NOTIFICATION NUMISMATIQUE
Campo Freffoso, dux Janue). Buste tourné à gauche, coiffé d'un bonnet tout semblable à celui que porte Louis XU sur ses monnaies. Revers, + CAESARISMAXIMIL' SEMPER-AVGV- ((7aî5arîs Maximiliani semper Augustï). Armes de l'Empire, surmontées d'une couronne fermée. — Ducaton d'or (35 millimètres de diamètre).
Cette troisième pièce se rattache encore à l'histoire de l'influence germanique en Italie.
Gènes, qui s'était déjà volontairement donnée à Charles YI et à Charles VII (voy. notre collection des monnaies génoises de ces princes dans la Revue numismatique de 1868, p. 272- 284, pi. YIII et IX) (1), se trouvait au xvi"" siècle sous le pouvoir de Louis XII, quand, à la fin de juin 1512, un parti élut doge Giano Campo Fregoso qui eut bientôt un successeur, le 11 janvier 1513. Il jouit donc pendant six mois d'un pouvoir contesté. Ce qui est fort intéressant, c^est de voir que l'empereur Maximilien, qui venait d'abandonner l'alliance française pour se liguer avec le pape et l'Espagne, s'était fait le patron du doge éphémère antagoniste des Français. La monnaie de Giano Campo Fregoso reste encore unique. Elle avait échappé aux recherche^ patientes de Gandolfi et de Domenico Promis qui ont écrit spécialement sur la monnaie génoise.
Je le répète, il y a là non pas seulement des monnaies extrêmement rares, propres à flatter la passion des amateurs de curiosités, mais de véritables documents historiques dignes de la plus grande attention.
(1) p. 363 du t. V des Œuvres de .4. de L.
NOTE
( Exlrait dn Journal des Savants ^ 1880, pp. 600-604.)
Il n'est guère d'écrivain qui puisse affirmer n'avoir jamais, au moins une fois en sa vie, cité le vers célèbre :
Indocti discant et ament meminisse periti.
Et cependant, quand on demande quel en est l'auteur, on n'obtient, en général, que des réponses évasives. Les uns disent : « C'est un vers de l'École ; » d'autres, le confondant sans doute avec un vers non moins célèbre .et non moins commode à citer :
Forsan et hœc olim meminisse juvabit,
l'attribuent à Virgile, et n en sont pas plus avancés.
La vérité est que ce vers est l'œuvre de notre illustre confrère, Charles-Jean-François Hénault, de l'Académie française, de celle des inscriptions et belles-lettres, président honoraire aux enquêtes et surintendant des finances de la maison de la reine Marie Leczinska.
Les biographes du savant président ne lui font pas honneur de cette œuvre, si notable dans sa brièveté, et dont on pourrait presque dire ce que Boileau disait du sonnet sans défaut, qu'il valait seul un long poème.
Ce silence tient à certaines circonstances bibliographiques (jue nous nous permettrons d'analyser,
Le vers dont il s'agit paraît pour la première fois en 1744, à la huitième et dernière page de V Avertissement placé en télo du Nouvel abrégé chronologique de F Histoire de France. Hénault ajoute cette indication : « Traduit des vers 741 et 742 de VEssai sur la critique de Pope. »
La seconde édition de Y Abrégé chronolpgique (1746) offre exactement la même disposition. Dans la troisième (1749) et la quatrième (1752), le vers se trouve toujours à la fin do Y Avertissement, qui tombe dans la page xij.
Avec la cinquième édition (1756), en deux volumes în-8*, commence un nouvel état.
1/ Avertissement a été supprimé ; il est remplacé par une lettre à la reine et une préface de quatre pages non imposées.
Le vers a été transporté sur le titre ; il est toujours suivi de l'indication précitée où le poème de Pope se trouve mentionné scrupul eusemen t.
La sixième édition (1761) et la septième (1765) sont, sur ce points conformes à celle de 1756.
En 1768 parait, dans le format in-4'', une nouvelle édition qui est la huitième (bien que cela ne soit pas dit) et la dernière imprimée du vivant de l'auteur, mort en 1770. On y trouve la préface de 1752 ; point à* Avertissement. Le vers figure toujours sur le titre, mais la mention de Pope a disparu sans retour.
En effet, en 1775, nous voyons paraître une autre nouvelle édition en quatre volumes in-12, offrant tous le vers en épi* graphe sans autre renseignement. Il en est de même de l'édition en cinq volumes, donnée en 1799 (an vm), par Fantin des Odoards, et de celle que Walckenaer a publiée en 1821 (6 volumes in-S""). Le savant secrétaire perpétuel de TAcadémie des inscriptions n'a peut-être pas connu le renseignement si explicite fourni par le président Hénault dans ses premières éditions. M. Walckenaer, ainsi qu'en témoigne le Catalogue de sa bibliothèque imprimé en 1853, ne possédait que l'édition in-4<» de 1768, édition très belle, précieuse par les gravures qui Fomenta signalée par les bibliographes comme la meilleure, et, en quelque sorte, comme celle qui suffit à une bonne collection.
Et cependant, depuis 1768, la trace de Pope était perdue et avec ell,e la notion de Torigine moderne du vers latin.
Dans les premières éditions de YEssay on criticism^ on trouve bien, à l'endroit indiqué par Hénault, c'est-à-dire au2C vers 741 et 742 :
Conlent, if bence Ih' unleam'd their wants may view, The learn'd reflect on what before they knew.
Mais, par suite des remaniements que Pope faisait, avec mi soin jaloux et incessant, subir à ses compositions, ces deux vers, dans Tédition pieusement donnée en 1757 par Warburton (« with bis [Pope's] last corrections, additions and improvemen*^, as tbcy were delivered to tbe cditor, a little before his.dealh »), portent les numéros d'ordre 739 et 740.
C'est peut-être même à l'incertitude oii se trouvait le président Hénault touchant l'état du poème de Pope qu'il faut attribuer la suppressiqn de la mention qu'il avait maintenue pendant vingt et un ans, soit à la fin de son Avertissement ^ soit sur le litre de son ouvrage.
En 1756, le président avait lu à TÂcadémie des inscriptions, dans sa séance publique de Pâques, un Mémoire sur les abré^ gés chronologiques y le seul do l'auteur que conserve notre collection, et ce morceau se termine par les considérations que voici :
f< Enfin, les abrégés chronologiques amusent ceux qui n'auroient lien lu sans cela; ils mettent la science à la mode : et n'est-ce donc rien pour elle ? Ils lui ôtent cette ma.jesté vaste qui effraie ceux qui veulent commencer à s'instruire. Je ne parle pas des savans qui ne seront pas fâchés de retrouver ce qui a pu échapper à leur mémoire et peut-être à leurs recherches. C'est ce qui a donné lieu à l'épigraphe qui est en tête du Nouvel abrégé chronologique de F Histoire de France,
Indocti discant et ament meminisse periti.
« Qui a donné lieu, » c*est là le seul aveu, le seul éclaircissement que nous offre, eu cet endroit, l'illustre académicien.
Mais déjà, dans quaii'c éditions de son Abrégé chronologique^ il avait proclamé son emprunt; et quel autre que lui-même pourrait avoir composé le vers qu'il citait avec tant de persévérance, avec tant de plaisir, comme s'il eût prévu que, dans le siècle suivant, ce vers devait si souvent venir en aide aux orateurs qui aiment à se faire écouter (tout en s'écoutant un peu eux-mêmes), dans les solennités savantes?
Hénault était un disciple des Oratoriens, un véritable lettré ; la composition d'un vers, même excellent, n'était pas chose au-dessus de ses forces et de ses aptitudes. Il avait, comme il le dit expressément, traduit deux vers appartenant à l'un des auteurs les plus en vogue au moment où il mettait son livre sous presse. Nous venons de voir qu'il n'était pas insensible aux attraits de la mode.
Hénault avait-il lu YEssay on criticism dans l'original? Nous ne saurions l'affirmer; mais il avait sous les yeux les deux traductions françaises de l'abbé Duresnel (1738) et de Silhouette (1741), et cela était plus que suffisant.
L'idée exprimée par Alexander Pope, en deux vers un peu lourds, est tellement améliorée, tellement embellie par le vers concis de l'écrivain français, qu'on eût facilement dispensé le consciencieux académicien de la citation qu'il fait de son autorité étrangère. Mais nous pouvons croire, sans le calomnier le moins du monde, qu'il n'était pas fâché de faire apprécier à quel point il était au courant et bien instruit de ce qui se publiait de l'autre côte du détroit.
En 1744, c'était quelquefois une prétention; mais c'était aussi un mérite qu'Hénault possédait légitimement.
Quant à Pope , on pourrait se demander s'il avait puisé sa pensée dans un de ces auteurs classiques dont, à l'exemple de Boileau, il s'inspirait si fréquemment. A priori ^ cela n'est pas ^ probable. Hénault et les humanistes qui l'entouraient s'en fussent vite aperçus. D'ailleurs, en 1709, quand le grand poète anglais mettait au jour YEssay qui devait attirer si vivement l'attention du monde littéraire, il eût été singulièrement ma* ladroit de négliger une occasion de se montrer érudit. On
n'était pas alors tellement à court d'idées, comme cela s'est quelquefois vu depuis, qu'on ne plaçât pas la connaissance de l'antiquité bien avant l'invention d'un détail ou d'un mot heureux.
Remarquons, en outre, que Warburton , l'exécuteur testamentaire de Pope, dans les notes qu'il ajoute à l'œuvre de son ami, ne dit pas mot, à propos des vers précités, de l'imitation d'un texte antique. Warburton eût-il, en ce point, et par exception , manqué à son caractère de commentateur du xviH^ siècle, que toute la savante école de Drydcn, aussi bien que tous les envieux, héros de la Buftciade^ eussent été là, dès le début, pour relever une similitude quelconque, susceptible d'être livrée à la malignité publique comme un plagiat.
Nous n'avons donc pas à chercher une origine antique pour la donnée que Pope a fournie au président Hénault.
Mais, dans ses lectures si variées, si nombreuses, qui avaient de bonne heure doublé son imagination native d'une incontestable expérience, Pope n'avait-il jamais rencontré, recueilli, nous ne dirons pas une pensée analogue à celle qu'il a exprimée, mais une phrase toute faite qui la formule?
Ici vient se placer un fait dont on tirera telle conséquence que l'on voudra, mais qu'on ne saurait écarter.
Dans la troisième journée du Décaméron, laFiammetla, commençant à raconter la sixième nouvelle, arme son préambule de cette réflexion :
(( Ilche ad una hora ad voi presterra cautela nelle cose cho possono advenire, et darawi dilecto délie advenute. »
Il est manifeste que l'idée exprimée par Pope se trouve tout entière dans cette phrase.de Jean Boccace. Mais il nest pas moins évident que le vers du président Hénault traduit l'observation préliminaire de la Fiammetta plus exactement encore qu'il ne résume les vers anglais indiqués avec tant de soin par le savant magistrat. C'est là surtout que nous en voulions venir.
Serait-il permis de supposer que c'était le texte italien du xiv<^ siècle qui avait été pris pourmodèle par les deux écrivains
du xviii», tous deux très versés daus la connaissance des littératures étrangères ; de croire que ce texte italien avait servi de type commun aux vers de Pope et de Hénault , et que ce dernier, disciple des sévères Oratoriens, fonctionnaire dans la maison d'une pieuse reine de France, aimait mieux, puisqu'il en avait le choix, être tenu pour un imitateur de son voisin d'Angleterre, entaché de papisme comme on disait alors, que pour un lecteur fort attentif du conteur gothique dont les ndU leries un peu crues ont été, plus peut-être que les invectives de Luther, funestes aux moines d'Occident?
Tous les académiciens n'ont pas été, à l'égal de notre La Fontaine, doués de cette indépendance, de ce désintéressement qui permettent de faire passer les sympathies littéraires avant les calculs de fortune ou d'ambition. Toujours est-il que c'est seulement en 1768, l'année de la mort de Marie Leczinska, que le nom de Pope est rayé du titre de V Abrégé chronologique.
Quoi qu'il en soit, nous remarquerons encore qu'en Angleterre même, l'emprunt fait à Pope par Hénault et si longtemps loyalement proclamé par ce dernier, parait avoir été ignoré, nous ne dirons pas des bibliophiles qui, là-bas aussi bien qu'ici, savaient à quoi s'en tenir, mais des littérateurs* Ainsi l'ouvrage de D. £. Macdonnel, souvent réimprimé sous le titi'e de : A Dictionary of quotatîoîis in most fréquent use, enregistre bien, à son rang alphabétique, le vers inehcH discantj en donne une traduction qui n'est en aucune façon semblable au texte de Pope, et n'en indique pas l'auteur. Macdonnel se contente de faire observer que c'est une devise fréquemment placée en tète d'ouvrages d'une tendance générale et utile. El cependant, d'ordinaire, il cite avec exactitude les sources auxquelles il a puisé. On est donc autorisé à croire que les nombreux ouvrages qu'il a consultés pour compiler son Recueil avaient gardé un silence unanime au sujet du vers dont nous venons de parler trop longtemps.
l'N JOYAl LITTERAIRE