‹ Œuvres de A. de Longpérier (volume 3)Chapitre 58 sur 157 · ROI DES VANDALES · texte numérisé non relu

ROI DES VANDALES

pouvoit bien avoir appartenu à Annibal et estre une oflrande qu*il auroit faite, après son passage du Rhône, à quelque divinité des environs (1), »

Il demeure ainsi bien établi que la dénomination impropre de bouclier d' Annibal n'a pas été inventée parles personnes qui ont vendu au roi ce monument précieux, et qu'on a eu grand tort de se faire une arme d'une supercherie tout à fait imaginaire pour condamner un objet certainement authentique.

Après avoir été exposé dans le Cabinet des médailles pen* dant plus d'un siècle, ce grand et beau disque a été retiré, il y a une vingtaine d'années des salles publiques. Cependant un examen attentif ne permet pas de le reléguer parmi les apocryphes (voyez la pi. IV, où ce monument se trouve gravé).

Non seulement

le médaillon ciselé au centre est exécuté avec une fermeté qu'un faussaire du xvra'siècle ne pouvait imiter ; mais il existe au revers, ce qu'on ne s'était pas donné la peine de constater, des graffiti de deux époques. Après la sigle de iibra, le chiffre XXXIII, indice du poids, conforme à un usage dont les antiquitaires du xvin' siècle ne se sont en aucune façon préoccupés; puis, dans un autre sens, un groupe composé de onze grands caractères cursifs entre deux croix.

(i; Hist. deVAcad, des inscriptions, 1*736, t. IX, page 155, et planche annexée. T. VI. 17

258 LE MISSOBIVM DE GEILAMIR,

Tout cela n'est point l'œuvre d'un faussaire.

CL de Bozc nous apprend que le prétendu bouclier d'Annibal pèse 43 marcs (soit 10,524'',33). Si nous supposons qu'il avait été, dans l'antiquité, évalué en livres de 32S grammes, nous obtiendrions un poids de 10,725 grammes. Mais, si nous prenons comme point de comparaison l'exagium ou étalon de la livre de Justinien, pesé avec un très grand soin par M. Saigey, et qui donne 323 gr., 51, nous reconnaîtrons que 323,51 X 33 m 10,675,83; d'où une différence de 150 à 200 grammes avec l'état actuel, laquelle ne saurait étonner quand on considère que la partie postérieure du disque a subi de nombreuses mutilations, principalement dans le cercle formant pied, ce qui en diminue notablement le poids. La marque XXXIII est donc parfaitement justifiée.

Le bouclier dit d'Annibal est un plateau de table du très bas-empire^ et la belle rosace rayonnante qui le décore vient de reparaître sur le disque, portant le nom de Geilamir (1).

M. Léopold Delisle a bien voulu examiner le groupe de onze caractères cursifs si légèrement gravés à la pointe, et il y reconnaît cette mention de possesseur : + AGNERICO SOM +; qu'il est fort tenté de rapporter au patrice Agnéric, gouverneur du pays devienne vers le commencement du VIIP siècle. Cet officier figure dans le célèbre testament d'Abbon (5 mai 739) : Quem^ per judicio Agnarico patricio, evindicavimus (2). Un personnage considérable, tel qu'était ce patrice, devait conserver des pièces d'argenterie antiques d'un grand prix, dont nous rapporterons plus loin des preuves. L'attribution proposée par M. Léopold Delisle offre donc beaucoup de vraisem* blance ; et elle nous permet de constater l'opinion du savant admnistrateur de la Bibliothèque Nationale en faveur de l'authenticité d'un monument si important. On peut d'ailleurs faire remarquer que le nom d'Agnéric était ancien dans le

(1) Des monnaies d'argent de Garthage offrent la légende : D * N * REX* GEI- LAMIR.

(2) D. L. d'Achery, Spicilegium, t. IV, p, 540; Du Gange, Gtos^., sub. v. PatriciuSf etc.

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royaume de Bourgogne ; car c'est à cette contrée qu'appartenait Agnéric, un optimas d'Austrasie, père de saint Cagnoul de Luxeuil (594), et qui donna à ses deux autres enfants les noms de Burgundofaro et Burgundofara (1). Ce dernier Agnéric, qui habitait la Brie au commencement du vii* siède, offrit rhospitalité à saint Colomban, chassé en l'an 610 du royaume de Bourgogne (2).

En 1721, des ouvriers, creusant le sol sur la rive de TArve, près de Genève, découvrirent un troisième disque d'argent, qui fut bientôt publié par Montfaucon (3), mais qui ne fut guère remarqué, puisque, quinze ans plus tard, M. de Boze, lorsqu'il décrivait les disques dits de Scipion et d'Annibal, en ignorait encore Texistence. Il est pourtant fort intéressant; on y voit représenté en relief très doux un empereur, debout, hi tête nimbée, portant sur sa main droite un globe surmonté d'une Victoire, et près de lui six guerriers casqués, armés de lances et de boucliers; au pourtour, on lit : LARGITAS D N VALENTINIANI AVGVSTI.

Peu de temps après, on trouvait à Pérouse un quatrième disque d'argent, au centre duquel un médaillon représente un empereur à cheval terrassant un barbare ; une inscription chrétienne entoure cette composition : fljl DE DONIS DEI ET DOMNI PETRI VTERE FELIX CVM GAVDIO. Le monument, entré dans la collection Albani, a été commenté par Giusto

(1) Noms originaux de saint Faron, évèque de Meaux (626 (?) au 23 ocl. 613) et de sainte Fare, fondatrice du monastère de Faremoutier (vers 615). Voir an sujet de ces saints et d'Âgnéric leur père, la vie de saint Eustase et celle de saint Colomban, par un contemporain, Jonas, moine de Bobbio, dans Mabillon, Acta Scor, ord. Sci Bened., t. I, p. 293, et t. Il, p. 23, 116, 610, etc.; Testament de sainte Fare dans Toussaints du Plessis, Hist, de VÈgL de Meaux, t. U, p. 2.

(2) Le nom Agnericus se trouve encore dans d'autres textes mérovingiens : Dans un diplôme deChildebert 111 pourTabbaye de Saint^Denis en 697, conservé en original aux Archives Nationales, Agnericus figure parmi les dignitaires de la cour, immédiatement après le maire du Palais. {Monum, histor., éd. Tardif, p. 31, n» 33.) — Au bas d'une charte de l'évoque Ansebertus pour réglise de Saint-Symphorien d'Àutun, en 696, on lit cette souscription : Agnericus episcopus rogaius subscripsi, (Pardessus, Diplomata, t. II, p. 238). — Léopold Oelisls.

(3) Antiquité expliq., 1124, t. IV, suppl., pi. XXVlII,p. SI.

260 LE MISSORIUM DE GEILAMIR,

Fontanini, dans un excellent mémoire imprimé en 1727 (1), et que Domenico Bracci n'avait pu se procurer en 1771, lorsqu'il tentait d'expliquer un cinquième disque recueilli près d'Orbetello. Celui-là représente divers membres de la famille Ardaburia, et ofTre l'inscription circulaire : «^ PL. ARDABVR ASPAR VIR INLVSTRIS COM ET MAGMILITVM, outre divers noms placés près des figures réparties dans le champ du médaiUon : ARDABVR. PLINTA. ARDABVR IVNIOR PRETOR; lesquels se rapportent à des personnages consulaires de la première moitié du v* siècle (2). La gravure publiée par Bracci montre que la partie postérieure du disque d'Orbetello est munie d'un pied annulaire semblable à ceux que nous avons déjà indiqués. Il suffit de mentionner brièvement le disque d'argent d'Aquilée conservé au Musée de Vienne (3), celui qui fut trouvé en 1830 à Berthouville et qui appartient à notre Bibliothèque nationale (4). Ces monuments sont beaucoup plus anciens que ceux dont nous nous occupons ici. Il n'en est pas de même du magnifique disque déterré en 1847, à Almendralejo (province de Badajoz), non loin de Mérida, et qui fait aujourd'hui partie du Musée de l'Académie royale de Thistoire, à Madrid (5).

Ce disque, le plus grand que l'on connaisse, est décoré d'une composition en bas-relief, dont la disposition rappelle singulièrement le prétendu bouclier de Scipion. Mais ce n'est point un héros homérique qu'on y a représenté. On y voit un sujet tout à fait historique : l'empereur Théodose le Grand, nimbé,

(i) Discus argent, votiv, veterum ChrUtianorum Periisix reperdu, Rome, 1727, ia-4'', pi. ; l'auleur donne de nombreux exemples de la formule De donU Dei.

(2) Bracci, Dissertazione sopra un clipeo votivo spettanie alla famiglia Arda^ buria^ Lucques, 1771, ia-4°, pi.

(3) Karl. Ottfr. Mûller, Dtf Germanico-Triptolemo in paiera Aguileiensi cxlato ; Annali delT Inst. arch., 1839, t. XI, p. 78. — Jos. Arneth, Monum. des K. K. MûnZ'Und Antik, Cab,, Wien, 1850, in-fol.

(4) Aug. Le Prévost, Mém. sur la eoU, de vases ant, trouv, à Berthouville^ Caen, 1832, in-4S p. 17, n» 10.

(5) Ant. Delgado, Mem, histôrico-critica sobre el gran disco de Tkeodosio^ Madrid, 1849, ln*4«, pi. — Cf. Examen de ce méo^oire par Mérimée, Ret\ archéoL, juillet 1849, p. 263.

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