DE DIVERSES MONNAIES ITALIENNES
1668, nous voyons bien qu'il s'agit encore là d'un produit de quelque zecca italienne, d'autant plus que la lettre C placée sous l'écu ne saurait être prise pour le différent de l'atelier de Trévoux; mais conviendrait fort bien, tout comme la date, à celui de Campi dans le val de la Trebbia (1).
Sous le n** S267, Tauteur des Monnaies féodales décrit la pièce que voici : .
IVLM.S.R.I.PRINC.SOVV.DOM. Tête de femme.
I^. MELLiBAT.EX.LILIIS. Écu couronné, 1669. — Douzième d'écu. PI. CXIX, n° 10. « A qui appartient ce douzième d'écu (ajoute M. Poey d'Avant) dont la légende semble indiquer un prince allemand? » (P. 117.)
Mellibat est un mot latin que M. Poey d'Avant paraît avoir rangé, non sans raison, parmi les intraduisibles. 11 était cependant parfaitement libre de couper la légende comme bon lui semblait, puisqu'elle ne contient pas les points qu'il y a introduits tout à fait arbitrairement. Mel libat ex liliis paraîtra probablement plus facile à comprendre. Quant au prince allemand, on se demande par suite de quelle préoccupation il a pu être amené dans cette série monétaire tout à fait italofrançaise.
Il est impossible de ne pas rapprocher la légende que porte le luigino qui vient d'être cité de celle qui entoure, sur de belles pièces d'or et d'argent, les bustes de Jean-Baptiste I Centurione, marquis de Campi, et de sa femme Julie Spinola (1668), lO.BAPT.CENTVRIO.ET.IVLM.MAR.CAMP.ET.SAC.ROM.IMP. PRINCIPES, et il devient alors aisé de lire sur la pièce de 5 sols : lulia marc/no7iisa, sacri romani iînpeni prmceps, sovvrana domina. Je ne puis pas demander au lecteur de me croire sur parole si je lui dis que cette transcription m'avait été suggérée par la première lecture que j'ai faite du très bon mémoire de M. Ag. Olivieri, intitulé : Monete, siyilli dei jyrincipi Cen-
(l) Agost. Olivieri, Monete e sigilU dei principi Ceniurioni'Scotlt\ Gêned, 1862, p. 21 et suiv. A la page 27, M, Olivieri déclare qu'il n'avait pu retrouver quel était le type des oUavetti fabriqués à Campi par Jean et Laurent Massaure, d'Avignon.
i8 EXAMEN
tiirioni-Scotii^ Gênes, 1862; mais je suis heureux de pouvoir indiquer l'explication fournie- par le même savant , deux ans plus tard, en 1864, dans la Rivista délia numismatica y p. 59. Peu importe que mes notes soient restées, avec beaucoup d'autres, dans mes cartons; l'essentiel est que la vérité apparaisse. La transcription que j'ai donnée diflërc à peine, du reste, de,celle qu'a imprimée M. Olivieri. J'ai écrit marchionisa el non Maria parce que ce dernier nom ne figure pas dans les tables généalogiques publiées par M. Olivieri lui-même , et j'ai complété SOVV.DOM., mots qui certainement ont été tracés pour imiter le titre de souveraine de Bombes ^ mais qui ont un sens italien, qui ne peuvent pas avoir été gravés pour n'être pas lus. Je ne sais pourquoi M. Olivieri les abandonne. En parlant des luigini d'Yolande Lômellina, princesse Doria, il refuse à deux reprises différentes d'expliquer une légende qui n'offre pourtant rien d'extraordinaire.
DON.VI.LO.PRINCI.S.VED.D. {Donna Violante Lome/iina, principessa sovrana, vedova Doria). « Cet S-, disait-il en 1859, n*a pas de sens et n'admet pas d'explication (1). « Légende on grande partie inexplicable, » ajoute-t-il en 1864 (2), André III Doria, mort en 1654, avait épousé Yolande Lomellina en 1652, et Tottavetto porte la date de 1665. Ce titre de sovrana faisait partie de l'imitation des pièces de 5 sols de Mademoiselle. M. Poey d'Avant, qui a reproduit la monnaie d'Yolande d'après M. Olivieri, n'a pu combler la petite lacune dont s'est effrayé son prédécesseur. Ce même numismatiste a cru devoir donner dans ses Monnaies féodales de France la description des ottavetti de Fosdinovo; mais il s'est borné à copier le travail de M. Mantellier, et il a négligé de consulter Viani [Memorie délia famiglia Cybo e délie monete di Massa di Lunigiana. 1808, în-4'*), ce qui l'a privé de connaître la variété la plus importante, le luigino à la légende M.MAD.MAL.MAR. SOVV.DI.FOSD.> *667 [Maria Maddalena Makvspina marchesana sovvrana di Fosdinovo) (tab. XIV, n^l), pièce dont la
(1) Monete, etc., dei principi Doria j p. 36.
(2) Rivista delta numismatica^ Âsti, 1864, t. i, p. 59.
DE DIVERSES MONiNAlES ITALIENNES. 19
légende est décisive. II en existe un bon exemplaire au Cabinet des médailles de la Bibliothèque impériale (1).
Sous le n*' 5231, M. Poey d'Avant donne la description suivante :
AN.MA.LIV.COM.PALAT.SOVV.DOM. Tète à droite.
^. DNS.ILLVMiNAT.ET.SALVS.MEA. Écu couronné, 1658; à Texergue, A. Collection Norblin. (PL CXVIII, n^ 13.)
Si Ion recourt à la planche indiquée, on trouve MAR.LIV. COMPA.LAT.SOW.DOM. Ainsi, d'abord, la planche et la description ne sont pas conformes. Mais M. Poey d'Avant renvoie à la monographie de M. Mantellier à laquelle il paraît avoir emprunté son dessin. Or, à l'endroit cité, dans la pi. XI, n** 3, de ce dernier ouvrage, on trouve un liiigino portant MAR. LIV.COM.PA.LAT.SOW.DOM. La leçon AN.MA.LIV. est donc purement imaginaire et nous n'avons pas à nous en occuper. M. Poey d'Avant repousse la traduction Marie Louise Julienne^ comtesse palatine, proposée par M. Mantellier; mais il croit que « le mot Ll V. n'est pas autre chose que le nom de Louise » (p. 412), et là encore il se trompe tout à fait. Conunentli'a-t-il pas été mis sur la voie par la légende de Vottavetto qu'il décrit sous le n' 5234?
LIV.MA.PRI.SP.COM.T.SOW.DOM(1666), évidemment LîWa marchionisUj pri?iceps Spinida, comitissa Tassaroli, sovvrana domina.
Philippe, fils de Maximilien Spinola et d'Yolande Spinola, né en 1606, inscrit au livre d'or en 1628, mort en 1688, avait épousé Livia Centurione Oltramarini, fille d'Adam Centurione. Il était comte de Tassarolo, et nous connaissons la monnaie qu'il frappait à son propre nom en cette qualité. Le T inscrit au-dessous de l'écu sur la pièce de la collection Morin est l'indice de Tassarolo.
\jOttavetto ou luigino de 1658 porte la légende Marchionisa
(1) CeUe dame était marquise de Ponsanello et de Marciaso (MÂRCHION. PONSAN.ET.MARC.) et non paé de Ponzano et de Montemarccilo. Voir à ce sujet les observations de M. A. Remedi, dans le BuHetUno di numismatica italiana, auno^U, 1867, p. 4.
Livia, comitissa palalina, sovvrana domhia. Cela est fort naturel, puisque sur sa monnaie de 1637 Philippe, époux de Livie, prend le litre de comte palatin : PHILIPPVS.SP. D.G.COM.PAL; de même que sur ses belles monnaies de 1606 Agostino Spinola est nommé : AVGVS.SPIN,COM.PALATINVS, et sur une pièce d'or de 1612 : AVOusthius SPinuJa, COtAes PALatinus Sacri Romani \mperii (1). On doit se garder de confondre ces comtes palatins dltalie avec les électeurs de la Pfalz du Rhin. Il n'y a là ni intention ironique, ni illusion à des projets de mariage de Mademoiselle de Montpensier avec un palatin de Neubourg. Il faut bien se dire, une fois pour toutes, que ces légendes : Hanc Asia mercem qiierit. — De procul pretium ejus. — Partes vohiptati ôrieîitalem dicatas, etc., se rapportent uniquement à l'engouement que les ottavetti ti\Bâeni fait naître en Orient, et au commerce considérable qui s'ensuivait. Il n'y a rien de satirique à y chercher.
On pourrait peut-être, si l'on savait définitivement dans quel atelier a été fabriquée la pièce n° 5240, trouver dans la légencfe H^C EST PALANTIS IMAGo, non pas seulement le nom de Pallas, mais une allusion au titre de palatine. Vers le milieu du xvn^ siècle une nasale s'est introduite dans ce dernier mot, et Ton a écrit coîite palentin et palletitin (2). Nous ne savons si cette singulière orthographe fut adoptée en Italie, et nous n'insistons pas sur ce dernier sujet. Palantis de 1668 n'est peut-être qu'une imitation de Virtiitis de 1666. L'enche- ^ vêtrcmcnt de copies produit par la fabrication des ottavetti doit toujours êti'e pris en considération.
Sous les n" 8238 et 3246, M. Poey d'Avant classe, toujours parmi les monnaies portant l'effigie de Mademoiselle, deux pièces de S sols au revers desquelles on lit BONITATIS.VNC. QVATVOR et BONITATIS VNCIARVM.QVINQ, c'est-à-dire accusant un titre de quatre et de cinq douzièmes d'argent fin.
(1) Agostino Olîvierî, Monele e medaglie degH Spinola, Gt^nes, 1860, pi. V, n' 5; pi. IV, II»» 2, 3; pi. 111, n»" 2, 4.
(2) Voir à ce sujet le Journal de Jean hauchez, greffier de Pla^peville (1351- . 1631), publié par MM. Ch. Âbel et E. de Doutelller. Metz, 1868, p. 1, 278-279.