ALFONSE DE PORTUGAL
plaire à l'obligeance de mon savant correspondant M. S- Bergsœc , d'Andigaard. C'est là que j'ai trouvé un denier d'Alfonse de Portugal, dont je reproduisis ici la gravure. Ce denier, qui a pour légende ALEFO REX PORTO (Alefonsus
rox Portogalie) et + COMES BOLOniE, est, comme on le voit, une imitation scrvile de la monnaie de Henri II, roi d'Angleterre, mort en 1189 (1), cinquante ans avant qu'Alfonse devint comte de Boulogne par son mariage avec Maliaul de Dammartin, soixante ans avant qu'AIfonse eût succédé à son frère Sancho II sur le trône de Portugal (1248) (2). On comprendrait mieux que le comte de Boulogne ait imité les deniers de Henri III, son contemporain (1216-1272). Mais l'imitation monétaire a ses causes et ses secrets qne nous ne pouvons pas toujours apprécier. Nous reviendrons d'ailleurs sur ce point.
Le denier qui nous occupe a-t-il été frappé à Boulogne, dans le voisinage de l'Angleterre, ou bien a-t-it été émis en Portugal? C'est là une question difficile à résoudre : car le tj'pe de ce denier, étant donnée sa date approximative, fait également disparate dans la série des monnaies des deux contrées. On peut faire remarquer que dom Dinis, fîls d'Alfonse (1279- 132o}, a imité les esterlings d'Edouard I" d'Angleterre (i272-
(1) Steph. Slarlin lica\ie,.An hisl. accouni o/BngUsh tiionrg, 1726, lliS et 1793, pi. ], D* i. — SnclliDg, A view of the tih: roinai/e of England, 1763, pi. I, 11° 32. — MnrtiD Folkes, Tables of EngtUk lilv. and gald coins, 1763, pi. II, n° 4. — RuiliDg, Annalt of the coinage of Grcai Britain, 3° ti'tl., 1840, pi. II, n" 4. — Edw. HnwkiDB, The siUer coins of England, 1S41, pi. XX1|. n" 285. — H. W. Henfrey, A guide lo the sludtj of English coins, 1869, p. 21.
(2) Il u'esl pas uicessaire d'insister sjr la cominuuaulé de Ivpc dca mou- Daies boulonnaUes et anglaises à l'tpoque d'Élicouo et d'Eustache. loir L. Descbainpg du Pus, Noie 'ur les nionn. de Boulogne, dans la Revue nain,, ISS9, t. IV, p. 48.
1307). Les deux deniers connus portent, avec le buste mantelé, copie de celui d'Edouard P', les noms de Lisbonne et de Braga (1). H est vrai que M. A. C. Teixeira de Aragâo croit que ce sont des essais monétaires fabriqués hors du Portugal (2). Mais cette hypothèse n'est appuyée sur aucune indication historique ou archéologique. Les Portugais, qui se rendaient en Angleterre et k Bordeaux pour leurs affaires de commerce, ont, peut-être, trouvé commode d'emporter des monnaies internationales. Alfonse le Brave, fils de domDinis, écrivait, un peu plus tard, il est vrai, à Edouard III qu'il avait ordonné de traiter en frères les sujpts du roi d'Angleterre qui venaient dans son royaume; et le prince anglais prescrivait aux maires, auxjurats de Bordeaux et aux vicomtes de Londres d'user de réciprocité à l'égard des Portugais (3).
Les deux deniers esterlings de dom Dinis ont été trouvés en Danemark; ils ont d'abord, fait partie de la collection Dcveggo qui a été vendue aux enchères en 1831. M. Thomsen les acheta, et ils sont actuellement classés dans la collection nationale comme le denier d' Alfonse.
Les Portugais étaient en relation avec le Danemark ; c'est là un fait avéré. En 1214, doua Berenguela, fille de Sancho P' (1185-1212), épousa Waldemar II, roi de Danemark; en 1229, dona Leonor, fille d'Alforyie II (1212-1223), devint la femme
(i) Ces deux précieuses mouDaies faisaient partie de la collection Devegge, vendue en L851, 0 Devegge's Mynt-og Medaille-Samling, Copenhague, t. II. no 2318. Elles furent achetées par M. Thomsen, et figurent dans le catalogue de sa collection sous les n<>> 2832 el 2853. -^ En 1867, .M. A. C. Teixeira de Âragao en inséra le dessin fpl. 1, u9 413 Nj, dans sa Description des monnaies^ médailleSf etc., concernant l'hisl. por/ug, du travail, à l'occasion de l'exposition universelle. — M. J. Chautard les a reproduites, Imitations des monnaies au type esterlin, 1871, pi. XXXIV, n»» 8 et 9.
(2) Desaiption des monn., etc., p. 38. U est vrai que le même auteur, qui parait n'avoir pas fait une étude suffisante des imitations monétaires, attribue une origine étrangère d un gros d'argent du même roi dom Dinis. Il faut remarquer que dom Pedro l«' (1357-1367) a copié l'écu d'or de notre roi Jean et que son successeur dom Fernando I«' (1367-1383), a imité le franc-à-pied de Charles V. Leurs monnaies sont cependant bien portugaises.
(3) Thomas Rymer, Fxdera, conventiones, litterx^ etc. La Haye, 1739, in-foL, t. lî, par. IV, p. 158 : litlera missa régi Portugaliof, p. 158 : Prxceptum de pisi* clamatione pro subditis prxfali régis ; anno i^h, ...
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d'un autre Waldemar, prince ou roi do Danemark (1). Cette dernière était sœur d'Alfonse, comte de Boulogne.
Alfonse était né en 1210; il était fils d'Âlfonse le Gros et d'Urraca de Castillc , sœur de la reine Blanche , mère de saint Louis; il était aussi frère de dom Fernando^ qui devint, en 1211, comte de Flandre par son mariage avec Jeanne, fille de Tempereur Baudouin. Les princes bourguignons de Por-. tugal aimaient à revenir vers FOrient. En 1238, la reine de Ffance, tante de dom Alfonse, lui fit épouser Mahaut de Dammartin, veuve de Philippe de France. Pendant sept ans, Alfonse demeura en France , et nous ignorons encore s'il y exerça ses droits monétaires; puis, en 1245, appelé parles Portugais, il alla gouverner sa terre natale en qualité de régent jusqu'à la mort de son frère Sancho II, auquel il succéda en 1248.
En 1254 (suivant les auteurs de Y Art de vérifier les dates) ^ Alfonse répudia Mahaut et épousa dona Brites, fille d'Alfonse X de Castille , et par conséquent sa cousine au troisième degré . Ce fut cette parenté qui, autant que la plainte de Mahaut, détermina le pape Alexandre IV à intervenir et à excommunier Alfonse. L'interdit mis sur le royaume dé Portugal ne cessa qu'à la mort de la comtesse de Boulogne, en 1258 (suivant Du Cange).
Jusqu'à cette époque, Alfonse continua, malgré son union avec dona Brites, à prendre le titre de comte de Boulogne (2)!
(1) Sousa, Hisl, geneal. da casa i^al Portuguezay 1735, t.^I, p. 125, 143. La question du mariage de dona Leooor est à peu près aussi controversée ot, parlant, à peu près aussi claîro que celle du mariage d'Anne, fille d'Iaroslav, avec Henri \"; à cette différence près, toutefois, que si les Russes ne connaissent pas notre reine Anne, les Portugais savent que leur doua Leouor a épousé un prince de Dacie.
(2) V. par ex. la charte de 1253, rapportée par dom Manoel fiernardo Lopes Fernandes, Memoria das moedax covrentes em Portugal desde o tempo dos /?omanos até anno de 1856, dans les Mem, da Acad, real das sciencias de Lisbôa, 1857, t. II, part. I, p. 36. — La charte de 1238, Ant. Braudâo, Monarchia Lu^^ sîtana, 1632, parteda IV, f. 237 verso. — Quant à Tinscription funéçaire placée dans la chapelle de Saint- Vincent au monastère d'Alcobaça, elle est rapportée de diverses façons, et ne peut être d'aucune utilité. Sousa. ///>/. gt*n. da casa R, Pnrtlig.. t. I, p, 163,
On voit donc que , entre Taccession d'Alfonse au trône en 1248, et 1254, époque du mariage de ce prince avec dona Brites , Mahaut a pu, pendant six ans, faire frapper à Boulogne des monnaies portant le nom de son mari, chef régulier de la communauté, sous le titre de roi et de comte, et que, de 1248 à 1258, avant comme après sa rupture avec Mahaut, Alfonse a pu faire fabriquer à Lisbonne des deniers tels que celui dont nous avons donné plus haut la figure. On comprend maintenant pourquoi nous avons dit que lorigine de cotte monnaie soulevait une question difficile à résoudre.
Remarquons toutefois que le denier n'offre aucun rapport de style, de type ou d'orthographe avec la monnaie connue d'Aïfonse III, de fabrique portugaise certaine et en parfait accord avec les monnaies des prédécesseurs et des successeurs de ce prince (1); qu'il est, de plus, naturel de chercher pour le denier au type d'Henri II d'Angleterre , une date aussi rapprochée que possible du règne de ce dernier prince, alors que les deniers anglais au même type pouvaient encore circuler sur le continent, dans l'Artois, dans les Flandres; car il est à remarquer qu'en Angleterre ces mêmes deniers appartenaient depuis 1180 à la moneta reprobata, suivant l'expression de Matthieu Paris (2).
Il y a là peut-être une raison pour attribuer une origine boulonnaise au denier d' Alfonse. A l'époque de dom Dinis, les esterlings de Lisbonne et de Braga pouvaient être utiles aux Poilugais qui se rendaient en Angleterre; mais pourquoi Alfonse III aurait-il» entre 1248 et 1258, fabriqué une monnaie qui n'avait aucun rapport avec celle qui circulait chez lui, et
(1) Fernandes, Memoria das moedas, cinq deniers de Sancho 1°', p. 30; denier d' Alfonse HI, p. 42; denier de Dinis, p. 43; deux deniers d' Alfonse IV^ p. 48. (Sur les cinq deniers attribués à Sancho !«' par M. Feruandos, il en est deux qui peuvent être classés à Sanclio H.) — Teixeira de Aragâo, Description des monnaies, n*» 404 à 412 — 414 à 420. — Kr. Erslev, CataL de la coll. Thomsen, p. 236, n<» 2851, 2854, 285o.
(2) Numismatic Chronicle, 1863, p. 468; dans Tintéressant article de M. W. H. D. Longstaffe, int. Northern évidence on the short cross question^ on trouve IVxposé des faits relatifs à Tinterdiction des monn. antérieures à 1180. — Cf. Jobn Evans, The short cross question^ dans Xum, chron.j 1865, p. 258 sqq.