‹ Œuvres de A. de LongpérierChapitre 1 sur 173 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

ŒUVRES

Adrien DE LONGPÊRIER

TITIOPOLIS D'ISAURIE

(Eitrail du tome III de la Reçut numiimaUque, IS3M, p|>. i22-i26 [l].1

Bien qu'on n'ait pas encore suffisamment étudié, approfondi la numismatique des peuples du monde ancien, puisque c'est k peine si l'on a déterminé la valeur des types de quelques médailles, et qu'excepté les monnaies qui portent des noms de rois ou d'empereurs, à peine quelques monuments de cette classe si intéressante pour l'histoire, peuvent être attribués à une époque positive, cependant on est comparativement très avancé en ce qui regarde la nomenclature géographique.

L'immense quantité de monnaies comprises sous la dénomination générale de médailles f/recques, qui ont été publiées,

a Londres daas le .Vumii-

2 ÏITIOPOLIS D'ISAURIE.

OU que Ton a classées dans les cabinets, présente une suite si considérable de noms de villes et de peuples, que Ton ne doit pas dorénavant espérer voir s'en augmenter de beaucoup la liste.

L'apparition d'une médaille portant un nom de ville toute nouvelle en numismatique, et presque inconnue dans l'histoire, est donc un fait dont l'importance doit être vivement appréciée. La publier est un véritable bonheur aux yeux d'un numismatiste. Je dois donc d'abord remercier M. Menchc, d'Aire, d'avoir bien voulu me confier la précieuse médaille impériale-grecque, qui fait l'objet de cette notice, et dont le hasard Ta rendu possesseur. En voici la description :

KAICAP AAPIANOC Tête barbare de l'empereur Hadrien, à droite.

^. TITIOnOAEITflN. (Des habitants de Titiopolis.) Jupiter assis à gauche, tenant de la main droite une patère; la gauche appuyée sur une haste.

La légende n'est pas douteuse ; ce qui rendait son interprétation difiicile, c'est qu'on ne trouve pas le nom de Titiopolis dans la plupart des dictionnaires de géographie. Cependant le Dictionnaire de Ferrari, publié par Baudrand (1), fait mention de cette ville, en ajoutant ces mots : Hodie haud mémoratur.

C'est à cet oubli qu'il faut sans doute attribuer l'omission du nom de cette ville, faite par MM. Bishoff et MuUer, dans leur Dictionnaire pourtant si complet (2).

Voici tout ce que j'ai pu recueillir touchant la ville de Titiopolis ; les longues et nombreuses recherches auxquelles je me suis livré dans cette occasion, me mettent en droit de penser qu'on ne saurait, quant à présent, y ajouter rien d'important.

1^ Dans la liste des prélats qui assistèrent au concile de C. P., tenu en 381, on trouve le nom d'Artémius, évêque de Titiopolis, de la province d'Isaurie ;

2'' Les canons du concile de Chalcédoine, en l'année 45i ,

(1) Sov. iexic. geog.f iseuach. 1671, ia-f»».

(2) Goiba, 1829. ^

TITIOPOLIS D'ISAl'RIE. 3

portent la souscription de Mampretus (1) évéqae de Titiopolis, de la seconde Ciiicie ;

S** La notice d'Hierocles, composée au vu® siècle, donne le nom de TiTtcirsXtç, parmi ceux des vingt-trois AÎlies qui avaient Sélcucîe pour métropole ;

4* En 706, au concile de Constantinople, m trullo palatii imperatorii^ assistait un évèque de Titiopolis, dont la signature est ainsi conçue : Asixkicç sXa^rirccç sr^oxcircç TiTCuiriXcO)? Tf}^ *l5'a;>pwv zTXpyioL^ ùphotq ùrlypa^a (2) ;

5** Constantin Porphyrogénète , dans Touvrage intitulé : lhp\ OsjjLdcTwv, s'exprime ainsi, en parlant de la province de Séleucie :

« La Séleucie est une partie de Tlsaurie, qui est bornée à Toccidentpar le mont Taurus, qu'habitent les Isauriens; et à

Torient par les montagnes de la Ciiicie Les hauteurs de

la Séleucie et les terres de Tintérieur se nomment la Décapole (c'est-à-dire les dix villes). La première d'entre ces villes est Germanicopolis, la seconde Titiopolis, la troisième Domitîopolis, etc. (3). » L'empereur Constantin écrivait vers le milieu du x*' siècle ;

6" Vers la fin du xiv\ l'historien des croisades, Guillaume de Tyr, cite encore la \illc de Titopolis parmi les vingt-quatre évèchés suffragants de Séleucie (4). C'est la dernière trace que. nous ayons de l'existence de celte ville. Après cela fut-elle détruite comme tant d'autres cités de l' Asie-Mineure, ou changea-t-elle son nom antique contre un nom arabe ou turc? c'est là une de ces difficiles questions de géographie comparée, que des études toutes spéciales pourraient peut-être résoudre; mais je 'dois dire que les plus minutieuses investigations ne m'ont apporté aucun éclaircissement sur ce sujet.

(1) Ce nom est probablement altéré.

(2) Conc. Gea., III, p. n06.

(3) *H 6s ^SsXeuxeia, yilpo; êarrtv 'laauplocc, Tcpôç (j.àv 6'J9iiàç âpt!^o(iévv] Otco toO Ta^5poy, èv w xaxoixoOdiv *I(Taupo\* «poç Se Ta; àvaToXàc aTcoxéxXeiviai wapoc Tfi)v KiXixîac opêwv... Ta hï a^ta ^sXsuxEtoc; xat [itdoyaiioL xaXElToct AsxcxnoXtc. Kai ïdxi npcoTY) \Lh ^£p^iavlxo^51to).tç, Geuxlpa Se TiTioyiro).i;, tpi'ttj AopLeTioOTroAic, etc., etc. (IIep\ Oepi. Leyde, 1588, in-Bo, p. 24.)

(*) WiUelmi Tyrens. Uist.-t lib. XXllI; ap. Gest. Deiper Franc, p. 1044.

4 TITIOPOLIS D'ISAIHIE.

La médaille de M. Menche, frappée sous le règne d'Hadrien, c est-à-dire entre Tan 117 et Tan 138 de Jésus-Christ, et antérieure d'environ deux cent cinquante ans au concile de Consiantinople, auquel assista Tévêque Artémius, prouve que sous le Haut-Empire la ville de Titopolis avait quelque importance; et cependant, jusqu'à Guillaume de Tyr, dix siècles se sont écoulés sans qu'aucun historien nous ait transmis le moindre détail relatif à Thistoire ou à la position exacte de cette .ville.

Quant à l'origine de son nom, je ferai remarquer, sans y attacher plus d'importance que n'en méritent les observations de ce genre, que, soit que Ton préfère Tune ou l'autre des deux leçons, Titiopolis ou Titopolis^ on peut en donner des interprétations qui, pour être également admissibles, n'en sont pas moins viciées de la même faiblesse, c'est-à-dire un manque absolu de preuves.

C'est ainsi que le nom de Titopolis, rapproché de celui de Domitiopolis, ville voisine, pourrait faire croire à la fondation de deux villes, par les fils de Vespasien, ou du moins à un changement de nom effectué en l'honneur de ces princes, par deux villes appartenant à la même province et mues par le même intérêt. Tandis que si l'on adopte la forme Titiopolis^ on pourrait y chercher une origine religieuse, dont les noms de Tios (1) de Paphlagonie et de Diospolis nous offrent des exemples. Le type do Jupiter, qui se voit sur la médaille que je viens de décrire, viendrait en aide à cette supposition, qui se fortifierait encore de la présence constante des attributs de Jupiter sur les médailles de Séleucie, ces types étant des indices certains d'un culte de Jupiter, dominant dans la métropole de Titiopolis.

(1) Ar|(io93£vy); 8' ev Bi0*jviaxotç 9r,(j\^ XTiarîiv tt^ç icoXecoç yevévOat lldrapov, âX6vTa IlafXaYOVîav, xa\ ex xoO ti|i5v tov Aia, Tîov icpo^otyopeuaoti... Stephan, Byzant. — « Démostliènes, dans ses Bithyniennes, dit que le foudateur de la ville est Pataros, la Paphlagouie ayant été prise, et que du culte de Jupiter, elle avait reçu le nooi de Tios. »

n UIDS, n PHILADELPHIE ET DE QIIELQDBS ADTBBS VILLES

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