pouvoir donner ici le dessin , existe chez un marchand d'antiquités de Paris (2); environ trois fois plus large que celui dont nous venons de parler, et sculpté au xiv* siècle, il reprc^sente un chevalier, la tête couverte d'un bassinet , armé d'un écu et d'une épée, à l'aide de laquelle il vient frapper un sauvage entièrement velu qui de la main droite lève une massue au-dessus de sa tète. De la blessure de l'enchanteur sort un flot de sang qui tombe dans un grand vase sphérique à très petite ouverture et s'échappe ensuite à droite et à gauche par des dégorgeoirs en forme de gargouilles. De l'autre côté de cette singulière fontaine , le chevalier (ou son écuyer) se fait remettre une clef par un individu b6U*bu et vêtu d'une longue robe , qui nous parait un enchanteur travesti. Cette clef doit ouvrir la porte qui donnera vraisemblablement passage à une princesse injustement retenue prisonnière. C'est là, en effet, le fond de la question. Le sauvage velu et géant (3) est essentiellement gardien. Aussi, au xiv* siècle même, le voyons-nous chargé de tenir Técu de France sur différents mereaux ; armé d'une épée , comme le roi sur les écus d'or, il semble préposé à la garde derl'emblème national. Un mereau qui (aussi bien que les deux autres) existe dans la collection de M Arnold Morel-Fatio , nous montre un sauvage velu placé sous une ogive, entre deux arbres, et portant dans âa main droite un petit cube que nous croyons être
(1) Mémoires de V Académie des inscriptions, t, XVUI, p. 322 et pi. annexées. Cinq bas-reliefs d'ivoire provenant très certainement d'un coffret, avaient été achetés par M. de Bose, et Levesquc de la Ravalière les a commentés d'une manière fort intéressante.
(2) M. Malinet, quai Voltaire, n*» 9.
(3) Voir ce que nous avons dit de ce caractère : Mém. de la Soc, roy. des Ant. de France, t. V, p. 392 et sulv. — V. pages 52 et suiv. du présent volume.
un poids, à en juger par la légende •§• porr pobtuot poitrm qui se lit au revers autour d'une croix fleurdelisée; ici l'on confiait au sauvage la garde du poids-étalon.
Peu à peu on se familiarisa avec les terribles sauvages et l'on se plut à les représenter captifs. Dans notre premier traveiil sur les figurines de fer nous gavons fait allusion à la célèbre aventure de Charles VI , mais nous croyons utile de rapporter ici les expressions mêmes de Juvénal des Ursins qui nous en a transmis le récit.
H Audit temps (1392) le Roy avoit aucunement recouvert santé et luy donnoit-on le plus de plaisance, comme dicl est, qu'on pouvoil. Et fut ordonnée une feste au soir en l'hostel de la Royne Blanche, à sainct Marcel, près Paris, de hommes sauuaiges enchaisnez, tous velus. Et estoieat leurs habillements propices au corps, velus, faicts de lin, ou d'estoupes attachées à poix résine , et engrossez aucunement ponr
mieux reluire Et d'iceux hommes sauuaiges est à noter
que le Roy en estoit un » (1).
La description de cette momrherie est complétée par Froissart en ces termes :
« Les cottes estoient couvertes de délié lin , en forme et
couleur de cheveux quand ils furent tous six vestus de ces
cottes (qui estoient faites à leur point) et ils dirent dedans cousus et joints, et ils se monstroient estre hommes saunages, car ils estoient tous chargez de poil, depuis le chef iusques à la plante du pié » (2).
(I] JavÈual des Ur^ns. Hist. de Charles 17, Paris, 1614, ûi-i*, p. 115 el HS- (2) FroUeut, liv. IV, chap. SS.
Peut-être est-ce en souvenir de cette mommerie que nous voyons figurer dans un jeu de cartes numérales, gravé sur bois vers 1440, et qui appartient à M. d'Hémuvîlle, trois personnages entièrement volus, le roi et la reine de cœur et le valet de Irëflc. Le roi qui est couronné et porte un très court manteau, s'appuie sur un tronc d'arbre déraciné; la reine tient à la main une torche qui fait, peut-être disons-nous toujonrs, allusion au funeste et mémorable rdle que jouèrent les torches dans la mascarade de Saint-Marcel, Quant au valet, il porte sur l'épaule une énorme massue (1).
Au xV siècle le sauvage était un type tout à fait à la mode ; on le voit figurer sur un grand nombre d'édifices de ce temps. Nous avons copié sur la façade d'une maison de Tours que l'on attribue à Tristan l'Ermite (2), et qui dans tous les
cas est bien certainement de son époque, une figure d'homme velu armé d'une massue qui s'appréle à frapper un monstre entre les terribles dents duquel il a son bras gauche engagé.
(!) /«ix decartei tarots et de caries numérales du xiV au tvni' siécle.pabWéa par la Sod^té des bibliophile». Paria, ISU. in-t*, pi. 20. Il est à remarquer qne dans certains jeux le trëDe est remplacé par la masBoe et qu'eo auglaiB la figure qui correapood ou valet de trËQc se nomme t/ie knave of clubs, le valet de maasues.
(2) Voir la Rame archéologique, L. I, p. 762.
236 NOTICE StTR LES FIGURES VELUES
Deux antres sauvages ont été sculptés dans le chapiteau Je l'élégant pilier qui soutient la chapelle de l'h^lel de Cluay ; ils tiennent l'un et l'autre l'écu d'Ambroise, de gueules à trois pals d'or. On connaît aussi la date de cet ouvrage de pierre, car la chapelle fut construite sous Charles YIII par Jacques d'Amboise, abbé de Cluny (1).
Au reste l'usage de ce genre de représentation était encore dans toute sa force au commencement du xvi* siècle. C'est ainsi qu'à Rouen nous avons remarqué sur une des faces de l'hAtel que fil bfttir Guillaume le Roux, seigneur du Bour^éroulde, un sauvage velu qui s'accroche à an pilastre; une frise basse de cet édifice représente, comme on sait, l'entrevue du camp du Drap d'or, ce qui en détermine l'Age d'une manière certaine. A Blois, nous avons dessiné une aylre figure placée à l'angle inférieur d'une fenêtre de la maison qu'habi-
tait Florimond Robertet d'AIluye, trésorier de Louis XII. Cet h6tel qui sera prochainement le sujet d'un savant travail, annoncé par M. de la Saussaye, présente toute l'apparence d'un monument des premières années du xvi' siècle (2). Le sauvage de l'hôtel d'AIluye a le corps ceint d'une double branche lor-
(1) Voir la Bévue archéologique, l. I, p. 2S.
(!) L'historien des chAleaiii de Blois et de CbunborJ travaille, ccmnie Od le eoit, A ODC publicaliou intitulée : Églises, Chdleavx et llàith du BUtois.
due. Ce détail exprime le caractère forestier du personnage. Nous voyons de même une ceinture de feuillage autour des reins de ce géant velu, gardien des mines du Hartz, qui forme le type si pittoresque de bon nombre de thalcrs, frappés au nom des princes de Brunswick et de Hanovre. Sur ces monnaies, trop connues pour qu'il soit nécessaire de les figurer ici, le géant tient à la main un arbre qui parait être un pin déraciné, emblème parlant du Heu qu'il habite. Cfest probablement à la tradition de ce singulier génie, sujet de tant de légendes et de ballades, que la petite ville de Wildemann, située dans le Hartz, doit son nom. Hors de la forèl Hercynienne, les sauvages n'avaient pas de raison pour s'eu*mer d'un arbre résineux ; aussi regarderons-nous comme fabriquée en France la Bgurine du musée de Dijon qui tient une grande branche de chêne, cet arbre si français. On remarquera le soin avec lequel une feuille de cette branche vient couvrir le bas-ventre de la figurine, parlicularité qui tient, selon nous, • à l'influence des idées de chasteté chrétienne. Parmi toutes les figures que nous avons réunies ici, et nous pouvons le dire parmi
„ ' , . , ^ , N" 10. Hu.ée de Dijon. Bronic.
toutes celles en bien plus grand
nombre que nous connaissons, deux seulement présentent une indication de sexe; nous les avons données comme dos exceptions dont on ne trouverait peut-être pas un exemple parmi les figures de bronze, plus soignées, en général, que celles de fer et destinées à être vues de plus près que ces dernières. Nos numéros 3 et 4 appartiennent, il faut le dire aussi, au xv siècle, âge fort naïf sinon peu scrupuleux, qui vil tailler
238 NOTICE SUR LES FIGURES VELfES
dans la pierre, sur la façade d'une habitation royale et jusqaes dans les appartements d'une reine, les peu décentes représentations que l'historien du chftteau de Blois n'a pas cru devoir livrer b la publicité. Mais voici la différence que nous établissons : à Blois, il est évident que l'intention de l'artiste a été de provoquer le rire par une grossière
plaisanterie, tandis que l'attitude grave de nos figures exclut toute idée d'une semblable nature. Sur la statuette dn musée de Dijon, les poils sont figurés par des entailles sinueuses pratiquées dans le bronze ; le département des antiques de la Bibliolbèque royale possède une figure de fer, armée d'un boaclier et d'une massue, et qui est encore plus inhabilcment traitée. De simples petits coups de ciseau à froid sont destinés à représenter la fourrure du sauvage. On voit que ce détail était tellement COQQU et accepté qu'il suffisait de la plus imparfaite indication pour satisfaire l'imagination de ce c6lé-là el rappeler immédiatement à la mémoire un type généralement admis, ainsi que l'exprime si bien Froissart lorsqu'il dit:
« Ils se monstroient estre hommes saunages, car ils estoient tous chargei de poil, depuis le chef iusques à ta plante
n* 11. Bib. roT. Fer. lU miU. . - ,
' du pié. »
Un antiquaire auquel nous avons communiqué la collection de figures que noua publions ici, pense que quelques-unes d'entre elles, particulièrement les numéros 4, 11,12 et 13, ont pu servir au xv* et au xvi" siècle de cimier, à certains casques allemands.
n est évident qu'alors que les chevaliers changeaient le timbre de leur heaume de tant de figures singulières, le W'il-
demann a dû être choisi par plusieurs guerriers de la nation germanique, qui plus que tout autre adopta la mode des cimiers. Il est aussi fort connu qu'un grand nombre de familles allemandes ont encore aujourd'hui un homme sauvage velu et armé pour cimier de leurs armoiries (1).
Néanmoins nous ne croyons pas que les figurines susmentionnées aient été employées à Tusage dont nous parlons. Un examen attentif de leur état actuel nous fait rejeter cette explication. D'ailleurs, comme nous l'avons déjà dit, les sauvages de fer ont servi à orner, soit des chenets, soit des serrares. Quant à ceux de bronze ce sont des fractions de chandeliers. Le trou cylindrique qui les traverse tous verticalement recevait une tige plus ou moins longue terminée par une bobèche, et cette pratique, qui subsiste encore aujourd'hui n'est pas d'origine moderne assurément, car nous connaissons bon nombre de candélabres étrusques (2), dont la tige est supportée par une petite statue.
Toutes les figures de chandeliers ne sont pas dans la même attitude. Les unes sont debout, les autres à genoux. Parmi les premières^ nous citerons la statuette conservée dans le cabinet Denon, parce qu'elle est munie d'un bouclier en forme de grand pavois découpé ; la massue manque. La statuette de Casterlé, si l'on en juge par la pose de son bras abaissé, a dû tenir un pavois semblable. Quant au bronze du cabinet Denon, il a été fondu et ciselé au xvi* siècle. C'est un fait que nous osons avancer, parce qu'il résulte pour nous du style même du monument. Si l'habitude de considérer comparativement des œuvres d'art antiques, du moyen âge et de la renaissance, a pu permettre de distinguer un bronze romain d'un bronze de Florence, une pierre gravée grecque d'une intaille de Pikler
(1) Nous citerons entre autres les Aichman, Berckman, Eckhardt, Eisengrein, Hœltzel, Hammer, Hoimhofer, Holdten, Lindeumayr, Liudner, Schwàrtzman, Schmeizer, Steugel, etc. ; pour presque toutes Thomme sauvage et sa massue sont comme on voit des arme parlantes.
(2) V. J. de Witte : Catalogue Durand, no» 1893, 1896 (actuellem. à la Bibl. roy.), 4897, 1913 (Bibl. roy.). — Le même, Catalogue Canino, n" 267 258 259* 264, 262, 264, 263. ' ' '
OU de Girometti, une médaille aolique d'nne contrefaçon de Padouan ou de Bcckcr, c'est que, par cette habitude, on a appris à reconnaître ccriains caractères difficiles à définir, mais qui sont inhérents à toute création humaine. C'est ce que l'on nomme le faire, c'est l'empreinte du siècle, ce que l'ar-
N° II. Cuil. DcaDa. Bronu, IDî nllllm.
liste amis dans son œuvre à son insu, en dépit de lui-même souvent. — Ici, les caractères qui déterminent l'âge sont si évidents, que nous n'éprouvons aucun scrupule en nous prononçant comme nous l'avons fait.
Les figures agcnouîltées sont un peu plus rares que les autres ; nous n'avons pu en découvrir que de très peu anciennes. L'une d'elles, de très grandes dimensions, nous avait été confiée par M. Signol; elle est entrée depuis dans le cabinet
EMI'LOVÉKS Al MOVK.N AliE. 241
rl'uiiunliquaire fortinstruil,M. Carran. Il est assez iliflicile de déterminer ce que cctlo figuio, qui nous purail être de travail allemand du xvi" siècle, pouvait tenir de la main gauche. Quant au bras droit, qui, actuellement, est cassi', il était très certainement armé d'une ninssue, ainsi que l'on poiiria s'en con-
vaincre en considérant notre numéro 14, qui, bien que beaucoup plus petit que la statuette de M. Carran, présente avec elle une très grande analogie. Cette forme de ebundcliei's n'était pas particulière à la France ou à l'Allemag-ne, et l'Angleterre en a connu l'usage. Si nous en croyons Douce, le commenlaleur de Shakspearu, " the favorite forms of thèse inanimate candlcholders were ihose of armed warriors. Sometimes they were ha'uy savtiijes, a fool kneelimj on one hiee, etc. » (1). fl) llliulrativ'n o/ Sliaksiieaii:. LouJon. 1807, 1. 1, p. uOa.
Le savant anglais écrivait cette note explicative à la suite de deux vers du drame de Henri V :
Their horsemcn sit like ûxed candlesticks With torch-staves in their hands (1).
Le reproche que le poète place dans la bouche de Grandpré ne serait guère compréhensible, si Ton ne connaissait pas une catégorie de chandeliers un peu plus anciens que ceux que nous avons décrits et dans lesquels les lumières étaient tenues par des varlets dont les deux bras sont étendus. C'est de cette classe de figures que le docteur Klemm a fait des dietix germains de forme perse : Giitterbilder, in persischer form (2), nous citons textuellement. Pour être juste nous devons expliquer comment un érudit aussi distingué que Test le bibliothécaire de Dresde a pu être amené à employer cette bizarre dénomination. Son erreur n'est pas toute personnelle; elle découle de la combinaison de deux erreurs antérieures à ses travaux. Un connaisseur éminent, doué d'un vif amour de l'antiquité y mais qui vivait à une époque où larchéologie orientale était encore à créer, le comte de Caylus a publié dans son recueil quelques figurines de bronze qui lui avaient élé (envoyées de Rome comme des monuments rapportés de Perse par un missionnaire (3). Le savant français possédait déjà une
(1) Henri T, act. IV, se. ii.
(2) Handbuch der get^ianisdien Alterthutnifkufide, Dresde, 1836, iii-8«, p. 351. lje& idoles germaniqoes occupent les planches XIX, XX, et XXI. La première' contient les figures de cbaudeliers de la fiu du XrV« siècle; la seconde, quatre Uercttles agenouillés; la troisième un hercule velu, la main droite levée, U j^uche abaissée pour tenir un bouclier {voyez notre n^ 12); à côté, noo^ voyons une petite figuriue avec manches et haut-de-chausses tailladés à la façon du xvh« siècle naissant; au-dessous, l'auteur a placé deux figures qui paraissent gnostiques. — Tout récemment, M. Job. Erasmus Wooel a publié à Prague un livre intitulé : Grundzùge der bœhmischer AUerlhumshundey in-S". dans les planches duquel nous avons retrouvé plusieurs divinités germanique^ sur lesquelles il est bon de fournir des éclaircissements. Tab. II, n» 1, nous trouvons un dieu du Tonnerre, Péruriy qui n est autre que la figure ordinaire du sauvage velu. M. Wocel croit que la main levée (la massue est perdue), détail lancer la foudre. Les n*» 3, 4, 5, désignés comme des prêtres païens, sont de? pieds de chandeliers du xiv« siècle; enfin, le n« 8 est un fol avec un bonnet a grelots, portant sous le bras une cornemuse ou une outre, ouvrage du xv« siècle.
(3) Recueil ^antiquités, t. V, pi. xxxi. n*> 1 et 4. Figures à bonnet pointu.
ligure semblable qu'il avait jusque-là rangée parmi les produits du gnosticisme ; mais plein de confiance dans le récit de son correspondant italien, il n'hésita pas à rendre à la Perse cette figure qui, aussi bien que les deux autres, existe au cabinet des antiques de la Bibliothèque royale. Aujourd'hui il n'est pas un archéologue en France ou en Angleterre qui ne sache que les prétendues statues perses de Caylus sont des chandeliers de la fin du xrv« siècle. D'autre part, des auteurs, que le savant Schœpflin accuse de manquer de critique, avaient donné le nom de Krutzniann à une figure de la même espèce qui existait à Strasbourg et ils faisaient de ce KriUzniann un dieu germain. Malgré Topinion si positivement exprimée du célèbre auteur de YAlsatia illustrata (l), beaucoup d'écrivains allemands se sont autorisés du Krutzmann pour enrichir le panthéon germanique de toutes les figurines barbares, velues ou non, que l'on a retrouvées de l'un et de l'autre c6té du Rhin. M. Klemm ne s'est probablement pas senti le courage de combattre cette erreur, et comme il n'avait pas sous les yeux (et ne pouvait par conséquent pas critiquer) les bronzes que Caylus donne pour perses, il a cru que l'unité indo-germanique, à laquelle appartenaient les Perses et les
chausses longues et collantes ; ceinture métallique en bandeau au milieu des caisses. Le n^ t faisait partie d'un flambeau à deux branches ; le a« 2 ue tenait qu'une bobèche. — PI. xxxii. Figure du même genre que les précédentes ; le bonnet diifëre cependant, il se jrapproche du camail. Cette figure est fixée sur une table triangulaire à trois pieds. On a tracé partout des hiéroglyphes faux et par conséquent illisibles. Ou avait assuré au comte de Caylus que ces hiéroglyphes étaient sans aucun mélange^ et il croyait en conséquence que ct*tte figure avait pu être fabriquée par les Perses oprès la comiuète d«^ l'Egypte, mais dans leur pays. — T. VI, pi. xxviii, grande figure de candélabre ; barbe fourchue, tête nue; un bras levé, l'autre à la hauteur de la hanche; ceinture roulée en torsade au milieu des cuisses ; jaquette fermée par dix gros boutons ; souliers à la poulaine. Caylus en fait un Hacchus égyptien traité par les Étrusques* — L'auteur du Traité de la religion des Gaulois^ dom Martin, a publié (t. I, p. 470, fig. 2), un sauvage velu, dont lu main droite est levée. Lt; savant bénédictin n'a pas supposé un instant que ce fût uii Hercule gaulois, il en fait une figure consacrée au culte de Mithra. — Le môme auteur domie comme la représentation d'un Gaulois déguisé, en l'honneur de Mithra, la statuette d'un jeune Chinois (PI. 20, fig. 1).
(1} Prudenti ergo lectori ea, quœ de Crutzmann ab historicis nostris passiui
referuntur, non possunt non suspecta, inio, si recte inspiciat, falsa videri. T. I,
24S ^OTlCt: SI R LUS HliUKKS VKLLES
Allemands, allait jusqu'à la communauté de religion. De là le petit excès de synthèse contre lequel nous nous sommes élevé.
M. Klenim consacre une planche de son ouvrage à la reproduction de quatre personnages velus agenouillés, tenant des massues, qui sont, suivant lui, des hercules germains. Les planches du Manuel darchéohyie germanique sont extrêmement faibles suus le rapport du dessin, et l'on pourra s'en faire une idée en comparant la figure quo nous donnons ici à
celle qui porte le U" 1 de la pi. XX de cet ouvrage. L'une el l'autre représentent la même statuette de bronze, qui, du cabinet de Caylus, est passée dans celui du la Bibliothèque ruyule.
On remarquera que cet Uei'cule porte labarbe (aillée comme le duc Jean Frédéric de Saxo, le célèbre chef des réformés dont il reste de si belles médailles. Il est à peine besoin d'à-
jouter que la raison de cette conformité, qui n*aurait pas dû échapper à Toeil d'un antiquaire allemand, dérive de Tâge de notre statuette qui, elle encore, est un pied de chandelier. La télé est un peu baissée et le trou dans lequel entrait la tige, au sommet de laquelle était placée la lumière, passait au milieu des épaules.
Voici donc ces cruels sauvages, ces enchanteurs menaçants humiliés, agenouillés et servant de varlets ou de fols aux chevaliers qui n'allaient plus les combattre au fond des forêts. C'est la dernière expression de ce type, dont nous avons esquissé l'hstoire et que nous croyons inutile de suivre dans son rôle héraldique.
Quant à la figure de Casterlé, nous pouvons dire maintenant qu'elle nous paraît tout prosaïquement avoir supporté un flambeau. Les nombreuses variantes de cette même idée que nous avons réunies ici, ne sont pas à la vérité la reproduction exacte de la statuette publiée à Bruxelles, mais elles lui ressemblent avec cette différence de rapport qui existe entre la similitude et Tégalité. Nous avons à dessein recherché des nuances diverses d'un type, et l'on peut appliquer à notre collection le mot de Goj^the : C'est Tunité constante variée à l'infini. Si Ton arguait de ces variantes contre nos conclusions, il faudrait alors désespérer, à tout jamais, d'appliquer une dénomination quelconque à une figure. Les Vénus d'Arles, de Médicis, du Capitole, ne pourraient aspirer à l'honneur de représenter la même divinité, encore moins serait-ce le droit des Vénus de toutes les dimensions et dans toutes les attitudes que l'art de huit siècles a enfantées. Nous avions autrefois décrit des figurines de fer et l'on s'appuyait sur la différence de métal pour nous combattre; aujourd'hui nous citons des sauvages velus de bronze, d'ivoire, d'argent, de pierre; riOYjy.c;
En nous appesantissant si longtemps sur une question qui, pour beaucoup de nos lecteurs, est déjà jugée dans la pratique, nous avons voulu répondre à l'honneur que nous a fait le savant académicien de Bruxelles, en nous invitant à continuer
Hd yOnC.F. SIR I.KS nniRES VRl-LKS Dl' MOVKN AT.F..
ta discussion Hf s faits qui ont paru intéresser plusieurs de ses rollègue». Nous espérons que noire démonstration sera acceptée. S'il était cependant quelques points sur lesquels il paraitraitnécessaireqiie nous donnassions des développements ultérieurs, nous nous elTorcerions d'arriver à une exposition plus claire de notre penKée.
Lettre à M. de la Satismye à propos de la notice de M. A . Durand sur quelques Pièces satiriques relatives a la