‹ Œuvres de A. de Longpérier (volume 3)Chapitre 72 sur 157 · Larousse, Grand Dictionnaire , t. IX · texte numérisé non relu

Larousse, Grand Dictionnaire , t. IX

« IIahdi, s. m. métrol. — Monnaie frappée, dit -on, sous Philippe le Hardi et dont le nom li hardi fut corrompu on // hards, puis en liard. — Hardi de cuivre, dor, d'argent. »

16. Lespy (V.), Grammaire béarnaise, suivie d*un vocabulaire béarnais- français. Paris, Maisonneuve, 2® éd., 1880.

P. 445, « Ardit, liard.

<c Arditeya, gagner peu, des liards. »

En parcourant cette série de textes, on verra bien vite qu'une fois la notion du sens perdue, et Forigine du mot hardi attribuée au type et non à la valeur relative de la monnaie, les auteurs qui avaient à parler des espèces émises en Guienne n'ont plus eu de guide pour leur classification.

C'était la simple figure royale armée d'une épée qui servait

de signe distinctif. Ed sorte que, par exemple, la pièce de quatre hardis se trouve être le hardi, tandis que le hardi devient le quart de lui-même. C'est simplement insensé. Tous les auteurs depuis Borel jusqu'à Larousse se sonl suivis sans aucun examen. Leurs récits ne sont que compilations de moutons do Panurge qui ont perpétué une erreur vieille déjà de plus de deux siècles.

Ce n'est pas tout ; à partir d'un certain point de la route l'erreur a bifurqué : le hardi est demeuré pour les uns une monnaie de Philippe le hardi; pour les autres au contraire cette monnaie a représenté le buste d'un prince en armure, en cotte hardie (1). De Tune comme de l'autre de ces opinions, il n'existe de preuve aucune ; ce ne sont qu'axiomes de tournure fort peu scientifique.

Avant d'aller plus loin, notons encore l'opinion de Du Cange : Du Cange. Glossarium med, et inf. latinitatis de 1733, ed. Henschel, t. I, 1840.

P. 381. « Ardicus sivc Arditus (addition des Béîiédîciins; dans le G/055, de 1678 ne figurent ni Ardictis, ni Arditus^ ni Hardi). ^Erese monetae species 3 denariorum apud Aquitanos quibus dicuntur Hardis, Occitanis Ardics et Ardis^ nostris liards quasi H ardis, Dictam putant aliqui à Philippo tertio cognomento le Uardy quod primus Ardicos cudi jusserit ; alii a Richardo I Anglise rege ejusdem cognominis. Scripsere aliqui de Ardicis et Liardis nullibi ante LudovicumXI occurrere mentionem : Verum apud Rymerum , t. VIII, p. 576, exstat instrumentum appellationis contra impositionem novi pedagii

(1) L'erreur devient si complète que les auteurs s*iichamant à ne considérer que le type donnent à des monnaies d'or le nom de hardis [hardis d'or), par le seul fait qu'elles portent le type du prince en armure, Tépée an poing, et cependant nous le savons de reste et nous le verrons mieux encore au cours de cet article, jamais le hardi n*a été une monnaie d'or.

Voyez des hardis et demi-hardis d'or des rois anglais cités dans Poey d*Avaot, Monnaies féodales, t. Il, pi. LVII, 5, 6, pi. LXIV, 13, pi. LXVI, 1, 2, etc.; dan^ Th. Snelling, Misceiianeous vieivs of ihe coins siruck by engiish princes in France, etc. London, 1759, fol p. 7, pi. 1, 30, 37, pi. 11, 9, 10, p. 18 el fig. p. 19, etc., etc.

anno 1409, rognante scilicet Hcnrico IV Angl. regc, in quo haîc leguntur : levare possel de omnibus personis Irameunlibm septem Ardicos pro quocumque conelio {lege tonello) de

gaide^ duos Ardicos cum dimidiopro quacumque pipa vini

quinque Ardicos pro quacumque sarcina pannortim, quinque albos pro quacumqite tarqua coriorum, etc.

Item, p. 389,' anno sequcnti 1410. Pro quolibet summagio

panni,,. quinque Ardicos Guiaynes (Gall. guiennois) de

qualibet tracta corii quinque Ardicos, Quorum quidem Ardicorum quilibet valet unum obulum sterlingorum» Hic autem et eosdem esse Ardicos arbitrer quos passim Arsos et Nigros appelant; veteribus Francis Ards per oppositionem ad Albos. Ubi intérim adverte mendum obrepsisse in alterutro praBdictorum instrumcntorum quai de eadem re et ejusdem régis omnino sunt; in primo enim legitur : quinque Albos pro quacumque tarqua coriorum, in altero, de qualibet tracta corii quinque Ardicos. At certum est Albos ab Ardicis longe differre. Vide Argentum album. »

« Arditz, dit encore le Glossaire de 1733, pro Ardicus apud Rymer octies legitur — Vide Ardicus. »

Et encore :

« Arditus, vide supra in Ardicus.

Passons maintenant à une étymologie bien différente du mot Hardi qui est proposée par des basquisants :

DiEZ (Friedrich), Etymologisches Wœrterbuch der romanis^ chen Sprachen, Bonn, 2 vol., 1870 (3« édit.).

Vol. II, p. 98. Lexique espagnol. — « Ardite, eine geringe span. Miinze ; in Guienne hardi ^ limousin ordi, vom bask ardita. »

M. Diez, qui d'ailleurs n'a pas prétendu faire un travail sur le basque, et qui n'arrive occasionnellement a faire intervenir celte langue que lorsqu'il s'agit d'indiquer l'origine d'un mot espagnol, a reçu, à cet égard, l'enseignement de deux basquisants qu'il cite en cet ordre : Lécluse, Larramendi; — mais il

faut remarquer que FI. Lécluse (de Paris) n'est lui-même qu'un disciple du Père Larramendi de Saint-Sébaslien , ainsi qu'il a eu soin de le proclamer avec la plus grande conscience. — D'autre part Larramendi ne peut pas être invoqué sur les points où la critique générale est nécessaire. Il n'a aucune autorité à citer.

Voici du reste les textes de Larramendi et de Lécluse invoqués par M. Diez :

Larramendi (Padre Manuel de), Dicciotiario trilingue del castellano, bascuense y laiin, San Sébastian, 1745, in-fol.

« Ardite, es palabra Bascongada ardita que vale un ochavo. Lat., obolus. »

Lécluse (FI.) (de Paris). — Grammaire banque, în-8', Toulouse et Bayonne, 1826.

P. 33. « Aberea, troupeau, a formé les mots Abcratsua, riche, abevastasuna, richesse (comme chez les latins pecunia et pecuniosus se tirent de pecus); et du mot ardia, brebis, dérive ardita, un liard, la plus petite pièce de monnaie. »

M. Diez, je le répète, renvoie à Lécluse d'abord, puis à Larramendi. Ceci montre que n'ayant aucune lumière personnelle sur la question, il s'en repose sur des autorités. Or, pour peu qu'on ait étudié la grammaire de Lécluse, on sait que tous les éléments en sont puisés dans les écrits de Larramendi. On pourrait donc tout au plus invoquer Lécluse comme ayant approuvé son prédécesseur. Réduisons donc les deux témoignages à un seul. Or Larramendi, qui écrivait en 1745, a fait ici une de ces opérations philologiques dont les livres du xvnf siècle sont remplis. Voyant ces mots ardit^ ardita, et voulant, dans sa ferveur d'érudition, leur chercher un sens classique, antique, il s'est dit apparemment : on n'a pas dé' couvert en hébreu l'origine de ces mots; donc ils doivent provenir du basque, et comme en cette langue ardia signifie brebis, ardita doit signifier richesse, etc* , etc. C'est, je le répète,

le pendant àepecuSj pecunia» Il n'y a aucune preuve. C'est un axiome.

Chose curieuse, Littré semble avoir penché pour l'opiniou de Larramendi. Au mot liard^ il cite Marot, d'Aubigné : « II se mit en dispute avec un pauvre forçat qui lui demandait un hardii.,, le pauvre diable s'en alla sans un liard et avec le desmenti. » L'illustre érudit dit que l'origine de ce mot liard est incertaine ; il cite les Uards de Crémieu (1), il cite Philippe le Hardy ^ il cite Guignes Liard qui inventa des Uards sous Louis XI, en 1430 {sic) (2). « Mais, dit-il, cette monnaie parait propre au midi de la France et à l'Espagne ; aussi faut-il de préférence admettre comme origine le mot basque ardita, »

Enfin, pour terminer, voici encore quelques citations d'auteurs espagnols ou d'auteurs traitant de la langue espagnole.

1. Minsheu (John) (professor of languages in Loudon). A dictionarie in Spanish and English first published into the Enf/lish Tongue by Rie, Percivale gent, ?iow enlarged and amplified^ etc., by I. M., Imprinted at London by Edm. BoUifant, 1399, pet. in-fol.

Feuillet 30 verso. « Ardite, a peece of money woorth three maravedies. »

Sans autorité ; dit cela uniquement parce que 3 maravédis sont un quart de douze.

2. Gazophylacitim Catalano-latiniim Dictiones phrasibus illiistraias ordine literario comprehendens, etc., at/c/ore loanne Lacavalleria et Dulach V. I. D., Barcinone, 1696.

« Ardit. Moneda del valor de dos diners. Hic Semissis, hic SemiSf hœc Sembelîa, »

Pourquoi dos diners? — Il n'y a aucune preuve. Le quart d*un gros ou sol est 3 deniers et n'est pas un semis. Du moins John Minsheu est-il logique, parce que 3 maravédis font le

(1] V. plus loia à la s6rie des textes sur le liard,

(2) ma.

quart de 12, mais c'est un Anglais qui parle; il n'est pas compétent, affirme sans autorité.

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