‹ Œuvres de A. de Longpérier (volume 2)Chapitre 7 sur 128 · RKSTITL TION A LA VILLE DE SAINTES · texte numérisé non relu

RKSTITL TION A LA VILLE DE SAINTES

Ceci posé, il me semble que l'on n'a pas d'exemple sui* aucune monnaie des barons, d'un nom de saint ainsi tronqué. De plus, l'emploi de la lettre T dans Tabréviation du mot sanctus est tout à fait inusité. J'ai recherché avec soin toutes les monnaies qui portent un nom de saint, et toujoursj'y ai trouvé l'abréviation SCS ou SCI au génitif. Duby, il est vrai, donne deux deniers de Limoges, avec STS Marcial. ; mais c'est une erreur manifeste que l'inspection des monnaies q^ui existent dans les cartons du cabinet des médailles m'autorise à relever. La croix qui, placée entre l'I et TN, semble faire deux mots de la légende, et qui a été certainement cause de Terreur des numismastistes que j'ai cités, ne peut être prise en considération, puisqu'il s'en trouve une précisément semblable entre TO et ri du nom Loe/ofciis, .dont la valeur nous est bien connue, et qui ne peut absolument former qu'un seul mot. Par une singularité inexplicable, la croix qui sépare en deux LODO-jlEVS a été omise dans la gravure de de Boze, et l'on a d'autant plus sujet de s'en étonner que le dessin de Petau, publié antérieurement, est conforme en ce point au denier du Cabinet des médailles. Si l'on compare cette pièce à celle des variétés de la monnaie d'Angoulème, qui parait la plus ancienne, et dont la reproduction imparfaite se trouve au n» S de la pi. LXXI de Duby, on ven'a que le mot LODOIEVS est absolument identique, à la croix près, au point que les deux monnaies semblent avoir été gravées par la même main. Si, passant ensuite à l'examen du revers, on cherche l'analogie qu'il peut avoir avec des monnaies déjà connues, on reconnaîtra que les trois croisettes qui en occupent le champ, appartiennent à la monnaie de Mauléon (1). Notre pièce a donc évidemment été frappée en Guienne; dès lors on ne sera pas sm*pris, je l'espère, de me voir chercher le nom de Saintes dans la légende STOINAS, malgré la transformation étrange qu'a subie le nom de Santones ou Sanclofies, La contraction de la première syllabe, la transposition du C, la substitution d'un I

;i) HevHe monismaiiquej 1838, p. %.

DTNE MONNAIE ATTR[BrKK A AITIN. 37

à rO, délîguronl a la vérilé co nom; mais de semblables accidents ne sont pas rares sur les monnaies du moyen âge, et je n'en tiens pas compte pour repousser une attribution à laquelle Tcxamen du type et de la fabrique me conduit 'nécessairement.

Puisque j'ai invoqué la présence du type composé de croisettes, comme preuve à Tappui de ma nouvelle classification, il ne paraîtra pas déplacé peut-être de voir tracer ici Thislorique de ce type que je regarde comme essentiellement propre à la Guienne.

Les deniers frappés à Limoges, sous le règne du roi Eudes, portaient dans le champ les mots îQiDiQlRX arrangés en croix. Sur les monnaies que, suivant mon opinion. Ton continua à frapper bien longtemps après la mort d'Eudes, le monogramme, qui n'avait plus alors de signification, fut graduellement altéré, et les lettres qui le formaient ne furent plus bientôt que des croisettes, dont TX et les cruciformes avaient fourni les éléments. Les quatre croisettes furent adoptées h Bordeaux, par Guillaume X; à Turenne, par le vicomte Raimoud, sur les deniers de qui Ton distingue encore deux ijf; à Cabors, par Tévêque, qui ajouta une crosse à Tune des croix. Sur la monnaie de la reine Éléonore, deux des croisettes furent remplacées par un A et un CO. L'évêque de Cahors fit imiter en partie ce changement; sur quelques-uns des deniers de cetle ville, une des croisettes est remplacée par un A. Au contraire, à Poitiers, ce fut TCO qui fut conservé sur la monnaie de Richard. C'est pour n'avoir pas comparé entre elles toutes les monnaies de la province, que M. Ainslie (1) s'est trouvé dans l'impossibilité d'expliquer la présence des deux lettres grecques que je viens de citer, et qui, prises isolément, n'ont à la vérité aucune valeur.

A Saintes, à Mauléon, le nombre des croisettes fut réduit à trois. Sur la monnaie de Louis et d'Eléonore de Guienne, sur celle d'Angoulême, de Lectoure (2) et des comtes de la Mar-

{\) Illustrations of the anglo-french coinage, London, in-4«.

(2) Dyby, Sup., pi. m, n» 5. ' ^. ,^

Page 1