COMTES D'AMIENS
Gautier III (1038—1063).
: VVALT€RIVSC; croix.
l^. t ANBANIS CIVTAS. Temple sur deux degrés.
Denier d'argent. Poids, 1,12 gramm., page 276, n"* 1.
Waleran, comte de Vexin, que Ton croit descendant de Charlemagne, épousa Hildegarde, fille, soit d'Arnoul, comte de Flandre^ et d'Alix, fille d'Herbert, comte de Vermandois, soit de Guillaume Longue-Épée, duc de Normandie, et de Liutgarde, autre fille du même Herbert; 'quoi qu'il en soit, cette princesse apporta en dot à Waleran les comtés d'Amiens et de Crépy en Valois.
Ce seigneur eut un fils du nom de Gautier, qui lui succéda vers 965, et qui, étant venu à Amiens en 985, y prononça sur quelques difficultés qui s'étaient élevées entre l'abbaye de Corbie et les vicomtes Roricon et Saxwalon; ce Gautier prend dans les chartes le titre de Cornes Ambia^iensis.
Gautier II, surnommé le Blanc, fils du précédent, lui succéda vers 990; il était avoué de Jumièges, et mourut en 1027, laissant de sa femme Alix, fille d'Herbert, comte de Senlis, issu de Cbarlcmagne, quatre fils, dont l'aîné, nommé Dreux, devint comte de Vexin et d'Amiens; deux autres : Foulques et Gui, furent évèques de cette ville.
Le roi Henri I" ayant cédé à Robert I", duc de Normandie, la suzeraineté du Vexin français, le comte Dreux devint feudataire de ce dernier prince auquel il était allié par les femmes. Robert et Dreux conçurent une vive amitié l'un pour
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Tauire, et firent ensemble le pèlerinage de Jérusalem. Tous deux moururent empoisonnés, en Bithynie, au mois de juin 1035. Dreux avait épousé Edith, fille d'Ethelred II, roi d'Angleterre, dont il eut Gautier III, Raoul, Foulques (qui devint évêque d'Amiens, après ses oncles Foulques et Gui) et Amaury.
Gautier III, fils de Dreux, eut en partage le Vexin et le pays d'Amiens. Il s'affranchit de la suzeraineté du duc de Normandie Guillaume le Conquérant, et prit parti pour le roi de France.
Gautier voulut s'emparer du Maine, en 1062, après la mort d'Herbert II, son beau-frère; mais le duc de Normandie, dont le fils Robert était fiancé à Marguerite, fille unique d'Herbert, défendit les intérêts de cette jeune femme, et vint en 1063 mettre le siège devant la ville du Mans, dont il se rendit maître. Gautier, tombé au pouvoir de Guillaume, fit en vain avec lui un traité ; conduit à Falaise, il mom*ut par le poison, à ce que l'on pense, et sans laisser de postérité.
Après la mort de Gautier IH, ses possessions furent partagées. Raoul, comte de Crépy, petit-fils de Gautier H, en recueillit la plus grande partie. Waleran U, comte de Meulant, eut une portion de Mantes. Le temporel d'Amiens fut laissé à Gui, qui était évêque de cette ville.
J'attribue au troisième Gautier la monnaie que j'ai plus haut décrite, parce que son style me paraît se rapporter complètement au xi« siècle (1035-1063), et que d'ailleurs celle monnaie a été découverte à Rome, en 1844, dans un amas très considérable de deniers français et étrangers appartenant à des seigneurs ou à des prélats qui ont vécu pendant la pre* mièrc moitié du xi® siècle : entre autres :
Henri I", roi de France . .
Henri IQ, roi de Bourgogne Edouard, roi d'Angleterre .
André, roi de Hongrie . .
Pons, comte de Toulouse .
DE QUELQUES MONiNAIES DE PICARDIE. 275
Eudes, duc de Bretagne i040 — 1065.
Rainaud, comte de Sens 1012 — lOoa.
Hugues, évêque de Besançon . . 1031 — 1066.
Hermann, évêque de Cologne . . 1036 — 1066.
Herbert, comte du Maine .... 1051 — 1062.
Cette liste me parait nécessaire à faire entrer ici, comme une des meilleures preuves à l'appui de l'attribution que je propose, non pas qu'il ne se trouvât dans le trésor de Rome aucune pièce antérieurQ aux princes dont j'ai cité les noms, puisqu'on y a recueilli une obole de Robert, frappée à Paris, et quelques deniers d'Etienne, roi de Hongrie, mort en 1038, mais parce qu'à ces exceptions prfes, la masse des monuments numismatiques qui composait ce trésor appartient bien évidemment à l'époque de Gautier HI (1). Le denier de ce comte offre aussi, quant à la forme des caractères et à l'aspect du métal, une ressemblance très notable avec les monnaies de Gautier I", évêque de Mcaux (1045-1085), et de Thibaut P% comte de Champagne (1047-1089).
Le type du temple qui, depuis le ix» siècle qu'il avait été rapporté d'Italie en France, n'avait presque point cessé d'être employé par les princes impériaux de la famille carlovingienne, fut au xi® siècle continué par les seigneurs. On le trouve sur la monnaie des Richard de Normandie, d'Hugues de Dreux, d'Amaury de Nogcnt, de Renaud de Sens, d'Eudes de Rennes. Or le temple que porte la pièce de Gautier est, pour la forme, un intermédiaire entre celui de Rouen et celui de Dreux et de Nogent. Cette particularité s'explique à la fois par la date de tous ces monuments et par la position relative des villes qui les ont fait fabriquer.
(1) Les numismatistes qui connaissent les détails de la découverte seront peut-être étonnés de cette assertion» puisqu'ils se rappelleront que dans le trésor de Rome figurent des Charles de Melle et de Troyes, des Eudes de Limoges, des Lothaire de Bourges, des Louis d'AngouIême, de Langres, de Nevers. Je me hâte de préveair toute observation à ce sujet en assurant que toutes ces monnaies appartieuneut par leur style, par leur poids, par leur métalf à la première moitié du xi» siècle, et que ce sont des copies assez dégénérées des monuments carlovingiens primitifs.
Remarquons en passant qu'en France, le temple se trouve sur des monnaies de seigneurs laïques parfaitement certains, tandis qu'il ne se voit point accompagné d'un nom d'évêque, ce qui rend au moins douteuse l'opinion de quelques numismatistes qui considèrent les deniers carlovingiens, portant ce type, comme émanant de l'autorité épiscopale; idée contre laquelle, au reste, s'élèvent bien d'autres objections qu'il serait déplacé de rapporter ici,
ÉVÉQUES D'AMIENS.
Foulques II (1031— i058).
FVLCO EPISCOPI. Croix.
1^. AMBC. ? Type composé de deux frontons de temple^ opposés, entre lesquels sont deux T.
Denier d'argent bas. Poids 0,70 gramm., page 276, n° 2.
Ce qui frappe au premier coup d'œil, dans ce denier, c'est sa ressemblance avec les deniers de Normandie qui se trouvaient en assez grande quantité dans le trésor de Rome. Ces monnaies, qui remplissent deux planches de la Revue numismatique (1), présentent des légendes barbares, dans lesquelles, en comparant entre elles toutes les variétés, on reconnaît le nom de Richard, extraordinairement altéré, accompagnant un temple tellement déformé qb'il serait méconnaissable, sur plusieurs deniers, si l'on n'avait pas de points de comparaison. On admettra sans peine qu'il a fallu, pour que ce type monétaire dégénérât de cette façon, un temps assez considérable, et Ton comprendra par conséquent la raison qui me fait attribuer ces deniers aux princes Richard III, Robert et Guillaume le Conquérant (1027-1087).
Maintenant, s'il eût existé parmi les archevêques de Rouen du XI® siècle un prélat nommé Foulques, on aurait pu revendiquer pour lui la monnaie que j'ai précédemment décrite, et dont la légende, au revers, est, il faut le dire, tellement usée
(i) Article sous presse.
qu*on ne peut en tirer de motif certain en faveur d*aucano ville. Mais dans la liste des archevêques de Rouen on ne trouve pas de Foulques, et panni les évoques suffragants d'Avranches, de Bayeux, de Coutanccs, d'Évreux, de Lisieax et de Seez, on ne conndt qu'un Foulques, à Lisieux, en 12S0, et un autre prélat du même nom, à Avranches, en 13S8, dates beaucoup trop modernes pour notre monnaie. Dans les évèchés voisins de la Normandie, le nom de Foulques est tout aussi rare ; et Tévêque de Beauvais qui Ta porté pourrait seul nous arrêter, quoique Tépoque à laquelle il a vécu (1089- 1095) soit peut-être un peu récente.
Que l'on considère, d'un autre côté, les dates extrêmes de Foulques II, d'Amiens (1031-1058), qui coïncident d'une manière si exacte avec celles des princes dont les monnaies composent le trésor de Rome, l'origine de ce prélat qui était fils de Dreux, comte de Vexîn, et neveu d'Edouard, roi d'Angleterre, frère de Gautier III, comte d'Amiens, par conséquent un puissant seigneur, et l'on ne s'étonnera pas de cette attribution qui lui donne une monnaie, trouvée avec celles de son frère et de son oncle et portant un type en usage chez le duc de Normandie, suzerain des comtes d'Amiens.
Je ne parle pas de la légende du revers parce que, ainsi que je l'ai déjà fait observer, elle est trop fruste pour fournir une preuve ; telle qu'elle est cependant, elle ne détruit aucunement ma conjecture, puisque les débris de caractères que Ton y reconnaît semblent la favoriser. Le seul fait embarrassant qui surgisse dans cette question, c'est l'existence parallèle des deux monnairies, du comte et de l'évêque, dans la même ville, surtout lorsqu'on lit dans une charte de Henri I" (1050) : adhortante nos Ftilcone, episcopo Ambianensi^ et Galtero comité, ad qiiem Ambianicœ civitatis administratio pertinebat, concedente. A moins toutefois que les privilèges mentionnés dans cet acte ne comprennent le droit de monnayage que semble impliquer l'administration de la cité. On se rappellera aussi qu'à Reims, à Narbonne, à Carcassonne, les droits monétaires ont été exercés par les comtes et les évêques.