‹ Œuvres de A. de Longpérier (volume 2)Chapitre 73 sur 128 · SUK IN MOUTON D'OH INÉDIT · texte numérisé non relu

SUK IN MOUTON D'OH INÉDIT

Cet événement n'avait pas arrêté la fabrication de la monnaie : un inventaire dressé en 1664 par ordre de Mlle de Monlpensier, alors souveraine de Dombes, apprend que sur un registre conservé dans la chambre du trésor de Trévoux, on voyait les mutatiom des monnaies et les poids et lois auxquelles elles furent faites^ du {^juillet lili jusqu'en 1422 (1).

On était, dit M. Mantellier (2), à une époque difficile pour la monnaie; eu France, les ateliers, privés par la guerre des ressources qui les alimentent, ne subsistaient qu'au moyen des refontes ; et indépendamment de ses embarras particuliers, le duc de Bourbon tenait aux affaires du roi par des liens trop intimes pour ne pas rcssenlir eu Dombes le contre-coup de cette détresse. Il est peu étonnant d'ailleurs, que ce prince, qui passa les premières années de sa vie à la guerre contre les Anglais, les dernières dans les intrigues du dauphin et fut mêlé à tous les événements d'alors, ait manqué de temps et d'argent pour monnayer.

Ces détails historiques rendent compte de la rareté excessive du mouton d'or que nous publions ici et qui constitue une importante acquisition pour la numismatique du xv*' siècle.

Henri V étant mort le 31 août 1422 et Charles VI le 21 octobre suivant, le jeune Henri VI fut proclamé roi de France le 12 novembre et le duc de Bedford fit frapper monnaie au nom du prince anglais partout où s'étendait son pouvoir. Cependant, en Normandie même, quelques places fortes étaient restées fidèles au dauphin. De ce nombre était le Mont Saint-Michel qui ne se rendit jamais aux troupes étrangères. L'atelier monétaire, établi en ce lieu, continuait à frapper au nom de Charles VII ainsi qu'on le voit par différentes chartes (3). Il est probable que la pièce suivante, conservée dans la collection de M. Rousseau, a été faite au Mont Saint-Michel.

+ AGn.D€I.QVI.TOLL.PCAT.inVDI.iniS€.nOBS. Agneau nimbé tenant une bannière surmontée d'une croisette ; sous

(1) MantcUier, Notice sur la monnaie de Trévoux et de Dombes^ 184 i, p. 18

(2) Ibid,, p. 20.

(3) Lecoiiitre-Duponti LeUres sur l'hist. mon. de Aorm., p. 13j, 138, 139, 142. Quatre chartes relatiTcs à la niounaie du Moût Saiut-Michel.

270 NOTICE sua LA MOUTON D'OR INÉDIT.

les pieds de l'agneau : K. F. RX ; le tout dans un entourage de onze petits cintres. Point sous la dix-huitième lettre.

1^. +XPC. VINCIT., etc. Croix fleuronnée, anglée de qualité fleurs de lis, dans un entourage composé de quatre cintres et de quatre angles à Textérieur duquel sont placés six fleurs de lis, une croisette et un groupe de trois points. Point sous la dix-huitième lettre. Or; poids : 2,56 grammes. (Fabrication de mai 1423.)

Cette monnaie dont le style est relativement récent convient parfaitement aux premières années du règne de Charles VU ; mais, comme, d'une part, il n'est plus question de la fabrication des moiitoîis dor après Tordonnance du 26 octobre 1428 et que, de l'autre, Charles ne rentra en possession des villes monétaires de la ^Normandie qu en 1449, la présence du povU sous la dix-huitième lettre, qui est la marque française de Sainl- Lô, ne s'expliquerait pas. Il est assez naturel de penser que ce point secret, devenu sans emploi par suite de la spoliation anglaise, fut attribué au lieu qui avait remplacé Sainl-Lô dans la liste des ateliers français.

Nous voyons, en effet, les officiers royaux, qui avaient exercé leurs fonctions au Mont Saint-Michel, réclamer, en 1453, contre la nomination de deux gardes de la monnaie de Saint-Lô, faite le 30 juin 1450 (1). A cette époque cette dernière ville avait abandonné Vannelet sous la seconde lettre, diffèrent des Anglais, pour reprendre le point sous la dixhuitième lettre et le Mont Saint-Michel cesse de figurer parmi les villes monétaires. De cette coïncidence il paraît résulter que ces deux ateliers n^ont battu de la monnaie française qu'à l'exclusion l'un de l'autre.

Si nos conjectures, sont justes ce mouton d'or aurait été frappé l'année même où Louis d'Estouteville et ses cent dixneuf gentilshommes, aidés par les religieux de Tabbaye, repoussèrent, avec un courage resté célèbre, les attaques désespérées des Anglais.

(J) Recueil des ordonnances, t. XIV, p. 257.

DESCRIPTION

PK

(Extrdit du tome IX des ^Mémoires de la Socu'lc des Antiqicaires

de Picardie, 1848.)

Le zèle infatigable avec lequel les antiquaires des villes de la Picardie recherchent les monnaies frappées au moyen âge dans cette belle province, a déjà procuré à la science de nombreux résultats. La numismatique de douze villes, Abbeville, Amiens, Beauvais, Boulogne, Corbie, Laon, Montreuil , Noyon, Péronne, Saint-Quentin, Senlis, Soissons, s'est enrichie, en moins de dix années, de types variés, dont quelquesuns sont extrêmement importants pour Thistoiro du pays. L'absence de nom d'homme sur Jes deniers de plusieurs de ces villes est un fait, qui, tout embarrassant qu'il ait paru d'abord, n'en n'a pas moins été très profitable à la science en général. L'exemple de Duby et de tous les numismatistes qui conservent sa méthode, prouve combien la lecture pure et simple des noms d'hommes sur les monnaies est une ressource insuffisante pour établir une classification. Les monnaies anonymes, au contraire, ont excité l'esprit d'investigation et le désir que l'on a éprouvé de les classer, en forçant à étudier le style de la fabrique ^ a préparé les découvertes les plus intéressantes. L'examen attentif de la composition des trésors monétaires, substitué à l'observation individuelle des monuments, a révélé l'âge véritable d'un grand nombre de pièces qui paraissaient incertaines; c'est une méthode qui, appliquée

DESCRIPTION

au classement des deniers consulaires, par MM. Cavedoni et Borghési, avait réussi d'une façon remarquable, et Ton devait naturellement compter sur un égal succès, dès que Ton voudrait l'adopter pour Fintelligence des monnaies de notre pays. On en est arrivé à pouvoir dire d'un ensemble de monnaies, qu'il appartient à tel ou tel siècle de notre histoire, à en juger seulement par le style; et abstraction faite de la lecture des légendes. La discordance apparente que celles-ci présentent quelquefois avec l'âge des monuments qui les portent, et dont l'époque est fixée préalablement par l'appréciation extérieure de la fabrique, a fait acquérir une notion nouvelle. On s'est bientôt aperçu que certaines légendes nominales, certains monogrammes, se sont conservés, perpétués pour ainsi dire, ' dans la localité qui les avait une première fois adoptés et qui s'y était habituée conune à un type convenu. Ainsi donc uo denier peut porter le nom, le monogramme, la formule royale de Charlemagne, de Louis le Débonnaire, de Lothaire, et n'appartenir en aucune manière au règne de ces princes, être postérieur de deux ou trois siècles à leur mort. En définitive, l'étude des monnaies anonymes a servi à contrôler Tattribution de celles qui présentent des noms de princes, et de la sorte ce qui paraissait un grave obstacle à l'avancement de la science, a singulièrement contribué à son perfectionnement.

Les numismatistes de la Picardie ont été sans doute frappés, comme moi, des avantages qu'offre la connaissance des curieuses monnaies de leur province, et la conscience de cette utilité explique la persévérance si louable avec laquelle ils les rassemblent et les publient.

Je rends grâce à Theureux hasard qui me permet de leur venir en aide en donnant ici la description de quelques monnaies inédiles dont l'importance a déjà été appréciée par notre savant ami M. le docteur Rigollot.

En publiant ces monnaies, je ne donnerai, en fait de détails historiques, que ce qui sera strictement nécessaire pour établir les attributions que je propose ; faire plus serait peutêtre au-dessus de mes forces et probablement inutile, puisque

j'adresse ce travail à ceux-là même quî sont le plus compétents pour en tirer partie. A mes yeux le devoir de l'antiquaire consiste surtout à classer le plus exactement possible les monuments quî nous restent des siècles passés. A Thistorien revient la tâche de composer, comme un patient mosaïste, de grands tableaux avec les parcelles que nous lui préparons.

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