RESTITUTION A LA VILLE DE SAINTES
chè, les croisetles, ou plutôt les du nom d'Eudes furent remplacés par des annelets et des croissants. Le nom de Lodoieus, que porte le denier de Saintes, et qui est lout semblable k celui qui se lit sur la monnaie d'Angoulême, ne saurait être celui de Louis le flutin; la pièce étant certainement antérieuro de plusieurs siècles au règne do ce prince. Si M. Lelewel a cru pouvoir attribuer à Louis X quelques monnaies d'Angou* lème, c'est qu*il ne connaissait pas les variétés de deniers que j'ai citées au commencement de cet article ; il n'aurait pu autrement admettre, en les comparant aux deniers de la même ville, dont la fabrication est évidemment plus récente, que des pièces de style si différents eussent pu appartenir à un même règne. Le savant Directeur de la Revue, M. Cartier, qui d'abord avait partagé cette manière de voir (1), regarde comme « beaucoup plus probable que ces monnaies aient été frappées pendant un long espace de temps et avec les mêmes légendes imposées par une concession qui n'est pas venue jusqu'à nous (2). » Je renvoie le lecteur au travail de M. Cartier où il trouvera cette question parfaitement développée. Il est donc probable que le nom de Louis est celui de Louis VI, ou même d'un Louis de la seconde race, qui sera resté sur la monnaie des villes de Guienne, comme à Gênes le nom de Conrad, comme à Lucques le nom de Charlemagne, comme h Besançon le nom de Charles Y, que la reconnaissance des villes stéréotypa sur leurs monnaies.
Madcr a publié (3) un gros tournois avec la légende PhE- TRVS EPVS X., qu'il regarde comme frappé par un évèque de Saintes. Je ne saurais adopter cette attribution, non pas parla raison que donne M. Lelewel, qu'il serait incroyable de trouver un gros tournois d'un évêque de Saintes dont on n'a point de monnaies (4) ; un tel argument, en tout état de choses, serait peu concluant ; mais parce que le gros tournois
(1) Lelewel, t. I, p. 211.
(2) Monnaies de la Marche etd'Angouléme, p. 16 et 17.
(3) Kritische Beitrxge^ t. V, pi. i, n» 11.
(4) Lelewel, t. I, p. 20, note supplémentaire.
D'UiNE MONNAIE ATTRIBUÉE A AUTUN. 30
en question me parait postérieur au gros de Philippe le Bel^ dont il était une imitation, et que Pierre II, évêque de Saintes, est antérieur de quelques années même à Philippe le Hardi. Mader s'est trompé quand il le fait siéger de 1285 à 1287 ; c'est à Tannée 1267 qu'il est porté dans le Gallia Christiana. Je crois que l'X que Ton a cru être l'initiale du nom de Saintes n'a pour fonction, comme Th introduit dans le nom de Petrus, que de rendre le gros épiscopal plus semblable à la monnaie royale, dont la légende commence par Ph et finit par RËX. C'est une de ces supercheries que j'ai déjà signalées ailleurs (1), et dont je me propose de faire connaître encore plusieurs exemples restés inobservés jusqu'ici, et qui sont cependant de nature à jeter une vive lumière sur la question de l'imitation des monnaies.
[i) VArl en Province, ann^e 183S, p. 206. — P. 15 du présent volume.