‹ Œuvres de A. de LongpérierChapitre 10 sur 173 · REINE DE PONT · texte numérisé non relu

REINE DE PONT

(Extrait du tome XY des Annales de l'Institut archéologique ^ 1843,

pp. 320-326.)

Le nom de la reine Dynamis n'est cité que par Dion, dans deux passages que nous produirons plus loin. Quoique ce nom, tout grec et bien significatif, fût par cela même à Fabri d altérations de la part des historiens ou des copistes, on aurait pu craindre que sa forme primitive, barbare comme auraient dit les anciens, n'eût été ramenée à une valeur hellénique au moyen du changement de quelque lettre et par conséquent ne nous fût pas parvenu tel que Tavait porté la princesse asiatique. La reine des Parthes que Josèphe nomme Thermusa, est bien sans contredit la même que les médailles orthographient Musa (1) ; les tétradrachmes de Dyrrachium donnent tout lieu de croire que le Mevôjvio; de Polybe s'appelait Movojvwç (2). Quoi qu'il en soit, Visconti avait parfaitement

(1) Voyez Raoul-Rochette, deuxième supplémeut à la Notice sur quelques médailles grecques Inédites des rois de la fiactriane et de l'Inde; vignette et page 52.

(2) Miounet, t 111, 353. Cf. J. Gustav Droysen, Zur Geschichte der Vxonier

restitué Tinscription suivante trouvée dans un jardin attenant à l'église de Taman (rancienne Phanagoria) :

AYTOKPÀTnPAKAlIAPAE . OYYIO

2EBA2T NnAIHIPHIKAI

GAAAIIHI XONTA

TON EAYTHIIOnHP ETH

BA2IAI2IAAYI (1).

Dans ces cinq lignes, le nom de la reine qui consacre ce monument à Tempereur Auguste César, fils d'un dieu, souverain de toute la terre et de toute la mer, son sauveur, son bienfaiteur, est réduit à deux lettres, et néanmoins Tillustre auteur de llconographie y avait suppléé avec cette sagacité qu'il apportait dans tous ses travaux. Voici la transcription qu'il donne en caractères courants :

AuToxpa-copa Kai^apa Oscîi ulcv SsêauTov, TGV TricTi^ y^^ ^•*'' ratjr;^ OaXacjTj^ «p^cvra, Tov èauTfJç ffWTfJpa xat sispYSTTrjv BactXisja Auva^i-t; (2).

Visconti se fondait, pour compléter le nom de la reine, sur les passages de Dion que j'ai déjà mentionnés. Il eût trouvé un bien juste sujet de satisfaction dans la médaille que je vais faire connaître, puisque ce monument, tout en confirmant d'une manière indubitable la leçon de l'écrivain que le savant antiquaire avait adoptée, lui eût permis d'enrichir d'un portrait

und Dat'dcmer. Tite-Live appelle le priace Dardanien Honunus, si toutefois le changement de TM initial en H n'est pas une simple faute de transcription. On pourrait citer d'autres exemples de noms propres dont les médailles ont rectifié l'orthographe. Mithridate est écrit MtOpaSocTv)c sur tous les monuments uumismatiques qui nous restent de lui. La médaille récemment découverte du premier roi de la Bactriane nous a fait voir que son nom était Atofioro; et non pas TheodotuSf ainsi qu'il se trouve dans Justin, XLI, 4.

(1) Visconti, Iconographie grecque f t. II, p. 143.

(2) Les titres donnés à Auguste dans cette inscription rappellent ceux dont se parent, dans les mêmes lieux, les sultans turcs, sur la monnaie desquels on lit : Empereur des deux continents et prince des deux nier s.

nouveau et authentique l'admirable collection iconographique que nous devons à ses patientes recherches.

Le statère d'or qui appartient à M. de Reuss, de Vienne, et qui a été apporté à Paris où son antiquité a été reconnue incontestable, présente d'un côté un buste de reine, la tête ceinte d'un diadème, et au revers un astre au-dessus d'un croissant avec la légende : BASIAI2SIIS AYNAMEÛS et la date Ans (281). L'A numérique de cette date a la forme d'un A, mais son rang ne laisse aucun doute sur la valeur que l'on doit lui attribuer.

Dynamis était fille de Pharnace, roi de Pont, le même qui, après avoir, par sa trahison, forcé son père le grand Mithridate à se donner la mort, envoya son corps à Pompée qui résidait alors à Sinope (1). Cet acte atroce de lâcheté orientale (2) se passait en l'an de Rome 691, 63 avant J.-C. Nous savons par le témoignage positif d'Appien que le fils de Mithridate régna quinze années, tant sur le Pont que sur le Bospore (3). Vers l'an 704 de Rome (46 av. J.-C.) il avait cru éviter les effets de la colère de J. Caesar, qui arrivait triomphant d'Egypte pour lui arracher les provinces dont il s'était rendu maître, en envoyant à sa rencontre des ambassadeurs chargés d'offrir au général romain une couronne d'or et la main de Dynamis (4).

Caesar méprisa l'offre du parricide et marchant droit à lui, le força à rentrer dans le Bospore où Asandre, qu'il avait laissé pour y commander, se révolta contre lui et nous venons de citer le passage d'Appien qui donne le récit de sa mort.

(1) Appien, De bello Mithridatico, GXlIL ^apvàxr,; ôk IIo(jL7cr,icp «cov vlxuv xoO tiaxphç U 2tvco7CYjv èiï\ Tpti^pouç ï'KE\j.ni»»» $ei(icvoc, 9) ttj; Tcaipfoa; «Px^i? ^i Dodic6pou ye PaaiXs^etv (jl6vou x. t. X.

(2) Le crime de Pharnace parait d'autant plus odieux que son père avait pour lui Taffection la. plus tendre : ^ocpvd(XY}Ç) ù twv itaiSoiv œjxio xiiiuoTati; te, xa\ woXXdxiç Oit' ayxoO ttiç ôtpxîjÇ onofisÔeiYtilvo; gffsoOai SiàSoxo;. Appien, De belL Mithrid,, CX.

(3) ^apvaxT)( (&6voç T)y(>>viÇeTO xaXtb;, {lêxp^ xaTaTp(ii)Oe\( ocnéOavg, TrevTTiXovTOUTr^ç ôv, xa\ paortXeùc Bo<nr6poy nevrexatStxa Êxedtv. De beîl, Mithrid,^ CXX.

(4) npoat6vTo; 8è toO Kaiorotpo; ÈTapdadSTO xa\ pLSTeyCyvcooxe, xa\ ocTtb aTao((i)v 6iaxo<rt(«>v yevoiilvw 7cp£ff6etç luejiTcev 6«èp eipi^vYjç, dtéçavôv xe xp^^^eio^ «'J^V

Dynamis devint la femme d'Asandre, c*est du moins ce que nous apprend rhistorien Dion Cassius, et lorsque ce prince mourut à l'âge de quatre-vingt-treize ans (1), après un règne de trente-quatre années, il laissa son royaume à sa veuve, M. Licinius Crassus et Cn. Cornélius Lentulus étant consuls, c'est-à-dire Tan de Rome 740 (14 av. J.-C).

Notre médaille qui porte la date 281 de Tëre du Bospore, époque qui correspond, suivant les calculs les plus vraisemblables, à Tan de Rome 738 (14 av. J.-C), a donc été frappée avant la mort d'Asandre et comme un témoignage public de rinlluence qu'exerçait dans le gouvernement d'un vieillard une femme du sang de Mithridate qui, tout nous porte à le croire, avait hérité de la politique honteuse dont sa famille avait donné trop d'exemples.

En effet, après avoir épousé Asandre, le meurtrier de son père, elle devient la femme d'un aventurier qui venait de combattre son mari. 2xpi6(ovts^ yip tiç, tsD te MiôpiSorsu bf^z^z^ sTvai, xal Trapi tsu Aivcuffrcu Tf;v ^a^iXeiov, iT:tfS-fyj:ep b "Açxièpzç eTeSvT^jKSt, XiY«â>v eiXri^ivai, Tr;v Y'jvotxa aifcO AuvajJiiv ts x,aXsu{jiiw2v, xal 'zfyt ipyJT* î^^tpi Tcu ivBpoç £î;tTeTpaji4Jii{vi;v, {j tcO ts ^apvixoy ÔUYdcnjp xat tôu Miôp'.Sdrrcu vf^z^zç f|V, v^iyeTS, xat Tsv Bcoxopcv 8ià X^^P^> iT:zUi (2).

Les habitants du Bospore ne supportèrent la domination de Scribonius que tant qu'ils le crurent soutenu par les Romains; mais aussitôt qu'Agrippa, à la tète de ses troupes, vint à Sinope conférer le rang suprême à Polémon, ils mirent à mort l'aventurier qui s'était donné comme un descendant de Mithridate, et Dynamis, devenue encore une fois veuve, épousa le nouveau roi (3). Si l'on suppose qu'elle était âgée de onze ans

çlpovxaç, xai cç 7dt(iOv, u«' àvota;, èyyu&vTac Kw'aapi Trjv «^apvdtxouc evyarlpa. App., De belL Civ„ II, XCI.

(1) "Aaavôpo; de à Oicb toO Osov SeôaaroO àvn t6vapxou.Pa<nXei; avarfOpev6t\« Booicipo'j... ci; 8è it&pa xo\jç uwb t^ jioxip Sxpiêovto} icpo(mOE(i.£vouc à'Ko<rj^6\tvtoi otTiCAv èTtXEijTri<re pioùç ïxri Tpi'a xa\ èvevT,xovTa. Lucian., Longxv., XVII.

(2) DioD, Hist.y lib. LIV, § 24.

(3) IIp\v Tôv 'Aypmicav eç Sivtoicr^v eXÔEîv, a>c xai cic* aùxoùç <rrpaxev«ovTa • ovc» fii xà Tfc ôioka xaxéftevTo, xoi xcô IIoXé{ui>vi iiapeôodn<rav • tj xe ywvrj t^ A\Sva(itc crvvwxf|0£v auxw, xoO AOyo'iarou ôr^Xovôxi xaOxa Êixaiwaavxoç. DioD, Hist., lib. UV, { 24.

lorsqu'elle fut oiferte en mariage (s; yaïAsv, non pas en présent) à Jules Cssar, elle aurait eu douze ans à Tavënement d'Asandre, quarante-quatre ans à l'époque où fut frappé le statère que nous publions, et lorsqu'elle épousa Polémon au moins quarante-six ans, âge qui, dans l'Orient, doit ôter à une femme toute chance de rencontrer un époux qui soit animé d'un sentiment autre que Tambition.

Nous n'avons aucune certitude relativement à l'époque de la mort de Dynamis; il est à présumer qu'elle avait cessé de vivre dès les premières années de l'ère chrétienne ; voici sur quel témoignage nous appuyons cette opinion : Polémon épousa en secondes noces Pythodoris, fille de Pythodorus, citoyen de Tralles (1) ; il eut d'elle deux fils dont l'aîné fut couronné roi d'Arménie par Germanicus en l'an de Rome 771 (18 de J.-C). La médaille qui rappelle cet événement, et que M. le duc de Luynes a publiée (2), représente le jeune roi près de Germanicus ; sa taille est celle d'un adolescent, et si elle n'égale pas tout à fait celle du fils d'Antonia, nous devons attribuer cette différence bien moins à une infériorité réelle qu'à la coutume des artistes romains qui, pour exprimer la puissance impériale, donnaient aux Augustes et aux Césars des proportions supérieures a celles des barbares (3). Artaxias était donc né probablement en l'an trois ou quatre après J. -G. Lorsqu'il fut mis à la tète de l'Arménie, Pythodoris devenue veuve gouvernait seule le Pont depuis quelques années. G'est Strabon qui nous l'apprend (4), et personne ne sera tenté de contester l'autorité de cet écrivain alors qu'il raconte les faits qui se sont accomplis dans sa patrie et de son temps. Gette circonstance, d'accord avec les monuments que nous allons

(1) IIv6o6ft>p\ç, Yvyy) ac^pcov xsi\ Suvarv) npoftfrotoOai icpayiJLâtcov. *£tfTi Sk Ovya* T/}p IlvOoditfpov xoO TpaXXtavoO. Strab., Hb. XII, $ 29.

(2) Revue numUmatique, 1838, p. 338.

(3) Cf. les médailles de grand bronze de Trajan avec le revers REX PARTHIS DATVS; d'Anlonin, avec le revers REX ARMENIIS DATVS, REX OVADIS DATOS.

(4) Fuvv) l* êylveto noXl|ia>voc, xa\ avvsSaa^XsTjtfEv exsiv(i> xp^vov ttvà, elta disdélaxo TT^v âpx'^v* x. t. X. Lib. XU, § 29.

citer, peut servir à fixer approximativement Tépoque de la mort de Polémon, fait sur lequel Cary et Visconti ont déclaré que Ton ne savait absolument rien.

Des deux médailles de Pythodoris décrites pas Mionnet (1), Tune porte la tête d'Auguste et l'autre celle de Tibère avec la même date (S, 60® année depuis la défaite de Pharnace par Caesar). Elles ont par conséquent été frappées la même année, c'est-à-dire avant et après le mois d'août 767 de Rome (14 do J.-C). Polémon n'existait donc déjà plus, puisque le nom de la reine parait seul au revers de la tête impériale. Nous en concluons que les médailles d'argent qui portent le nom de cette princesse ont été frappées pour célébrer sa prise de possession des rênes de l'État, quand Polémon eut cessé de vivre en Tan 13 ou au commencement de l'an 14.

Le croissant Accompagné d'un astre du statère deDynamis, type qui se retrouve sur les tétradrachmes de Mithridate III et de Mithridate YI, est très vraisemblablement une représentation du Pharnace qui avait un temple dans la ville de Cabira (2).

Le nom de Pharnace était celui d'un petit-fils de Cyrus dont les rois de Pont prétendaient tirer leur origine ; de plus, il était porté par le père de la reine ; il n'y a rien d'étonnant à ce qu'elle ait choisi pour sa monnaie un type qui faisait allusion

{{) Description des médailles grecques^ t. U, p. 364, n« 32, et t. IV, Suppl,^ p. 476, no 46.

(2) *E-/Et ^ï xa\ To lepbv Mt^voc, ^ap<^àxou xaÂovtuvov... cTtV^aacv 6* ol BotviXetc TO Upbv toOto ovtctf; etc uicep6oXT;v, utfre t^v ^aaiXtxbv XQiXoO|uvov 5pxov tovtov àicéfYivav, Tv^ViV Ba<nXéfa>; xa\ MT)va ^apvaxou. 'Ëort 6è xa\ toOto ttjc ScXi^vy^; to Upbv... Strab., lib. XII, § 31.

11 est assez remarqaable qae Plutarque, dans son traité n£p\ toO icpovctficov T^ç SeXiQvt];, ait donné le nom de Pharnace & lun des interlocuteurs qui discutent sur la nature et les phases de la lune.

M. Gavedoni {Spicilegio, p. 125) a remarqué aTCC beaucoup de raison que TApoIlon assis qui se voit au revers du statère d'or de Pharnace II, s'accorde avec la tradition conservée par Hésychius, qui fait naître Ginnyras de ce dieu et d'une nymphe appelée Pharnace : Ktvvvpxc, 'AikSXXuvoc xatV ^apvdtxr.; icalç, P<x9tXeùc Kvicpicdv. Ce serait alors une alliance du soleil et de la lune, et les Grecs auraient dans ce cas transformé le Pharnace en femme, de même qu'ils faisaient une divinité femelle du Lunus oriental. Il est naturel d'admettre que le génie de la langue modifie chez un peuple la forme de mythes étrangarSé

à des gloires de famille en même temps qu'il était un hommage à une divinité topique dont le culte devait se rattacher à la doctrine religieuse propagée en Asie Mineure par la race Achéménide.

QUI iNE FIGURENT PAS

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