‹ Œuvres de A. de Longpérier (volume 2)Chapitre 70 sur 128 · POUR HENRI V, ROI D'ANGLETERRE · texte numérisé non relu

POUR HENRI V, ROI D'ANGLETERRE

(Extrait du tomp V de la Bévue archéologique ^ 1848-19, !'<* partie, pp. S.u-âd.;

Parmi les monnaies qui sont mentionnées le plus fréquemment dans les actes et les textes du commencement du xv' siècle, on peut citer les moutons (For qui devaient leur nom à Tagneau pascal qu'ils ont pour type et leur grande renommée au titre exceljent que saint Louis avait donné aux agnels qu'il fit le premier fabriquer. C'est en effet le denier d'or à tagnel de Louis IX qui est sans cesse rappelé comme étalon dans les ordonnances de ses successeurs. En général letilre des moKtons dor fut plus respecté par les souverains que celui des autres monnaies et Ton en changea la figure aussi peu que le permirent les modifications involontaires du style de l'art. Le nom du prince réduit à quelques lettres et relégué dans une place secondaire permettait, à chaque nouveau règne, de produire des imitations très rapprochées du type accoutumé.

Voici la description du petit mouton tel qu'il avait cours sous Charles YI ; nous prenons comme exemple une pièce de la collection de M. Rousseau, portant un point secret indiquant le lieu où elle a été frappée.

+ AGD : D€l : QVI : TOLL : ICCAT : iHVDI : ilïlS : nOB : agneau nimbé tenant une bannière à croix tréflée ; sous les

pieds de l'agneau K. F. RX. Point sous l'V de mundi, vingtième lettre.

(1) Cet article a été reproduit dans le t. XH du Numismalic chronicle, 1849, pp. 6-19, 80UB le titre : Bemarks on ctn tmedited mouton iVor^ etc., etc.

H. + XPC. VmClT. XPC. RtGNAT : XPC. INP6RAT. Croix tleuronnée, anglée de quali-c fleurs de lis, dans un entourage composé de quatre cintreset de quatre angles ; or; poids : 2,r»i grammes. (Fabrication de Sainte-Ménehould, mai 1418.)

On conçoit aisément combien un pareil t\-pe était fait pour tenter les îmitatenrs étrangers, aussi voit-on dans plusieurs pays circuler des contrefaçons du pelU mouton français.

C'est dans cette catégorie que nous rangerons la monnaii" suivante qui a été découverte il y a quelques années et qui appartient aujourd'hui à M. Kollin.

+ AGn. D€l. QVI. TOLIS. P€CA. ^VDI. ^156. DOB. Agncin nimbé tenant une bannière; sous les pieds de l'agneau hRI. R€X; le tout dans un entourage de neuf cintres; annelels sous la deuxième lettre.

^. + XPC. VIDCIT. XPC. R€GDAT. XPC. 1NP€RAT. Croii fleuronnée anglée de quatre fleurs de lis, dans un entourapp composé de quatre cintres et de quatre Angles; annelet sons la deuxième lettre. Or; poids :2 ,50 grammes.

Cette monnaie examinée par quelques numismatistes a élé diversement appréciée.

On a voulu l'attribuer à Charles VI, en lisant, sous les pieds de l'agneau pascal : KRI. R6X, pour h'aroli rex, barbarisme forgé à plaisir. Ailleurs on y reconnaissait le nom d'un Henri, roi d'.\ngleterre, mais sans pouvoir rendre compte de l'absence des léopards qui sur les autres monnaies d'or anglofrançaises, cantonnent la croix du revers.

Nous croyons qu'en effet cette monnaie appartient bien réellement à Henri V, roi d'.\ngleterre, qui l'aura fait frapper en Normandie lors de son invasion de 141.^. L'abréviation hRI.

SUR UN MOTTON D'OR INÉDÎT. 203

R€X pour Henricus rex n'a rien qui doive nous étonner, puisque le petit parisis de Henri VI porte au centre la légende h€RI.

Dans un manuscrit conservé à l'hôtel des monnaies et qui contient des extraits du ReglUre entre denx ah, on trouve le passage suivant :

Item fit ouvrer ledit Hem^ en la mhne année (141 S), en lefi monnoyeR de Normandie, moutonne ta pareils à ceux du roy Charles, la grande croix de devers la croix anglée de quatre fleur-de-lys. Et ont été faits à 22 karats et pour différence ont trois C ^ur la bannière.

Sur la marge du manuscrit sont des dessins postérieurs au texte et souvent inexacts. La bannière du mouton de -Henri v est figurée et sur la flamme on voit un C, tandis que les deux autres sont placés en sens contraire, C, D, aux extrémités de la croix qui termine la hampe. Les bras horizontaux de la croix en coupant ces lettres leur donnent l'apparence de deux € lunaires.

Or, dans la vignette que nous avons insérée. plus haut, on remarque précisément une bannière dont la hampe est surmontée d'une croix ayant les trois bras terminés par des €. Il ost vrai que la flamme ne présente aucunes trace de C. Malgré cette petite différence, il ne subsiste pas moins un fait capital, c'est qu'Henri V a fait fabriquer des moutons d'or portant au revers une croix anglée de quatre fteur-de-lys, ce qui permettait de dire que ces monnaies étaient pareilles à celles du roi Charles.

On aurait pu s'étonner de ce que le monnayeiir d(> Henri, ayant à imiter le mouton du prince français, a placé sous les pieds de l'agneau une légende de six lettres, tandis que le modèle n'en aurait présenté que quatre. Cette particularité s'explique par l'existence, jusqu'à ce jour inconnue, d'un mouton d'or de Charles VI, que M. Rousseau vient de fain» entrer dans sa riche collection et qui porte les types que voici :

+ AGn. D€l. QVI. TOUS. P€CA. iHVDI. iKlS€. HOB. Agneau nimbé tenant une bannière surmontée d'une croix, dont les trois bras supérieurs sont terminés par des D; sous l'agneau,

KRL.X ; R€ lo tout dans un entourage do neuf cintres. Annelet sous la seconde lettre.

^. + XPC VmCIT. XPC R€GnAT. XPC. INP€RAT. Croix fleuronnée, anglée de quatre fleurs de lis, dans un entourage de quatre angles et de quatre cintres. Annelet sous la seconde lettre. Qr, poids : 2,55 grammes.

Lorsqu'on sait combien, au xv* siècle, les lettres K et H ont de ressemblance, on comprend que la variante qui distingue les groupes KRL et HRI se réduit en quelque sorte à la suppression du trait inférieur de la lettre L.

II faut encore observer que, dans la légende du revers, les mots vincii et régnât sont, sur Tune et l'autre monnaie, écrits avec des D, ce qui établit un rapport de plus entre la copie et l'original.

La date de ce dernier nous est indiquée par celle de la monnaie anglo-normande qu'il a dû précéder de bien peu de temps* puisque les gros d'argent, frappés en vertu de l'ordonnance du 11 juin 1 41 3> furent les premières monnaies royales qui reçurent, sous une des lettres de leurs légendes , la marque ou différent de la monnaie que l'on appelle point secret (1).

n parait probable que, pour se soustraire à la confasion

(1) LecoÎDtre-Dupont, Lettres sur rhistoire monétaire delà Normandie , 1846, p. 53. Cela doit B*enteD(lre pour la Normandie sealement, car il existe àei points secrets bien antérieurs; c'est ainsi que dans la collection de M. Rignanlt se trouve un guénar au point cloSj marqué sous la seizième lettre sur chaque face, et que M. Delombardy rapporte à la ville de Tournai, octobre 13S9. On remarque aussi dans la collection de M. Rousseau des guénars de Poitiers, de Toulouse, de la Rochelle avec points secrets et appartenant à des émissions comprises entre 1390 et 1410. Cependant il résulte de la présence de l'annelet sous la deuxième lettre des agnels de Charles et de Henri une assez grave difficulté que voici. Avant Tinvasion anglaise, la marque de Rouen était un point sous lu quizième lettre, et celle de Saint-LÔ un point sons la dlx-haiUème. Le roi anglais, pour qui ces villes étaient en France des capitales, fit transpoilAf la marque secrète sous les deux premières lettres des monnaies qu'il y faisait fabriquer. Mais Henri ne prit Rouen que le 13 janvier 1419, et il ne mit eu activité râtelier de Saint-Lô que le 20 janvier 14S0, on plutôt le 18 avril de li même année. A cette époque les moutons dCor auraient dû porter au centre de la croix du revers un H. On ne peut donc résoudre la question même en sapposant que le mouton avec la légende RRL.REX est une première copie angliite d'une monnaie de Charles VI que nous n'aurions pas encore retrouvée. H faut aussi observer que la bannière des deux moutom avec RRL et HRI est raide et divisée en trois banderoles comme au temps de saint Louis, ce qni ne se

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