COLLECTION DE PLOMBS HISTORIÉS
• Après la série de pièces qui paraissent appartenir à Noire- Dame de Paris, parmi lesquelles on voit figurer le méreau du machicot, M. Forgeais place les jetons de présence des autres églises : la Sainte-Chapelle, Saint-Germain-l'Auxerrois, Sunl- Jean-le-Rood, Saint-Thomas, Saint- Etienne, Saint-Merry, Saint-Honoré, Saint -Nicolas, Saint- Gervais, Swnt-Marcel, Sainte-Madeleine, etc.
Puis viennent les méreaux de confréries qui sont en général d'assez grandes dimensions et portent des types intéressants. Notre savant collaborateur, M. Eugène Bûcher, en a publié un certain nombre dans laflev. num, (1858, p. 338-3S0, pi. XVH). Nous en placerons un ici qui a été recueilli depuis, en 1862, près du pont Notre-Dame.
M. Forgeais pense qu'il représente saint Louis et saint Rémi, désignés par les caractères S. L. et S. R. qui se voient dans le champ. « Le plomb, dit-ii, s'expliquera suffisamment si l'on suppose qu'il aura été destiné à fêter le sacre d'un roî de France. « Nous devons avouer que cette opinion nous parait peu satisfaisante et que nous préférons celle que l'auteur émet dans an paragraphe suivant : « Cependant, comme les Quinze- Vingts avaient saint Louis pour fondateur et saint Rémi pour patron de leur chapelle, il faut peat-étre ici voir le méreau d'une association fondée dans l'h&pital, soit pour les haH^snts de la maîspn, soit pour quelque confrérie attachée à l'établissement. Ou bien encore ce serait une pièce destinée à être distribuée aux visiteurs de la chapelle le jour de saint Rémi ou de saint Louis pour y attirer l'affluence des fidèles, et partant les aumônes en faveur de l'établissement. »
Après les méreaux du clergé et des confréries, M. Forgeais a formé une classe pour ceux qu'il attribue aux offices de la maison du Roi et de la maison de la Reine ; l'Écurie, la Fourrière, la Cuisine, la Boutillcrie, la Cordonnerie, les Bâtiments.
Nos collaborateurs MM. Jules Rouyer et Eugène Rucher, dans leur remarquable Histoire du jeton ait moyen âge, ont publié des méreaux de cuivre extrêmement curieux appartenant à cette série, pièces dont les légendes, dont les types, bien commentés par ces antiquaires, servent maintenant de guide pour l'intelligence des méreaux de plomb qu'il eût été difficile de classer sans co précieux secours.
En voici un, par exemple, qui porte au revers d'une fleur de lis, un fer de cheval qui n'est qu'un type, abrégé; il a été trouvé au ponl Saint-Charles en i 862. D'autres offrent le cheval même. Sur un jeton de cuivre frappé pour Charles de France, comte do la Marche, on voit deux fers de cheval {Hist. du jeton, pi. XI, n» 95, p. 118).
Cet autre, recueilli en 1863, près du pont Saint-Michel, porte la figure d'une civière qui le rattache soit à l'Écurie, soit à la Fourrière.
Cet office avait pour objet le chauffage et les approvisionnements. La civière, on le comprend, représente le transport du foin, du bois et dos substances de toute nature qui peuvent être employées dans une grande maison. C'est là ce qui explique l'hésilalion de M. Forgeais. Il n'éprouve pas le même
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embarras au sujet de la pièce trouvée encore au pont Saînt- Michel en 1863; on y voit la cognée et l'arbre qui peuvent
faire tout simplement allusion à l'approvisionnement de bois. i( Mais, ajoute M. Forgeais, les branches garnies de fenilles paraissent signifier qu'il s'agit ici de la feuillée pour former un abii, avec des rameaux verts, contre le soleil ou la rosée bien plus que contre la pluie. Si je ne me trompe, on employait aussi les feuilles comme jonchée et comme garniture ' des lits, soit pour le prince, soit pour ses gens. L'ordonnance de l'Hfttcl publiée par Jayme II, roi de Majorque (1) & l'article Fourrier (II, 17), mentionne le soin qu'il doit prendre de procurer des branches vertes en été pour le logis du roi, et de la paille avec du bois de chauffage en hiver. »
La cuisine est représentée par quelques pièces à marmite comme celle dont nous plaçons icï le dessin, et qui a été trouvée près le pont au Change en 1860.
Elle doit, pour être comprise, être rapprochée du curieux jeton de Pierre de Mante, premier queux du roi Jean le Bon : iETOIRS.PIERRE.DE MATE PR QVEVS LE ROI.I, jeton dont le type est une marmite (2).
D'autres méreaux représentent im poisson, un tonneau, etc.
Les jetons de cuivre ont servi à compter; mais après s*être demandé quel pouvait èlre dans la maison royale l'usage des
{1} Acfa lanctor. Mai, tome IV.
(2) Rouyer et Hacher, Uisl. du jeton, pi. XVII, D* 143, p. 71.
méreaux de plomb, M. Forgeais arrive par une série d'inductions à conclure que « pour tout ce qui n'était point solde hebdomadaire d'un emploi constant et bien défini, il était assez simple d'avancer au chef d'office un certain nombre de pièces qui le rendaient responsable de toute dépense, et qui pourtant étaient de nulle valeur hors du bureau de l'hôtel. »
Nous avons dit ailleurs avec quel soin MM. Rouyer et Hucher avaient recherché le nom des princesses dont les armoiries se remarquent sur de très anciens jetons (1). M. Forgeais a suivi la voie tracée par ses devanciers, et il attribue h quelques reines des méreaux du service de l'Écurie. Deux pièces portant des armes, parti de France et de Navarre, lui paraissent fabriquées pour la maison de Jeanne de Navarre, femme de Philippe le Bel. Une autre, trouvée au pont au Change en 1860, et sur laquelle on voit, d'un côté une fleur de lis et un lion
avec les caractères lA, et de l'autre deux balles de foin enfermées dans des filets, lui rappelle Jeanne de Bourgogne, femme de Philippe le Long.
Un dernier méreau nous montre, au droit, un coq, au revers, des armes, que l'auteur croit seulement parties de France et Castille, qu'il n'ose cependant pas, dit-il, attribuer à Blanche, mère de saint Louis, et qu'il est tenté de donner, à Philippe le Long, alors que ce prince n'était pas comte de Poitou. Mais il faut remarquer que tous les frères de saint Louis portèrent des armes semblables à celles que M. Forgeais décrit, et que, d'ailleurs, le méreau offre, au-dessous du château de Castille, un quartier malheureusement peu distinct qui pourrait contenir les armes de Navarre, car on y voit des points. Louis le Hutin, Charles le Bel, lorsqu'ils étaient rois de Navarre,
(i) Revue num,, 1859, p. 199 et sulv. — P. 75 et sulv. du t. V. des Œuvres de A. de Longpérier,