‹ Œuvres de A. de LongpérierChapitre 11 sur 173 · DANS LES TABLES GENERALES DE MIONNET · texte numérisé non relu

DANS LES TABLES GENERALES DE MIONNET

(Extrait du tome VIII de la Revue numismatique de 1843, pp. 2i3 254.)

On ne doit considérer ce travail que comme un simple catalogue annoté faisant connaître les nouveaux noms de villes qui sont venus s'ajouter à la liste, déjà si riche, que nous a laissée notre célèbre devancier.

J*aurais pu, je l'avoue, épargner beaucoup de place en supprimant les explications dans lesquellles je suis entré. Mais j'ai cru pouvoir faire, pour quelques médailles antiques, ce que Ton regarde comme indispensable pour le moindre denier du moyen ftge. Il est vrai que, en ce qui touche l'antiquité, on est encore si peu avancé, que, quelque soin que l'on se donne, on arrive difficilement à résoudre d'une manière satisfaisante ces problèmes d'origine des types, d'&ge positif des monuments, de signification des légendes, sur lesquels on prononce maintenant presque à coup sûr lorsqu'il s'agit de nos monnaies françaises.

Les villes dont je publie ici des médailles sont, à l'exception d'une, complètement oubliées. Quelques-unes, comme Orthia et Clanudda, ne se trouvent dans aucun dictionnaire géographique, quoique l'une soit citée par Pausanias, et l'autre indiquée dans la Table de Peutinger. Ceci prouve combien il serait à désirer que quelque patient érudit dépouillât avec soin les index des auteurs anciens, pour nous donner un complet

dictîoiuiairo de géographie antique, livre que la science attend encore.

EURYMEN-^ DE THESSALIE.

Tête do Bacchus couronnée de pampre, tournée à droite.

1% ETPTMENAinN. Cep de vigne chargé de grappes; dessous, un grand cratère et un dauphin. JE. 6. p. 39, n* 1.

Mêmes types. Les lettres du revers sont disposées différemment. JE. 6. Le cep de vigne a six feuilles et six grappes, au lieu de quatre feuilles. P. 39, n" 2.

La ville d*Eurymcnae n'était connue que par une mention de Valerius Flaccus (1) et par un passage de Tite-Live (2). Il est cependant probable que c'est la même ville que TErymnae de Strabon, orthographiée Eiymnis, par Pline.

La vigne du revers et le vase à mettre le vin sont des sources d'une ivresse intense qui peut se caractériser par le nom d'Eupu[jiavtaç.

ORTHIA D'ÉLIDE.

Tête casquée de Pallas, à droite.

% OPOIEinN. Partie antérieure d'un cheval sortant d'un rocher sur lequel s'élèvent deux rameaux d'olivier. Le tout renfermé dans une couronne (de laurier). JE. 6, p. 39, n'4.

La localité qui portait le nom d'Orthia ne nous est connue que par un seul passage de Pausanias. Cet écrivain raconte que les femmes de TÉlide célébraient deux chœurs en l'honneur dllippodamie et de Physcoa. Cette dernière avait vu le jour dans un dème de TÉlide appelé Orthia. Aimée de Bacchus, elle en eut un fils du nom de Narcaeus. Celui-ci, ayant acquis, en combattant ses voisins, de grandes richesses, consacra un temple à Minerve, qu'il surnomma Narcaea (3).

(1) Argonaut.j II, v. 14,

(2) Lib. XXXIX, cap. 23.

(3) Al 8è IxxaiSExa Ywatxec xa\ x^P^^C ^^^ iorâffi, xa\ tov (lèv ^9x&ac tûv */opcbv', xbv Se *Ii«roôapi€{a; xaXoOat. Ttjv ^9x6av tï eîvat taurtjv 9a9\v Ix tT|Ç ''HXtSoc TTjc xoO.iq;* tû Si^iiâ Se IvOsc wxYjaev, ovo(JLa (j.èv 'Op6tav eTvat. TaTSrn n ^uox&x Ai6vw<rov «rtyYevéo^aiXéyowa'i* *yffx6av hï ex Aiovuo'ou texetv icoùSa Notpxalov. ToOtov, coç r^^Xr^, ico>s(i£tv toIc npooofxoid xa\ Suva|jLeidc êic\ i^ly^ àpO^vai, xàl Sy} xa\ 'A0t]v5(c Upbv êmxXiQa'iv Napxaia; avTov ISpûoaoOai. IV*

Nous ne pouvons douter, d'après cette autorité, que notre médaille ne porte Timag-e do TAthéné Narcsea. Quant au revers, il nous donne une représentation nouvelle du mythe bien connu de la lutte entre Neptune et Minerve. Le cheval qui s'élance du rocher, et Tolivier (1) qui pousse avec vigueur, tout en représentant la fable attique, sont peut-être encore une expression détournée du nom de la ville (ôpOai, aor. sec. d'ôpvu(i.c^ ou èXa(a opO(a). Le type est placé dans une couronne de laurier pour indiquer la victoire de la déesse, ou plus exactement peut-être pour exprimer qu'elle est la Victoire, Bœc sola omnium deorum dearumque non cognomen habetVictoriœ^ sed ipsa dicitur Victoria (2).

Comment le mythe attique s'est-il ainsi reproduit sur un monument de TÉlide? Je pense que ce fait peut s'expliquer d'abord par la raison que, dans un lieu où s'était établi le culte de Minerve, on ne pouvait choisir un type plus propre à honorer cette déesse que celui qui rappelait sa victoire sur le Jupiter de la mer, et ensuite par la notion que nous a laissée Thucydide d'une alliance conclue pour cent ans entre les Athéniens et les Éléens, la i^ année de la 90* olympiade, c'est-à-dire 436 avant J.-C..(3).

(1) IIep\ 5à TT)c "EXat'ac ovSèv Jf^^'^^^^ ^^^^ elicetv, \ t^ 6eà> (lap-ruptov yeviadai toOto êc Tbv àYfi>va tbv êic\ t^ X^P?* Pc^usaii., Attic,

(2) Aristld., OraU in Pallad.

V. Élite des monuments céramographiques, t. I, pp. 253 et suiv. MM. Cb. Lenormant et J. de Witte ont réuni dans cette partie de leur ouvrage tous les témoignages de Tantiquité relatifs à cette lutte célèbre de Pallas et de Neptune.

Quant au caractère de Nice donné & Pallas, il se trouve très complètement exprimé sur un grand bronze de Caracalla, frappé & Sidé de Pamphylie, et imparfaitement décrit par Mionnet (t. ni, p. 480, n« 19S). La figure ailée qui, traînée par un quadrige, tient une palme et une couronne, est casquée, et cette particularité, que la conservation de la médaille pourrait laisser douteuse, est confirmée par un moyen bronze du même règne et de la même ville (Mionnet, t. ni, p. 480, n® 199), qui nous montre une Minerve debout, casquée et portant

une palme.

(3) La 2« année de la 87^ olympiade, 323 de Rome, les Athéniens vinrent à Phia d'ÉIide, dévastèrent les campagnes et défirent trois cents hommes qui étaient venus de TÊlide Inférieure, avec d'autres Éléens, au secours de cette vUle.

01 6è 'AOvjvalot, apavTEC icapéwXcov • xa\ x*>^*C "^î 'HXeia; U *e\av, éSiJovv

On remarquera Tétroite ressemblance qui existe entre le droit de cette médaille et celui des doubles statères d'or d'Alexandre; les moindres détails de la tète de Minerve sont identiques, on croirait voir deux ouvrages du même artiste. On en peut conclure du moins que ces monuments sont contemporains; c'est-à-dire que le bronze d'Orthia appartient aux dernières années duiv« siècle avant notre ère.

On trouve dans le Thésaurus Grœcœ Linguœ, édition de Londres, t. V, 6923, au mot Opôia : Lex erat Palladis, arçtimenium bellicum continens. Il semble qu'il y ait ici une équivoque à laquelle a donné lieu une fausse interprétation du mot vi|jLOî. Le nome orthien, que Minerve avait inventé,

icapOévo;, aOXcov TsOxe na|tf covov (i£Xo;,

*09pa Tov E'jpuaXocç ex xapicaXt(i&v ^evucov XpiiifOévTtt, oùv Ivreot (ii(ii^TatT* èpixXayTav 760V. Evpev 6e6; * âXXd viv e(»pot<r' àv^pàoi OvaToî; tyiiii^ 'Ûv6|iaaev xe9aXav icoXXâv v&(i.ov, EvxXe& Xao<T96ci>v (j,vx(mjp' oycuvcov (1).

était, comme on le voit par ces vers de Pindare, un mode musical, et non une loi. Toujours est-il que Pallas pouvait, comme inventrice du chant orthien, être surnommée Orthia, et ce serait une raison de plus à donner de la présence de cette déesse sur la monnaie que je viens de décrire.

AiNTICYRA DE PHOCIDE.

Buste de Neptune, tourné à droite, avec un trident sur Tépaille.

^. ANTIKTPEHN. Diane tenant un flambeau, marchant à droite ; à ses pieds, un chien. M. 7. P. 39, n» 3.

Tv^v YTjV èic\ Suo Ti(i.épa;, xqi\ icpo<T8oiQ6f,aavTa; toO èx tt;c xoîXiqc *HXi2qc Tpiotxofftouc Xoyâda;, xa\ xôv auT60£v èx tt); icepoixtSo; 'HXeToav, \^érp\ êxpaTTjaov. Thiicyd., llb. n, 23.

L'an lor de la 90« olympiade, les Alliéniens, les Argiens, les Mantioéens et les Ëléens conclurent une alliance pour ceot ans, tant sur terre que sur mer.

SicovSàç êicoif,aacvTo IxaTov 'AOiQvatoi tvt^y xai 'Apyeîoi, xa\ MavTivr,ç, xai 'HXsîoi, {»9càp aç&v ovTcbv, xa\ ^v(i{i.a^tt)v Jtv ôtpxoumv ixarepoi, à6ôXot;, xoi à6XaS£Îc, xa\ xsiTà Y^v xa\ xoToc OuXâffaon^. Thucyd., lib. V, 47.

(1) Pind., Pyth, XII, v. 19 et sqq. Ed. Bœckb.

QUI iNE FIGURENT PAS DANS MIONNET. 43

La ville d'Anticyra ou Anticyrra était une des plus célèbres de la Pbocide ; Homère lui donne le nom de Cyparissus ; et néanmoins Pausanias suppose qu'il connaissait l'appellation qu'elle avait reçue d'Anticyrée, contemporain d'Hercule. La 1" année de la 108* olympiade, Philippe, fils d'Amyntas, chassa de leur ville les Anticyréens pour les punir de s'être emparés du temple de Delphes. Sous le règne d'uu autre Philippe, le fils de Démétrius, dont ils étaient alors sujets, ils furent encore dépossédés par A tilius, général romain, qui avait pris le parti d'Athènes contre le roi macédonien. Sur le port d'Anticyra, on voyait, du temps de Pausanias, un temple de Neptune, petit et construit de pierres choisies : oj |jl^y« ^^P^''» Aoya^iv (j)y.s39iJiT;{j.ivsv XCOoiç. La statue du dieu était de bronze et tenait dans la main un trident. Le type du droit de notre médaille représente donc le dieu tutélaire de la ville. Nous allons voir que le revers s'explique parfaitement aussi, au moyen d'un autre passage du même écrivain voyageur. « En sortant de la ville, à droite, dit-il, à une distance de deux stades tout au plus, se trouve un rocher très élevé qui fait partie de la montagne. L'on a construit sur ce rocher un temple de Diane ; la statue est de Praxitèle. Elle tient un flambeau dans la main droite, porte un carquois sur les épaules, et son chien est à sa gauche. » Après avoir lu cette brève description, si Ton jette les yeux sur le revers de la médaille d'Anticyra, on aura la conviction qu'elle nous a conservé la copie, bien réduite, il est vrai, mais en même temps bien complète, d'un de ces chefsd'œuvre dont Praxitèle avait orné les temples de la Grèce. C'est là à coup sûr une particularité qui se recommande vivement à notre attention.

C'était dans les rochers qui avoisînent Anticyre que croissait l'ellébore, cette plante au suc laxatif, que la médecine de l'antiquité employait à la guérison de la folie.

Je ne rapporterai pas ici tous les passages des écrivains latins et grecs qui rappellent la propriété de cette plante. Ils sont indiqués dans le Notitia orbis antiqui de Cellarius. Ce serait, sans contredit, une tâche aisée que de citer quelques

44 iNOTICE SUR LES MÉDAILLES DE SEPT VILLES

lambeaux de classiques dont la liste est toute faite dans le livre du géographe ; mais je laisse cette façon de traiter la philologie à coups de lexiques à certains exploiteurs de l'antiquité, qui aiment à enrichir leurs travaux de faciles trophées, et que cette méthode dispense de véritables recherches.

La présence d'une figure de Diane, portant un flambeau, Lticifera (avec le caractère de Lune par conséquent), au milieu des rochers où croît Tellébore, donne lieu de penser que la consécration de cette statue se rattache à l'idée si arrêtée chez les anciens d'une influence secrète de la Lune sur les maladies de l'esprit.

Outre qu'en général Diane est appelée cuXia (1), et que son nom d'Artémis vient : cn:l tcD ipTejAéa; wcsTv (2), dans le cas particulier de la folie, son action devait se faire d'autant plus efficacement sentir qu'elle était complètement réfrigérante ; Spcac66Xct y«P «^ xavcriXYjvot, « car les pleines lunes répandent la rosée », dit Plutarque, et cet auteur cite à l'appui de son allocution l'ancienne tradition qui fait naître la rosée de la Lune et de Jupiter,

A\oç OuyàtYip ^Epaa xpéfct xat SeXava; Siac (3).

Il est curieux du reste de retrouver cette humidité de la lune, jouant dans la religion védique un rôle si important qu'elle en fait pour ainsi dire le fondement.

Le Soma, ou la lune, qui croît ou décroît suivant qu'elle s'emplit ou se vide, est la source de toute humidité; c'est l'astre aux rayons pluvieux. 0 loi qui es liquide! dit un hymne du Rig-Véda qui s'adresse à la lune (4); et dans un sanskrit moins primitif on trouve l'Océan appelé père de la lune, Indoudjanak.

Je dois cependant remarquer que Dioscorides (lib. IV, c. 1 49), en racontant les cérémonies avec lesquelles on cueillait Tel-

(1) Cf. Macrob., Satum., lib. I, c. 7.

(2) Strab., lib. XIV.

(3) Plnt., Qtuest. nat., XXIV.

(4) Rigved., cdit. Rosen, p. 180. H. xci, sloka 1.

lébore, parle d'une invocation adressée à Apollon, mais ne nomme pas Diane.

PLATIA.

T7AATEI. Tête casquée de Pallas, à droite.

i^. ...AATIO... Chouette tournée à droite; devant elle une branche d'olivier. M, 4, p. 29, n® S.

Etienne de Byzance cite Platla, IlXoreia, après les Cyclades.

Voici le récit d'Hérodote, dans lequel il est question de Tlle de Platia, qu'il écrit Platœa, nxira'.a (1).

« On fut sept ans à Théra sans qu'il plùt, et tous les arbres y périrent de sécheresse, excepté un seul. Les Théréens ayant consulté l'oracle, la pythie leur reprocha de n'avoir point , envoyé en Lybie la colonie qu'elle leur avait enjoint d'y expédier. Comme ils ne voyaient point de remède à leurs maux, ils députèrent en Crète pour s'informer s'il n'y avait point quelque Cretois ou quelque étranger qui eût voyagé en Lybie. Les envoyés parcoururent l'île, et étant arrivés à Itanos, ils y trouvèrent un teinturier en pourpre, nommé Corobius, qui leur dit qu'ayant été poussé vers la Lybie par un vent violent, il avait abordé à l'île de Platia de Lybie. Une récompense qu'ils lui donnèrent le détermina à les accompagner... Et l'y ayant conduit, ils le laissèrent avec des vivres pour quelques mois. Comme ils furent plus longtemps absents qu'ils n'en étaient convenus, Corobius se trouva dans une très grande disette ; mais un vaisseau de Samos, qui allait en Egypte, étant abordé à Platœa, lui laissa des vivres pour un an. Les Théréens de retom* dans leur île dirent qu'ils avaient commencé une habitation dans une île attenante à la Lybie. Làdessus il fut résolu que de tous leurs cantons, on enverrait des hommes, que les frères tireraient entre eux au sort, et que Battus serait leur roi. En conséquence, on envoya à Platœa deux vaisseaux de cinquante rames chacun. Toile est la manière dont les Théréens racontent cette histoire. Les Cyrénéens sont d'accord avec eux en tout, excepté en ce qui concerne

(1) Hérod., lib. IV, xu à xlvu.

Battus. Les Théréens restèrent deux ans dans 111e de Platasa, mais comme rien ne leur prospérait, ils y laissèrent Vun d'entre eux et tout le reste se rembarqua pour aller à Delphes. Quand ils y furent arrivés, ils dirent à la pythie qu'ils s'étaient établis en Lybie, et que cependant ils n'en étaient pas plus heureux. La pythie leur répondît : « J'admire ton^habileté ; tu n'as jamais été en Lybie, et tu prétends connaître ce pays mieux que moi qui y ai été. » Battus retourna à Platœa, et ayant pris Thomme qu'on y avait laissé, il s'établit dans la Lybie, vis-à-vis de l'Ile, ivttcv tsD rfyiyj^ à Asiris. »

Tout ce que Ton vient de voir serait un exemple curieux de rignorance des Grecs, relativement àla position des lieux qu'ils visitaient, surtout si, comme nous l'indique l'atlas de Reichard, l'île de Platia se trouve réellement située au nord de la Crète par le 36* degré de longitude (1).

Cette position est du reste assez vraisemblable, puisque cette île se trouverait sur le chemin d'Itanos à Théra et précisément sur la route qu'un vaisseau parti de Samos, et poussé par un vent d'est, devrait tenir, oxsçspdiJisvs'. àwriXiwTif; àvs^to), dit Hérodote.

Le type de la Minerve et de la chouette, quoique essentiellement attique, a été transporté par l'imitation sur la monnaie de bien des villes. M. Cavedoni a cité dans son très intéressant mémoire Suite monete di Atene toutes les copies de la monnaie d'Athènes faites en Crète. J*ai l'intention de publier prochainement un petit bronze de Polyrhenium qui appartient à celle catégorie. D'ailleurs la tète de Minerve des monnaies d'Itanus a pu servir de modèle à Tartiste qui a gravé la médaille de Platia.

BALBURA DE LYCIE.

Tète d'Apollon? à droite.

v^. BAABO[TP]EnN. Épi. M. 4, p. 39, n» 6.

TAIOC KAICAP. Tète nue de Caligula, à droite.

(1) D*AnviIIn place Tile de PIat6e par le 3d« degré de latiludCi 44* de longtlude, plus près par conséquent d'Itanus.

1^. BAABO[T]PEn[N]. Hercule debout, appuyé sur sa massue. M. 6, p. 39, no 7.

Jusqu'à présent on ne connaît relativement àBalbura que le passage suivant de Slrabon :

« Les habitants de Cibyra, se réunissant à trois villes voisines, Bubon, Balbura et Oenoandra, donnèrent à cette ligue le nom de Tétrapole ; chacune des villes jouissait d'un suffrage. Cibyra en avait deux, parce qu'elle fournissait trente mille fantassins et deux mille cavaliers. La Tétrapole fut toujours gouvernée par des tyrans qui néanmoins agirent avec modération. La tyrannie finit avec Moagètes, renversé par Murena qui réunit Balbura et Bubon à la Lycie (1). »

Le type d'Apollon est si ordinaire sur les monnaies de la Lycie, qu'il n'a besoin d'aucun commentaire.

J'espérais, je dois le dire, trouver dans les ouvrages de M. Charles Fellows, publiés à la suite de ses voyages en Lycie (2), quelques renseignements qui pussent me mettre à même de déterminer la position de Balbura; mais ce zélé voyageur n'a pas visité la portion du territoire où, d'après les indications de Strabon, devraient se retrouver les ruines de la ville lycienne.

Reichard, dans son atlas, a placé Balbura au nord-est de Stratonicée de Carie, très près de Nysa et d'Aphrodisia.

CLANUDDA DE PHRYGIE.

Tète laurée d'Apollon à droite.

iV KAANOTAAEfiN. Divinité femelle, debout et de face, les deux bras étendus, la tète couverte d'un modius d'où pendent deux lignes courbes allant rejoindre les pieds de la figure et qui paraissent déterminer les bords d'un voile. Le tout dans

(1) npo<rY£vo|xévwv lï tpioiv ic&)x(i>v o|i6p(i)v, Bougwvcov, B«X6ovpwv, Oivoàvdpou, TexpdiroXi; -cb (rjoxr.ïia exXr,Otî, iifav ïméan^^i <|/Viçov e)(oy<rQ, ôvo l\ xtjç KtSvpacioxùXt yàp otvT») iceÇÛiv jiiv tpeîç iiupiaôa;, Iniréa; Il «t^iXiou;- ètupavveÎTO Ô* àe\, <Tco7p6vfo; a' ojiwc* ciii MoaYéxou 8è tj Tvpavv\; tIXoç i^<r/e, xaxaXuaavro; aÙTf,v Moup6v&, xa\ Awxtoiç TipoffoçiaavTOç Tr,v BaX^oupav, x«\ ttjv Bou6â)vx. Lab. XIH.

(2) Lycia by Ch. Fellows. Londou, 1840 et 1841, 2 vol. iu-S».

une couronne de feuillage. M. 3. Il est difficile de savoir ce que tient la déesse sur. la main gauche. P. 39, n» 8.

Clanudda, d'après la table de Peulînger, est située entre Alydda (rUuza moderne) et Philadelphie, à environ un demîdegré au nord-ouest d'Apamée Cibotus, dans cette partie de la Phrygie appelée Pacatiana.

Aucun auteur au surplus ne mentionne cette ville.

Le modius et le voile qui distinguent la figure que représente le revers de cette médaille, caractérisent bien une divinité asiatique. Le culte de Cybële était si répandu dans toute la Phrygie, que Ton est autorisé à voir cette déesse sur la monnaie de Clanudda.

EUBROGIS DE GALATIE.

Tête de femme tourrelée, à droite, siu^le cou une contremarque.

l^.^ETBP. Vase à deux anses; dessous, un épi. P. 39, n® 9.

Ce qui frappe dans cette médaille, c'est l'étroite ressemblance de la tête tourrelée qu'elle porte au droit avec celle que nous montrent les monnaies de Sinope et d'Amisus de Pont.

L'Itinéraire d'Antonin, qui place Eubrogis à 20 milles à l'est de Sarmalium, à 24 milles à l'ouest d'Adapara, à 78 milles à l'est d^Ancyra et à 48 à l'ouest de Tavia, détermine si exactement sa position, que l'on ne peut chercher en aucune façon à rapprocher cette ville des deux cités du Pont, que j'ai nommées.

Néanmoins je ne puis m'empècher de regarder la tête de la monnaie d'Eubrogis comme une imitation.

La contremarque est une circonstance assez frappante dans ce cas, car on sait que bon nombre de médailles de Sinope présentent les mêmes surfrappes. Il est vrai que ces monnaies sont d'argent, et que par conséquent on avait intérêt à leur conserver un cours certain, après que la fraude de faussaires avait fait perdre la Valeur à un type que l'on savait contrefait. Diogène Laërce nous apprend qu'Icésias, père du philosophe

Diogène, avait été obligé de s'enfuir de Sinope, après avoir fait de la fausse monnaie (1).

D'après tes indications de l'Itinéraire, on serait tenté de croire qu'Ëubrogis est l'Ëccobriga des allas de Reichard et de d'Anville ; car la position de cette dernière ville, sur le bord du fleuve Halys, répond complètement aux distances que je viens de donner.

(1) ALOyJvi)(, 'Ixioiou tpuniCitou, £ivaiRt<c fr,<t\ ik Aioxl^;, £r,)ioai'E(v oùiaO Tiiv Tpàmîav î);Dvia; toO natp'oc, ««\ napaxapâ^aïToc tii v£[iia|u[, ^vyilv, Dîog. Uert., lib. VI.

SUR

(Extrait du tome VIII de la Revue numismatique, 1843, pp. 413-436.)

En publiant dans le quatriëme»numéro de la Revue de celte année (1) les explications que me semble comporter le type de quelques monnaies grecques de la Bibliothèque Royale, je n'avais fait que proposer timidement certaines idées fondées assurément, je le crois, mais qui peuvent ne pas paraître telles à tous les antiquaires. Maintenant que la plupart des numismatistes ont cru devoir restreindre leurs études aux monuments du moyen âge, il est hardi et presque dangereux d'élever la voix en faveur de recherches qui inspirent peu de sympathies, et de parler un langage pour ainsi dire oublié. C'est donc avec un vif sentiment de plaisir que j'ai lu la note dans laquelle M. J. de Witte accorde un précieux suffrage à l'opinion que j'ai émise touchant le type d'Euryménée. Non seulement ce savant archéologue admet l'allusion que j'entrevoyais dans le cep de vigne et le cratère, mais il corrobore cette idée en expliquant d'une manière aussi ingénieuse que solide la présence d'un dauphin au milieu de symboles dionysiaques. Je dois avouer que je suis d'autant plus coupable de n'avoir pas trouvé celte interprétation que j'ai très présents à la mémoire les bas-reliefs du monument choragique de Lysicrate, dont j'ai deux années de suite examiné les plâtres dans le Musée Britannique (2). ^

(1) V. Tarticle précédent.

(2) V. Stuart, Description cCAthènes, t. I, ch. iv, pi. xxx.

La frise de ce monument, auquel Praxitèle avait travaillé, ainsi que le prouve Tinscription découverte par M. Pittakys, représente, entre autres sujets dionysiaques, la destruction des pirates tyrrhéniens. Trois de ces antagonistes du fils de Sémélé ont déjà toute la partie supérieure du corps changée en dauphin et se précipitent dans les flots (1).

II était d'autant plus nécessaire de rendre compte du dauphin qui se voit sur la monnaie d'Ëury menée, que ce poisson ne se trouve d'ordinaire en rapport qu'avec Neptune ou des nymphes crénœennes, et qu'il n'apparaît ici que pour exprimer par sa situation exceptionnelle une idée évidemment d'un ordre particulier.

Puisque je reviens sur les médailles précédemment décrites, je dois ajouter que je n'avais pas osé dire toute ma pensée sur le type d'Eubrogis de Galatie. Le vase à boire réuni à un épi, accompagné des lettres ETBP, m'avait d'abord frappé comme tout à fait significatif.

N'est-il pas probable, on effet, qu'en n'écrivant pas en entier le nom du peuple qui a fait frapper la monnaie, on a voulu, par un artifice tout à fait dans l'esprit de l'antiquité, laisser la possibilité de faire un jeu de mots ?

Si l'on complète cette inscription au moyen d'un composé des verbes ^piyji^ ou PpcSjxo) et de l'adjectif eu, on pourra lire a36p55i; ou suSpsyi; qui tout en offrant avec le nom de la ville une ressemblance très étroite, s'appliquent parfaitement au type de la monnaie.

Je crois qu'en général les allusions fondées sur un mot abrégé, qui peut se compléter do plusieurs manières, sont beaucoup plus fréquentes qu'on ne le pense dans la numismatique ancienne, et j'aurai l'occasion de revenir plusieurs fois sur ce sujet.

Quant au choix d'un type qui n'est que l'expression approchée du nom de la ville qui a fabriqué la monnaie, nous en

(l) V. Pittakys, r Ancienne AUiènes, p. 170. Ce savant Hellène lixe, d'après une inscription, la date du monument & Tan 336 avant J.-C.

avons des exemples qui ont été admis par un antiquaire si éminent qu ils peuvent faire loi (1).

C'est ainsi que le xurtvov est reconnu pour Temblème de l'île de K'JOvsç.

Un numismatiste de Smyme, M. H. Borell, a tout récem* ment publié (2) un moyen bronze d'Antycira de Phocide^ tout semblable à celui dont j'ai expliqué le type dans ce recueil. Seulement le savant numismatiste a lu 'ÂvTixupIscov au lieu d' 'AvTixups(i)v, que porte la médaille de la Bibliothèque Royale, et tout en reconnaissant comme moi un flambeau dans la main de la déesse y il a pris cette dernière pour une Proserpine, sans faire attention qu'un ajustement succinct ne conviendrait pas à ce personnage mythologique.

Je suppose que la médaille de M. Borell est mal conservée, et dans tous les cas elle ne saurait porter la légende 'Âvttxupiscov qui ferait du nom de la ville Anticyria. Peut-être au lieu d'un iota faut-il voir un second P, ce qui serait conforme à la leçon de Strabon, 'AvrCxup^a.

TARËNTUM DE LUCANIË.

Cavalier armé d'une lance, à droite.

1^. Taras sur un dauphin, tenant une quenouille sur son épaule ; dessous $1 et des vagues ; dans le champ une cigogne. AR.4i.

Les antiquaires sont d'accord sur la signification de la quenouille chargée de laine que tient le héros* C'est le symbole de l'excellence des étoffes de laine qui rendirent Tarente célèbre dans toute l'antiquité. M. Raoul-Rochette a dernièrement encore consacré cette explication qu'il a fortifiée par de nouvelles preuves, et dont il a tiré d'utiles conséquences (3).

Quant au type accessoire de la cigogne, il rappelle l'histoire d'un oiseau de cette espèce qui avait été guéri par une femme

(1) M. Celestino Cavcdoni. Voyez le Spicilegio Numismatico de cetanteur.

(2) NumismaUc Chtyynicle, oclober 1843, p. 124.

(3) Mémoires de numismatique et i antiquité, Paris, !840j p. 213 et suîy.

veuve de Tarento, et qui Tannée d'ensuite avait rapporté à sa bienfaitrice une pierre précieuse en signe de gratitude. Cette légende était assez célèbre à Tarente, puisqu'elle a été rapportée par iElien (1), et l'oiseau pieux aura été choisi comme épisème par un magistrat, dont nous connaissons les initiales *I, et qui vraisemblablement se nommait *(XoaTcç^ ^'.XçÇwoç , ^iXiyJboç ou de quelque autre nom de formation analogue. Les intéressantes recherches do M. Fiorelli (2) nous ont prouvé qu'à Tarente, comme dans beaucoup d'autres villes, les types accessoires font allusion aux noms de magistrats qui les accompagnent, et c'est parce que je n'ai pas trouvé la cigogne parmi les simboli aggiunti^ dont l'antiquaire napolitain a donné la liste, que j'ai cru devoir faire connaître ce type en proposant l'explication qui me parait la plus naturelle.

AGWGENTUM DE SICILE.

Crabe dont la carapace porte les traits de Méduse ; dans le champ un grain d'orge et une cigale ; sous le crabe un crustacé (langouste).

1^. Lièvre déchiré par deux aigles, dont l'un crie. AR. 8. P. 55, no 1.

Les monnaies des villes de Pupluna (Populonia) et de Camarina représentent une tête de Méduse de face. « Clément d'Alexandrie, citant Epigènes qui expose les paroles d'Orphée, nous éclaire à ce sujet. Il rapporte qu'Orphée appelle : ipY^Sa TÎjv vuy-xa 8ti tt;v oaxnxjTMy xai rOPPONION Tr^v ceXi^vv îti To h «JT^ rpdswTTcv (la nuit, Argida, à cause de son calme, et la lune, Gorgonium, en raison du visage que l'on y voit). Comme les anciens artistes suivirent pour la plupart Tautorité des poètes dans l'exécution de leurs œuvres, il est aisé de croire que souvent ils auront, d'après l'oracle d'Orphée, caché la lune sous le symbole de la Gorgone. S'il en est ainsi^ je suis

(1) De natura animalium^ VIII, 22.

(2) Osservazioni sopra talune monete rare di ciità greche, Naples, 1843.

nalurcllcment porté à penser que par [ce type du masque on a voulu indiquer la lune comme faisant allusion au nom de la ville PVPLVNA. Car ce mot me paraît composé de deux radicaux, tout aussi bien qu'un grand nombre de noms de villes, tels que Jérusalem, Néapolis, Centumcellâe, etc.; et pour ce qui est de Pupluruiy Mazochi n'en doute pas, quoiqu'il soit d'un avis différent du mien. Quoi qu'il en soit de la syllabe PVP que, dans l'ignorance où Ton est de la langue étrusque, je n'oserais définir, il est certain que LVNA est étrusque, quoique probablement d'origine orientale (car Vossîus tire ce mot de l'hébreu pS, pe^moctare) et que les Etrusques ont désigné sous le nom de Luna l'astre de la nuit. La ville de Luna, une des douze cités étrusques, fournit un argument irréfragable à l'appui de cette assertion, car son nom vient de ce que son port était entouré de montagnes disposées en croissant; ce qui non seulement ressort du témoignage de Strabon, mais encore du dire du Pseudocornutus qui, à propos de l'expression de Perse : Lwiai Porlum, ajoute qui, pr opter curvatiotiem. Portas Lunœ vocatur. »

« Je trouve une nouvelle preuve en faveur de mon opinion dans les monnaies de Camarina ; car, en voyant sur ces monuments un masque de Gorgone, semblable à celui de Populonia, je me suis demandé si un type identique ne demande pas une explication identique, et j'ai trouvé qu'ainsi que Pupluna tire son nom de Luna, Camarina dérive le sien du nom du même astre, mais dans une autre langue. Karam en arabe signifie lune, et non seulement la Lune ou Lunus a été cpnnue sous ce nom dans les villes grecques, mais elle recevait sous ce même nom un culte public, ainsi que le constate la monnaie de Nysa de Carie, sur laquelle l'image du Lunus est accompagnée de la légende KAMAPEITHC. »

On sera curieux de savoir à quel jeune antiquaire, à quel imprudent novateur j'emprunte ces lignes où l'on fait intervenir les étymologies orientales dans l'explication des traditions grecques-italiotes.

Je me h&te de déclarer que ce hardi interprète de Tantiquité

n'est autre que le docte Eckhel (1), le plus circonspect , le plus positif, le moins symboliste de tous les archéologues.

M. le duc de Luynes, en reprenant ce sujet, s'est attaché non plus seulement à établir la parité qui existe entre le Gorgonium et la lune, mais à démêler la valeur symbolique de ce mythe (2). L'illustre académicien déduit d'un grand nombre d'autorités, qu'il cite et qu'il commente, que la véritable têle d'Hécate infernale était le Gorgonium, que rien n'était plus naturel que de prendre pour symbole funèbre cette tête redoutable, dont le seul aspect donnait la mort, et que les combinaisons monstrueuses du Gorgonium avec les corps de divers animaux étaient bien dignes d'être ensevelies dans les tombeaux, et d'y représenter le séjour infernal des ombres, des apparitions et des fantômes dont Hécate est la souveraine (3).

Maintenant je dois faire voir que le crabe est un animal lunaire, et ceci ressort de la lecture des écrivains de l'antiquité aussi bien que de l'examen des monuments.

Le crabe était consacré à la Lune, suivant Porphyre : xai

àxe^dOai. La raison est sans doute fort mauvaise et digne de l'époque à laquelle vivait Porphyre ; mais le fait est constant. En faisant Ténumération des signes du zodiaque consacrés aux divinités, le même auteur ajoute : xai aeX/ivr^ç Xotxov xapxfvsv (4). Les statues de Diane d'Éphèse portent au cou un crabe, et une pierre gravée de la Bibliothèque Royale représente cet animal placé vis-à-vis d'une tête de la lune. Ce rapport du crabe était peut-être fondé sur des observations naturelles telles que celles dont Pline, Aristote, iElien nous ont gurdé le souvenir. Omnia ejus generis (cancrt) hieme Ixduntitr^ au-tomne et vere pinguesctint et plenilunio magis (8). Les crustacés, crabes, pagures, etc. , ont cela de particulier que, lorsque

(1) Numi veteres anecdoti. Vienne, 1775, p. 14 et suiv.

(2) Études numismatiqties sur queloues types relatifs au culte dHécate, Paris,

(3) Études numismatiqvesj chap. ii, p. 77.

(4) De Antro Nymphar., Rom.

(5) Plio., Hist. nat.f lib. IX, cap. 51.

la lune décroît, ils s'affaiblîssont et se vident (1). Peut-être la forme de la carapace et des pinces du crabe le faisait-il regar*der comme une représentation vivante de la pleine lune et du croissant. Il est vraisemblable aussi queThabitude qu'ont certains crabes de marcher ou se diriger vers Teau pendant la nuit, les a fait comparer à Fastre qui, aux mêmes heures, trace sa route dans le ciel pour se plonger dans l'Océan. Une circonstance remai*quable est que le radical arabe cârab signifie : Ivii iiinere noctumo, ut mane adaquam perveniret (2). J'aimerais autant cette origine pour le mot xapsâo; que le to) xdlpa ^a{vgt indiqué par M. Duméril dans le Dictionnaire des Sciences naturelles (3). Enfin pour hasarder une dernière conjecture, le nom de Maia, donné au crabe, a peut-être pris naissance dans rOrient, soit du mot arien mao, lune, soit du mot sémitique ma, maia, eau.

Quoi qu'il en soit, le crabe et la lune étaient si bien identifiés que dans l'astronomie et l'astrologie, on a dit indistinctement porte du Cancer ou pointe de la Lune, pour désigner cette ouverture ou tropique par lequel les âmes descendaient sur la terre (4).

Qu'il nous suffise d'avoir indiqué pourquoi le crabe et le Gorgonium étant, pris séparément, des symboles lunaires, ont pu être réunis pour exprimer d'une manière complète la personnification de la Lune, déesse du port d'Agrigente.

OETAEI DE THESSALIE.

Buste de Diane, tourné à droite; ses cheveux sont noués derrière la tête; sur son épaule se voit un carquois. % 01. Bélier, debout, marchant à droite. M. 4. (P. 53, n* 2.) Partie antérieure d'un taureau, adroite.

% 01. Partie antérieure d'un bélier. M. 2. (P. 55, n« 3.)

(1) iElian., De Nat. animal, , lîb. IX, cap. 11,

(2) Freytag, Lexicon araàico-latinumt p. 494.

(3) T, XI, p. 299.

(4) Félix Lajard, Mémoire sur deux boi-reliefs mithriaques, 1840, iii-4«.

Je crois que le bélier figure ici en raison de son nom OTç; lo buste de Diane s'explique comme celui d'une divinité, archer qui lance des traits, oïffTcJTr;^ (1). Quant au taureau qui galope presque de face, il semble ctrupi^eiç, c'est-à-dire emporté et furieux par suite de la piqùi^e du taon.

CITHRUM DE THESSALIE.

Tète à droite.

I^. Kl©. Œil ; le tout dans un carré creux. AR. 2. (P. 55, n<* 4.)

La ville de Cithrum, aujourd'hui Zotriwar, est mentionnée par Théophraste comme un lieu bas et humide (2).

La fabrique de cette monnaie est tout à fait thessalienne ; et l'œil posé en diagonale dans un carré creux rappelle le bouton de fleur des médailles de Pherae, de Scotusa.

Ce type de l'œil (peut-être le Kt6<i)v xsprroefât;;), jusqu'à présent inconnu dans la numismatique, est très fréquent sur les vases peints.

Sur ces derniers monuments il me semble que l'œil doit avoir une intention funèbre ; presque toujours il est associé au gorgonium (3) et complète avec ce symbole un système de décoration très convenable pour des ornements de tombeau.

Un passage très curieux de Plutarque nous indique suffisamment quel rapport les anciens établissaient entre l'œil et Proserpîne : Kdpt;, dit cet écrivain, S' sv jsXi^ ^7z\^ xal (xuptz) Twv irepl ^ikfyr^ • Kcptj Sa xat IlepjcçsviQ tliCKr^TX^ to jjlsv, wç ç<i>7çsps^ cS^a, KspTj Sa, cTt xal tsS spL;jLr:sç, sv xù to erSwXcv hnùÂ^v, tsu ^XIscv- T5Ç, Sinr^t^ To f,X(ô'j Ç^YY-^ svipx:at t^ ffsXi^vtj, xopr^v •KpcffaYopeusjji.sv (4). On sent très bien que Plutarque, philosophe rationaliste,

(1) Une antre monnaie des Oetaei porte la tète d*ÂpoIIoa (ot'aTcvTr,c), et aa revers, avec la légende OITÀI, un fer de trait, otorbç et une mâchoire de lion. Une demi-drachme du même peuple montre le fer de trait dans la gueule du lion.

(2) Tyjc te Y«P Berca^ita; icEp\ KéOpov (laXioO^ «a; elicEÎv, lxin;|tc èoriv* ^ Ss T^icoc xoUo; xa\ Cç^iSpoc. i^ cavs. pùtnt., Hb. V» cap. xiv, 4.

(3) J. de Witte, Catalogue Durand, n*> 10, 27, 34, 35, 37, 8d, 122, 126, 167, 206, 209. — Catalogue Canino, n»* 30, 39.

(4) De fade in orbe lunaf, cap. xxvii.

SUR QUELQUES MÉDAILLES GRECQUES. u9

cherche à expliquer physiquement une croyance ancienne. Plus loin, le même auteur ajoute : Autrefois les Athéniens appelaient les morts les gens de Cérès, -zzhq vexpoùç 'Aôr^vaTst or^Hirjxptiyjq (l)vd(jLa^sv To xaXa'iv. La mort est dans la lune soumise à Proserpine : OivaTsç... 8' èv tîJ 7tklf'^iT^ Tijç Ilepysçcvr,;. J'ai exposé plus haut Topinion de célèbres antiquaires sur la valeur symbolique de la Lune-gorgone ; je pense que l'œil-Proserpine est une autre forme de la même idée, et je m'explique la présence de cet œil sur des vases placés dans les tombeaux par la raison qui a fait sculpter si souvent l'enlèvement de Proserpine sur des sarcophages (i).

La tète qui se voit au droit de la monnaie de Cithrum est du plus ancien style grec; c'est probablement un portrait d'Apollon.

PHARCADON DE THESSALIE.

or. Bouclier sur lequel est un pied de taureau.

ï^. [0]AP. Buste d'iEsculape, les cheveux retenus par une bandelette ; devant le dieu, un serpent qui se dresse en repliant la tète. AR. 2. (P. 55, n» 5.)

Cette monnaie, décrite par Mionnet parmi les Incertaines^ sous le n*» 173, me semble appartenir à Pharcadon de Thessalie ; le pied de taureau est une abréviation du type ordinaire de cette ville, de même que sur les monnaies de Cranium de Céphallénie, le pied du bélier remplace quelquefois l'animal complet (2).

Le type du taureau, commun à plusieurs villes de Thessalie, peut s'expliquer comme le fait M. de Cadalvène (3), à l'aide du passage de Paléphates (4), qui raconte comment, du temps d'Ixion, roi de Thessalie, quelques jeunes hommes qui avaient dressé des chevaux poursuivirent et parvinrent à détruire des troupeaux de taureaux furieux qui ravageaient le mont Pélion.

(1) Cf. Catalogue du Capitole, p. 42, no 28. Bouilloo, Mtis, desAntiq,, pi. ni, etc»

(2) Bodset, Médailles de CéphaL et d^Ithaque, pi. ii.

(3) Recueil des médailles grecques, p. 127.

(4) Palephat, De incredib,, § 1.

Les médailles de Larissa nous ont conservé pour ainsi dire une série de tableaux retraçant les scènes principales de celte chasse. Ainsi, sur une drachme décrite par Mionnet(l), un jeune homme monte un cheval lancé au galop, et semble poursuivre le taureau qu'il menace du bras et qui, au revers, est en fuite.

Sur une autre drachme, le cavalier vient de saisir le taureaa par les cornes et le cheval attend la bride sur le cou (2). Enfin, sur une troisième, la lutte est engagée et Téphèbe est soulevé par l'effort que fait le taureau pour se défendre (3).

La drachme de Pharcadon qui représente un homme luttant avec un taureau qu'il tient par les cornes, comme celle de Crannon qui porte le même sujet (4), a emprunté son type à la tradition commune à toute la contrée.

Le buste d'^Esculape nous fait souvenir que Pharcadon était la ville la plus voisine de Tricca, lieu de naissance de ce dieu, à qui l'on y avait élevé un temple célèbre (S).

SOLLIUM D'ACARNANIE.

Tête casquée de Minerve, à droite.

^. ZOAAEinN. Partie antérieure d'un cheval ailé. M. 5. (P. 55, n» 6.)

Etienne de Byzance nous a conservé le nom de Sollium avec la même orthographe que dans notre médaille, SoXXsiov. Du reste cette ville n'est mentionnée dans l'histoire qu'une seule fois.

Thucydide raconte qu'au commencement de la guerre du Péloponèse, les Athéniens qui côtoyaient la péninsule avec cent vaisseaux, prirent Solium (SoXwv), petite ville (TroXwjjia) fondée par les Corinthiens et la livrèrent ainsi que son territoire aux Acamaniens de Palœra (6).

(1) Supplément, n© 178.

(2) /d., no 176.

(3) Corps d'ouvrage, n» 107, n»« 26 à 28.

(4) Panofka, Annales de Vlnstitut archéoL, l. V, p. 132.

(5) Strabon, lib. VHI et lib. IX.

(6) Thucyd., lib. H, 30.

Le scholiaste ajoute que Sollium était situé en Acarnanie : la fabrique de notre médaille s'accorde avec ce témoignage, car elle est tout identique à celle des bronzes d'Âcarnanie in génère et des ŒniadsB.

Quant au type, il a conservé quelque cbose de corinthien ; la tête de Minerve et le Pégase étant, ainsi qu'on le sait, les sujets ordinaires que nous montrent les nombreuses monnaies de Corinthe et de ses colonies. Il n^est pourtant pas possible de faire remonter Tâge de notre médaille jusqu'au temps de la guerre du Péloponèse ; une semblable pièce n'a pu être frappée avant 430 (av. J.-C), année de la prise de Sollium ; elle doit être d'un siècle et demi plus moderne.

Reichard et d'Anville placent Sollium sur la côte sud-ouest de r Acarnanie en face des îles Carnus et Ithaque.

ATHENAE.

Double tête de femme assemblée à la manière des Janus.

]^. AGE. Tête casquée de MineiTe, à droite. Le tout dans un carré creux. AR. 2. (P. 85, n» 7.)

Combe (Musée Hunter, tab. 10,n°xxvi) a figuré une tétrobole sur laquelle on voit une tête double, évidemment mal rendue, puisque le nez, les yeux, les cheveux, rien n'est en rapport avec ce que nous connaissons de la fabrique primitive athénienne.

Une triobole publiée par le même auteur (tab. 10, n° xxvii) nous montre d'un côté une tête casquée de Minerve d'ancien style, et de l'autre une tête nue de femme accompagnée des lettres A6E rétrogrades et de deux feuilles d'olivier. Je regarde cette tête comme une seconde représentation de la Vierge antique, et c'est précisément cette même tête que nous voyons double sur l'obole inédite que j'ai entrepris d'expliquer.

La nature complètement féminine de la double tête se prouverait au besoin par l'examen des monnaies de Lampsaque qui présentent le même type : une double tête de femme au revers d'une Minerve casquée ( 1 ) .

(1) Notamment une belle drachme, rapportée de Grèce par M, Charles Leuormaot, sur laquelle la tète double a de lougs cheyeux.

En expliquant les peintures d'une hydrie qui appartient à M. le comte Alberîc du Chastel, M. de Wilte a donné de la double Minerve qui décore ce vase, une interprétation qui ne laisse rien à désirer (1).

Il résulte en effet du témoignage d'ApoUodore que Minerve se divisait en deux personnes, Athéné et Pallas, dont Tune tua l'autre . Ce thème d'une existence complexe, qui se termine par la destruction d'une moitié par Fautre, cet antagonisme fraternel, commun aux Dioscures, se rattache à l'idée de dualisme si répandue dans l'antiquité.

SurThydrie publiée par M. de Witte, la double Minerve est casquée (2) ; mais les monuments qui représentent cette déesse la tête nue, sans être très nombreux, ne nous manquent cependant pas.

Je mentionnerai d'abord un beau vase de ti'ès ancien stvle (de la collection de la Bibliothèque Royale), sur lequel esl peint le combat d'Hercule et des Ligures ; ce héros est accompagné, comme dans tous ses travaux, d'une Minerve, cette fois sans casque. Je citerai ensuite le monument qui illustre le mieux notre médaille ; c'est une amphore inédite placée dans la grande salle do la Pinacothèque, à Munich, dont le sujet est une Minerve double, bien reconnaissable à l'égide dont elle est armée, à la chouette qui est à ses pieds, et ayant la tête nue.

CEPHALLENIÀ.

Tête casquée de Minerve, posée de face.

^. KE0AAAH Bélier, à droite. JE. 5. (P. 55, n» 8.)

Voici le premier monument numismatique appartenant d'une manière incontestable à l'île de Céphallénie in génère. La légende ne permet aucun doute à cet égard.

Mionnet décrit, darrs son corps d'ouvrage, trois médailles, et neuf autres dans son supplément, qu'il attribue à Céphal-

(1) Bulletin de t Académie royale de Bruxelles, t. VIIÎ, n® 1.

(2) Voy. les noiiveaus détails sur la double Alinervc donnés par MM. Lcnormont et de Witte, Élite des monuments céramographiques, t. T, p. 290.

lénie. Je croîs nécessaire de icomparer entre elles toutes ces pièces et d'en réduire la liste aux variétés bien réelles, puis d'examiner si toutes doivent être conservées à cette localité.

(a) Lès n^« 1 de la Description, 4, S et 6 du Supplément ne sont qu'une seule et même médaille différemment décrite par les antiquaires auxquels M. Mionnet en a emprunté la notion ; le n*» 3 du Supplément n'est qu'une variété de cette médaille sur laquelle la tête de femme, regardée comme une Cérès, est tournée à gauche au lieu de l'être à droite.

(b) Le n° 2 du Corps d'ouvrage et le n» 7 du Supplément ne sont aussi que des variantes de description d'une même médaille.

(c) Les n«>' 3 du Corps d'ouvrage et 9 du Supplément se réduisent encore à un seul individu.

(d) Enfin, il en est de même pour les n«' 1 et 2 du Supplément,

Les médailles (a), attribuées par Torremuzza à Cephaloedium de Sicile, puis placées à Céphallénie (en raison d'une étude plus attentive du revers qui représente le chasseur Céphale bien déterminé par la légende KE*AA02), ont été rendues aux Pallensès, peuple de la même île, dont le nom se trouve indiqué parles lettres IIAqui occupent le champ du droit, et M. Mionnet avait, sur la foi d'Eckhel, décrit ces médailles au chapitre de ces deux dernières localités. L'altribution aux Pallensès est aujourd'hui généralement admise, et M. de Cadalvène a reconnu dans la tête de femme, jeune et coiffée comme les nymphes locales qui se voient sur tant de médailles, le portrait de Procirs, celte épouse fidèle du héros éponyme del'ile.

La médaille (ô), tirée, suivant Mionnet, des Numismata de Pembroke (part. II, lab. 3), ne se trouve pas dans cet ouvrage. M. de Cadalvène (p. 183), (décrit en effet cette même pièce comme inédite ; elle porte d'un côté la tête de Céphale, coiffée d'un bonnet, et de l'autre la tête de Procris.

Les médailles {d)j gravées dans les descriptions du Musée Britannique (tab. vu, 20) et de la collection Hunter (tab. xvi, 23),

ne portent pas de légende et peuvent avoir été frappées à Cranium.

Enfin, la médaille (c), à laquelle je joindrai deux pièces inédites, qui n'en diffèrent pas dans le type essentiel, reçoit une nouvelle lumière du bronze décrit en tète de ce paragraphe. En voici d'abord la description.

Tête tournée à droite.

^. KE. Tête de bélier; dessous, un aigle. M. 4. La pièce suivante, récemment acquise pour la Bibliothèque Royale, offre des variantes qui ne sont pas sans intérêt. KE. Tête laurée à droite ; dessous, un caducée. 1^. Tête de bélier; dessous, un aigle. ^. S î. Ici la légende KE, transportée du côté de la tête, indique un portrait de Géphale que caractérise encore Taddition du caducée; on sait en effet que ce héros était fils de Mercure (1), et cette origine rend compte de la présence du bélier sur tant de médailles de Tile.

Un très petit bronze rapporté de Grèce par M. Lenormanl, porte le type que voîcî :

Tête laurée, à droite.

1^. K. Tête de bélier. JE. 1.

Lorsqu'on possède un monument certain de la numismatique de Céphallénie in gefierCy tel que celui que je publie ici, on n'a plus de motifs pour refuser à cette île les trois médailles qui précèdent. La tête de bélier a pu être désignée à la fois par xe^aXi^ et par xpavf^v, et recevoir dans ce même pays cette double acception qui favorisait la tendance qu'ont toujours les types monétaires à se propager.

APTERA DE CRÈTE.

Tête laurée de Jupiter, à droite.

i^. AnJAPAIflN. Mercure debout. AR. 3.

L'absence d'ailes au pétase et au caducée de Mercure me parait une particularité remarquable qui constitue une allusion au nom de la ville «

(i) •Tilp^ç èï xa\ 'EpiioO KiçaXo;. Apollod., Ul, xiv, 3, 1.

CERAIT/E DE CRÈTE.

ïèle d'Apollon a droite, ceinte d'une couronne de feuillage.

I^. K€. Fer de lance et fer de flèche. JE. 4. P. 67, n*» 9.

(iCtte monnaie a passé du cabinet de Uedervar dans celui de la Bibliothèque Royale de Paris.

Le type du revers est absolument le même que celui de la drachme d'argent qui porte la légende KEPAITAN, et qui existe à Paris et à Londres.

Seslini, considérant la conformité de types, n'a pas hésité à supposer des légendes identiques et avec une incompréhensible légèreté il a fait graver notre pièce de bronze (1) avec la légende complète KEPAITAN à une place où il n'existe pas la moindre trace de caractères dans l'original. Comme la présence de TE lunaire l'embarrassait, il en fait un croissant au centre duquel il a placé une étoile, complétant ainsi le symbole bien connu qui se voit sur tant de médailles d'Asie. La médaille dont je donne ici la figure, provenant du musée du comte Wiczai, est bien la même qu'avait décrite Sestini, et il est aussi constant que sa légende se réduit à deux lettres.

La couronne qui, sur la monnaie d'argent, entoure les deux armes, n'est certainement pas de laurier, je crois qu'elle est composée de tiges de la plante xspah:;. Le rameau qui ceint la tète de la monnaie do bronze mo paraît de la même nature.

La drachme représente, au droit, au lieu d'une tête d'Apollon, celle d'une femme coiffée d'une couronne à longues pointes courbes et rapprochées. Ce type rappelle l'ajustement de tête des figures hiératiques publiées par Visconti dans les Monumenti mediti, et que cet illustre antiquaire considérait comme les Heures (2), ou des vierges lacédémoniennes accomplissant les rites de Diane à Carj^e. Zoéga voyait dans ces figures des esclaves consacrées ((spscsjAc.) au culte de Vénus, et M. Millingen enfin pense que ce sont des amazones.

(1) Descrizione di moite medaylie grecche^ p. 96, tab. xiii, u^ 7.

(2) Monumenti inediti, p. 37, no» 47 et 48.

T. II. o

. Quoi qu'il en soit de ces diverses opinions, je suis porté à croire qu'ici la tête féminine entourée de pousses cornues de palmier ou de roseau n*a été choisie qu'en sa qualité de

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