ROI DES VANDALES
accompagné des deux princes associés à Tempire, Valentinien II et Arcadius, entouré de ses gardes, remettant un volumen à un personnage consulaire. L'inscription circulaire : D N
THEODOSIVS PERPET AVG OB DIEM FELICISSIMVM X, montre que ce sujet se rapporte au 19 janvier 389, dixième anniversaire de l*accession de Théodose au trône.
Voici le tableau comparatif des diamètres de tous les ustensiles d'argent dont il vient d'être question :
Disque de Valentinien, trouvé à Genève 0"»,27
Disque à figures de Fonzazo 0»,287
Disque d'Aquilée , 0",295
Disque de Berthouville 0«,35
Disque de Pérouse , 0",39
Disqiip d'Orbetello , 0™,41
Disque de Geilamir 0",50
Disque dit bouclier de Scipion 0"^,70
Disque dit bouclier d*Annibal • O^^IZ
Disque de Théodose, découvert & Almendralejo 0"*,74
On ne doit pas trouver trop extraordinaire que de tels objets nous soient parvenus nonobstant leur valeur métallique assez considérable. On les a conservés longtemps dans les trésors royaux, dans les trésors d'église. Ainsi, au x* siècle, Constantin Porphyrogénète possédait dans son garde-meuble impérial des disques d'argent ciselés, sur lesquels était gravé le nom de Jordanes, préfet des troupes d'Orient ; ces ustensiles remontaient au temps d*Arcadius, et étaient, par conséquent, vieux de cinq siècles : OZ tivôç ebi ^i àpYupa [Atv^oJpta tx avoYAuça, airsp xeTTat èv w 3x7tXtxa> 0e9Ttap(o), srtYpaoTjV ïyor:% Totivîs « 'lopSivsu jrpa- TTjXoTou 'zfjq 'AvaTcXf!; x. t. X. (1) »; ce renseignement s'éclaire par la comparaison que nous pouvons en faire avec l'inscription du disque d'Ardaburius.
Desiderius, évêque d'Auxerre, au commencement du vii« siècle, avait légué à sa cathédrale et à l'abbaye de Saint-Germain, dans laquelle il désirait être inhumé, une grande quantité de vases d'argent. Le plus considérable était un « missorium
(1) Confit. Porpbyr., De themaiib., 11b. I, éd. de Bodd, 1840, p. 15.
202 LE MISSORIIM DE f.EILAMIR,
argenteum qui Thorsomodi nomen scriptum habet; pensât libras XXXVII, habet in se historiam iËneaB cum litteris graecis. » Le rédacteur de l'inventaire indique les figures nombreuses qui décoraient cette riche argenterie, et qur n'avaient en aucune façon un caractère de christianisme; on y trouve, par exemple, Neptune armé de son trident, et des combats d'animaux (1). Tout cela remontait donc au temps du paganisme; mais Tévêque Desiderius se gardait bien de détruire des objets d'art dont il appréciait le mérite ; il les déposait dans les trésors, nous allions dire les musées, de ses églises de prédilection^ où, plusieurs siècles après la mort du prélat, ils étaient encore conservés.
L'abbé Lebeuf a pensé que le nom Thorsomodus inscrit sur le mtssorium de l'évèque Desiderius était celui d'un prince wisigoth cité par Aimoin (2). L'existence du disque de Geilamir est de nature à confirmer cette supposition. Les missoria ne reposaient pas toujours dans les garde-tneubles ou dans les sacristies; leur destination primitive était fort différente. Lorsque, en 581, Grégoire de Tours visitait Chilpéric à Nogent, le roi lui montra un grand mtssorium d'or, orné de pierreries et du poids de cinquante livres, qu'il avait fait faire : « ostendit, dicens : Ego hase ad exornandam atque nobilitandam Francorum gentem feci; sed et plurima adhuc, si vitacomes fuerit, faciam (3). )> Le mtssorium de Chilpéric portait sans doute quelque inscription rappelant la dignité du chef des Francs. Ailleurs le même historien nous apprend que, lorsque Frédégonde vint se réfugier à Paris, sous la protection de révèquc Ragnemodus, ses trésoriers s'emparèrent du missorium d'or qu'elle avait fait faire, et qu'elle avait laissé à Chelles, puis
(1) Labbe, Nova bibl, manuscr., 1657, t. I; Hist. Autissiod. epùcop,^ cap. xx, p. 423-423. — GioY. MarangoDi aurait trouvi'î la matière à un ample supplément pour son traité intitulé : Délie cose gentilesche e profane trasportate ad uao e ad omamento délie chiese, Rome, 1744.
(2) De gesHs Franc, Histor. de France, t, HI, p. 335 : Thorismodus, Wisigothorum rex, Attilam vincit. — Cf. lib. II, c. 35 : « Thurismodns, Turissendi Gepidarum régis filius, ab Alboino Longobardorum rege interimitur. » V. Lebeuf, Mém, conc. Vhisi, ecclés. d'Auxerro, 1743, t. I, p. 129, 130.
(3) Hi8tot\ de France, t. IF. Gre??. Tur.. Hist, Franc, lib. VI. 2, p. 266,
ROI DKS VANDALKS. 2fi3
s'enfuirent chez Childebert, qui alors habitait Meaux (1). Un contemporain de Grégoire do Tours, Isidore de Séville, dans son chapitre De vasis escariis^ indique l'usage de ces ustensiles : Missorium vocatum a mensa, per derivationem, quasi mensorium (2). » On n'oublie pas que Constantin Porphyrogénète écrit piivtjd'ipisv. Ainsi s'explique le pied annulaire destiné à isoler de la table un plat contenant des mets chauds, pied qui ne laissait pas qu0 d'embarrasser les antiquaires, lorsqu'il s'agissait d'en justifier la présence au revers de boucliers plus ou moins votifs.
Comment le missorium de Geiiamir, roi des Vandales d'Afrique, est-il venu se perdre dans une petite localité de la Yénétie? Il est très probable que ce fait a été la conséquence de Texpédilion de Bélisaire. Deux jours avant son arrivée, on avait fait à Cartbage les appi'êls d'un grand festin, qui devait couronner la victoire qu'espérait remporter Geiiamir. Le chef des Romains se fit servir dans la vaisselle royale par les officier du prince vandale, et partagea entre ses soldats les richesses qu'il avait trouvées dans le palais. Le butin fut immense. Lors de son second triomphe, en 534, Bélisaire fit jeter au peuple une grande partie des objets précieux qu'il avait rapportés^ d'Afrique, des vases d'argent, des ceintures d'or (3). On comprend que plus d'un missorium provenant de l'office du roi des Vandales soit resté aux mains de légionnaires italiens, et ait été transmis par eux à leur famille comme trophée d'une campagne glorieuse.
(1) Greg. Tur., Hist. Franc,, lib. VII. 4, p. 294.
(2) Elymologiarum Sancii hidori Hispalensis episcopi lib. XX, cap. iv, édit. de Venise, 1483, fealll. 100 ro.
(3) Procopius, De bello vandalico, lib. I, 21; U, 9, 10.
NOTIFiaTION NUMISMATIQUE
(Extrait du tome Vin (4« série) des Comptes rendus de V Académie des tnsenpHons et belles-lettres, 1880, pp. 346-348, b. du 26 'novembre.)
L'Acad^ie entendra peut-être avec quelque intérêt Fannonce de l'existence avérée de trois monnaies du moyen Age qui, à ce qu'il me semble, se font remarquer par une signification politique tout à fait propre à frapper l'esprit des historiens.
Ces monnaies se trouvent en ce moment livrées à l'examen du public, à l'occasion d'une vente faite par M. Rossi, de Rome. Le catalogue de la vente publique, rédigé par H. Jules Sambon, ne comportait naturellement aucune notice explicative, et les monnaies dont je vais parler n'ont point été signalées d'une façon particulière. Mais, comme je ne les ai pas encore vues décrites, il m'a semblé utile d'en parler avant qu'elles fussent entrées de nouveau dans le cabinet de quelque numismatiste jaloux de les commenter.
1" + ALBRC'PRiCIP (Albericus princeps). Revers. + SCS' PETRVS (Sanctus Petrus). — Denier ^argent,
Jean XI parvint à la papauté en 931. U était fils d'Albéric, duc de Spolëte, et de la célèbre Marosia. Celle-ci avait eu de Guy un autre fils nommé aussi Albéric, qui s'empara de l'autorité souveraine dans Rome, et tint emprisonné son frère utérin, le pape Jean, qui mourut, à ce qu'on croit, en 933.
Quel était l'appui d'Albéric qui prend, comme nous venons