ALEXANDER MAGNUS
Tête d'Alexandre couverte de la dépouille d'un lion, à laquelle se mêle une couronne de pampre.
^. BAZIAEnZ AAEIANAPOT. Jupiter Aëtophore assis à gauche, la main gauche reposant sur une haste. Dans le champ 6E ; sous le trône, monogramme. — Tétradrachme. (PL Vm, n« 2.)
Après la publication du savant ouvrage de M. Louis Mûller sur la numismatique d'Alexandre le Grand, il est bien difficile de trouver quelque particularité nouvelle à signaler dans le
tjrpe des monnaies de ce prince. II nous a cependant semblé utile de faire graver un tétradrachme qui offre une tèle très rudement exécutée, bien certainement fort longtemps après la mort du roi macédonien, et que Tartiste a tracée sans trop se rendre compte des modèles qu'il voulait reproduire. Il nous paraît évident que, troublé par le souvenir des titres de Bacchus et d'Hercule donnés à Alexandre, le graveur est resté indécis dans son interprétation du type primitif, altéré déjà à Tépoque où il travaillait, et qu^il a transformé en pampres une partie de la dépouille du lion. Peut-être aussi le type des tétradrachmes de Thasos a-t-il eu quelque influence sur la manière dont la tète d'Alexandre a été modifiée.
Le monogramme placé sous le siège de Jupiter a toujours été lu OAH, et, en conséquence, on classe à Odessa les monnaies qui le portent. Mais comme il y a pour Odessa d'autres monogrammes, disposés d'une façon toute différente, et dans lesquels Vomicron est nettement accusé, il nous paraîtrait plus naturel de lire ici HAÛ ( 'HS(«)vo( ou "EZmeç) ; car il y a un û qui ne peut entrer dans le nom d'Odessa. On sait d'ailleurs que les Édoniens étaient voisins de Thasos. Les antiquaires connaissent les précieux octodrachmes conservés au Musée Britannique, sur lesquels on lit : TETA HAÛNAN BASI- AEÛS et TETAS HAONEON BASIAETS (1). Il serait extraordinaire que le peuple qui a fait frapper ces belles et grandes monnaies et qui possédait de riches mines d'or et d'argent, ne soit pas représenté dans la numismatique de l'époque postalexandrine.
Après avoir examiné attentivement les diverses variétés de tétradrachmes au type d'Alexandre qui portent le monogramme HAÛ, nous n'avons pas trouvé d'obstacles à la classification que nous proposons ici.
ALEXANDIUA TROAS.
Tète laurée d'Apollon tournée à gauche.
(i) MilUof(en, SyUoge ofanc. unedited coins, London (Paria, Didet), 1837, pi. I, no» 15 et 16.
^. AAEZAN. AnOAAnNOZ zMieEnZ. Apollon Sminthien debout à' droite, la main droite étendue, et tenant un arc de la main gauche ; dans le champ, la date PAîC — (137). Derrière la figure du dieu, deux monogrammes. — Tétradrachme. PI. Vm, n<»3.)
Cette belle monnaie appartient à la série expliquée d'une façon si complète et si intéressante par mon savant ami M. J. de Witte (i). Elle se fait remarquer par sa date qui est de quatre années plus ancienne qu'aucune de celles qui sont inscrites sur les tétradrachmes connus. De même que sur la pièce datée* de Tan 141 , on n'y voit pas le nom du magistrat écrit tout au long, mais bien deux monogrammes dans le champ. Nous ne pouvons encore préciser en quelle année le- changement s'opéra ; mais on constate déjà qu'à pai*tir de 183, pendant qu'un nom d'homme vient prendre place auniessous du nom de la ville, les deux monogrammes, qui représentent bien certainement des noms de magistrats, ont disparu ; on ne voit plus dans le champ qu'un groupe de caractères oii l'on peut retrouver AA6HAN avec un epsilon lunaire, fonne certainement plus ancienne qu'on n'est en général disposé à l'admettre. Ce dernier monogramme se continue pendant cinquante-quatre ans sur les monnaies que nous connaissons (de l'an PTTr, 183, à ZAC, 236) et peut avoir duré plus longtemps, puisque d une part nous ne savons pas si nous possédons la dernière monnaie de cette série, et que d'autre part il existe une lacune de quarante et un ans entre le tétradrachme de 141 et celui de 183.
Au sujet du mot Z{xtvOeuç, nous ferons remarquer d'abord que l'adoucissement du S devant la labiale M est un fait dialectique particulier à l'Asie Mineure. Nous savons que le nom de Smjnme est écrit Z(jL(îpva sur certaines monnaies, et qu'on trouve le nom gaulois Smertorix (2) écrit ZMEPTOPIS sur
(1) Revue num., 1858, p. i et saiv.
(2) Cr. Smerlx (Ptol., U, 3, i2), Smertulitanus de Nantes (inscr. de Wonus), Smeriomara <Antbo].)i Smertucciu (inscr. d'Utrecht), Smeriiu ou Stnertus (inscr. de Ntmes), I. Smert. mat, (inscr. des Baux).
des bronzes d*Eumenia et de Fulvîa de Phrygîe. C'est ainsi qu'en russe la consonne forte S se change en Z devant la labiale B. Mais cela ne doit pas nous détourner du sens primitif.
Les anciens ont pensé que SjxtvOsu; était dérivé do 2;jlMoç, qui serait le nom phrygien, troyen et crétois du rat et de la souris. Cependant il ne faut pas beaucoup compter sur la philologie des écrivain grecs et latins; sans doute <j\t.Mc(;, avec la signification d'ordure ou de vermine, pouvait s'appliquer aux souris ; c'était crpiO; qui était le nom de cet animal.
Le type du nom de la souris est le sanscrit mouschas, du radical mouschy voler, dérober. Il se retrouve dans les langues indo-européennes sous les formes mousch (persan), mus (lat.), mam (ail.), mot/5e (angl.), muys (flam.), jaUç (gr.), mysche (russe), mots qui tous aussi bien que mouschas signifient souris.
SiJLtîç est donc une altération du type primitif, produite après la séparation des tribus qui avaient emporté les mots réguliers que nous venons de citer. L'étude des inscriptions cunéiformes de la Perse, en nous montrant que le nom véritable de Smerdis ne commence pas par une sifflante, ce qu'Eschyle savait {Pers., v. 774), prouve que c'est bien à l'Occident qu'est due l'articulation SM. Le grec employait les deux formes
l&txpoç-qjitxpjç (JLu3pàç-9{Au3p6ç, {AU%Ti)p-ap.uxTi^p, [Jiupatvs-qxiipatva,
Mp^l'^'^P^y^i ^^' ^Q russe aussi on trouve des mots à double forme, tels que mimyismimyi (paisible) et moutchtte-smout" chite (tourmenter), etc. Hais il faut faire attention à l'origine de cet état, qui tient à l'emploi de la préposition S pour marquer l'accomplissement.
C'est ainsi qu'en grec un certain nombre de mots, tels que (^api^éca, Çdhcupoç, Çoxpuffoç, CaOsoç, sont construits à l'aide d'une préposition augmentative.
Cette articulation, SM est si naturelle chez les Slaves, que les Russes ont fait passer dans leur langue les deux formes smima et mirra pour le nom de la myrrhe ; tandis que la langue latine proprement dite n'offre pas un seul exemple, non seulement de la double forme, mais même de l'emploi des caractères SM au commencement d'un mot.
Il ne serait peut-être pas impossible que le surnom S{a:>^;, dans lequel on entrevoit un accusatif uni au radical 6e, suivant le mode qui a présidé à la formatioo du mot vsuvexfjç, eût fait croire à l'existence d'une ville nommée Smintbé, qui est probablement imaginaire.
n semble que le nom géographique Sminthé aurait dû produire Tethnique SpLtvOaroç, tandis que 2(j,tv6eu{ a tout à foit la forme des noms d'agents.
Le tétradrachme que nous publions ici est le plus grand de ceux que Ton connaît avec le nom d'Alexandria. Si Ton range toute la série par ordre chronologique, on pourra constater que le module décroît très régulièrement. C'est précisément le contraire de ce qui a lieu dans la numismatique d'Alexandre et de Lysimaque.
PERGAMUS MYSI^.
Dépouille du lion de Némée posée sur une massue ; le tout dans une couronne de peuplier.
^. Grappe de raisin entourée de feuilles de vigne ; dans le champ, IIEP en monogramme, et0. — Argent. (PL VIII, n» 4,)
La médaille dont nous donnons ici le dessin doit être considérée comme un demi-cistophore, non pas que son t3rpe justifie cette dénomination, mais parce que son poids, sa fabrique s'accordent très bien avec ceux des grandes pièces qui portent la ciste. Sestini avait décrit une pièce de Tralles appartenant à cette série, sans reconnaître à quel système elle se rattachait (1). Mionnet a reproduit la description de Sestini sans aucune remarque (2) : c'est à Borrell que Ton doit la publication intelligente de deux monnaies de la collection de la banque d'Angleterre, pièces qui portent les types indiqués ci-dessus, et qu'il n'hésite pas à considérer comme la moitié et le quart du cistophore de Pergame (3). La plus petite division présente bien le monogramme IIEP avec le monogramme
(1 ) Descriz. délie med, ant, gr. del Mus, Hederv,^ t. U, p. 327, D* 4, tab. XXV» d* 6.
(2) Deicnpt. des méd, ant, y Suppl., t. VU, p. 461, n« 658.
(3) Num, chron,, 1843. t. VI, p. 159.
DE LA COLLEGTIOiN PALIiN. 429
nPT qui se trouve très fréquemment sur les grands cistophores de Pergame. L'autre pièce n'offre aucune lettre, et le lieu où elle a été frappée reste incertain. Il n'en est pas de même de la médaille de la collection Palin, sur laquelle le monogramme est bien distinct. M. Max Pinder, dans son mémoire intitulé : Ueber die Cistophoren und ûber die kaiserlichen Silber- médaillons der rœmischen Provins Asia^ a publié un demi-Kîistophore et deux quarts frappés à Éphèse. H pense que le cistophore est un télradrachme, et que les divisions ayant pour type la dépouille du lion et la grappe de raisin sont le didrachme et la drachme. H. Yazquez Queipo est d'un avis différent ; il discute à plusieurs reprises le poids de ces monnaies (1), et croit que le cistophore n'est qu'un didrachme du système rhodien.
LAODICEA PHRYGLE.
Dépouille du lion de Némée posée sur une massue ; le tout dans une couronne de peuplier.
^. Grappe de raisin entourée de feuilles de vigne, dans le champ, AÂO et tète de femme ceinte d'une Stéphane. — Ar* gent. (PL Vm, n- 5.)
Cette même pièce a été publiée, d'après une empreinte, dans l'intéressant ouvrage de M. Pinder dont nous avons déjà cité le titre (2). L'auteur, n'ayant pas vu la monnaie originale qui se trouvait alors à Rome, n'avait pas pu transcrire exactement les caractères qui sont gravés près de la feuille de vigne, et il a été ainsi conduit à attribuer à Tralles ce demi-cistophore, que nous avons examiné avec soin et qui appartient en réalité à Laodicée.
La petite tète gravée dans le champ du revers peut être celle de Vénus ; mais on peut y chercher aussi l'effigie de Laodice, femme d'Antiochus II, fondateur de la ville. Cette tête ressemble à celle d'une autre Laodice, femme de Démé-
(1) Essai sur les sysL métriques et monétaires des anciens peuples, 1859, t. !•', p. 409, 592, 601.
(2) Ueber die Cistophoren, pi. I, n« 15, p. 566, n« 163. Berlio, 1855.
trius P% que nous connaissons par un camée et des médailles (i). Il est d'autant plus difficile pour nous de distinguer la reine de la déesse, que les anciens se plaisaient à les confondre. On trouve sur la c6te de Syrie des figures de bronze qui ont tout à fait l'aspect de Vénus ; elles sont nues, mais leur tète est couverte d'une colombe, comme la tète des reines d'Egypte est couverte de la dépouille d'un vautour. Ces figurines représentent des reines de Syrie* Le Musée du Louvre en possède plusieurs, dont une reproduit d'une façon évidente les trails et la coiffure si caractéristique de Cléopâtre, femme de Déraétrius II et mère d'Antiochus YIII.
LYDDA LYCIiE.
Tète du Soleil, de face, aigle couvrant en partie la joue droite.
^. ATAA. Fleur de balaustium. — Argent. (PL VIII, n« 6.)
Les monnaies à ce type, assez longtemps attribué à Rhoda* nusia dans la Gaule et restitué ensuite à la Lycie (2), tendent à devenir plus nombreuses. M. Tabbé Greppo a retrouvé il y plus de seize ans deux demi-drachmes sur lesquelles le balaustium est accompagné des caractères Au, pièces que le savant antiquaire classe à Loryma. M. Waddington a fait connaître une monnaie conservée au Musée Britannique sur laquelle on lit riA . SA, Patara, Xanthus (3) ; enfin il existe à la Bodléienne d'Oxford une pièce portant SA et AA qui indique une alliance entre Xanthus et Daddala (4).
L'hémidrachme de la collection Palin présente une légende bilinéaire qui nous a paru fournir le nom de Lydda, ville indiquée par Ptolémée (lib. V, cap. ni, § 2) sous la forme A2k;
(1) VisconU, Icon,, grecque, pi. 46, n» 2î. — Allier de Hauteroche, Essai ntr VexpL tTune tessère, pi. n* 6. — MUlingen, Ancient coins of gr, Cities md Kings, i9^\, pi V, n« 21.
(2) Hev, num,, 1841, p. 405. — P. 21 du préseut volume.
(3) Rev, nutn,, 1853, p. 94.
(4) Wise, Numm. antiq, scriniis Bodleiams recond, calai., p. 6, col. 2, Bhodus iDsula.
et qui se trouve placée entre Daddala et Caunus, par conséquent en Lycie suivant ce géographe, et en Carie suivant Strabon. La manière dont le nom de cette ville est écrit dans Ptolémée n'est pas un obstacle à l'attribution proposée ici. Hiéroclës mentionne sous la forme Sitœ la ville lydienne qui, d'après les monnaies, se nommait Saittœ. La Synnada des médailles A^yi^ni Synada dans Ëusèbe et dans Tzetzès.
Il existait d'ailleurs en Palestine, dans la tribu d'Éphraïm, une autre Lydda, connue de Pline et de Josèphe, nommée aussi dans le livre des Machabées. Elle était épiscopale, et, parmi les souscriptions des actes du concile de Calcédoine, on trouve Photinus episcopus LyeUs (1). Le texte de Ptolémée lui-même donne à cette ville le nom de AùB% (2). Nous avons déjà eu l'occasion de faire remarquer que les anciens écrivaient fort souvent simples les caractères qui se prononçaient doubles (3). Nous pouvons donc sans scrupule inscrire le nom de Lydda parmi ceux des villes de la côte d'Asie Mineure. On remarquera qu'on retrouve en Syrie et en Palestine Adada, Buba,Gabala, Phaselis, Thelmenissus, Pinara, Lydia, qu'il est facile de comparer à des noms appartenant à l'Asie Mineure.
Lorsque nous nous sommes, pour la première fois, occupé des monnaies de la Lycie, nous avons publié une demidrachme de la collection Tochon d'Annecy portant exactement le même type que celle de Lydda. Nous proposions de lire dans les monogrammes du revers les noms des villes lyciennes Patara et Arendœ (4). Ce dernier nom a été contesté par ce motif qu'un bon manuscrit de Ptolémée porte, au lieu d"Apév8ai, TpeôfvSat qui est une forme altérée de la Tpéôsvva des médailles (5). Il est possible en effet qu'Arendœ ne soit que le résultat d'une erreur de copiste. On pourrait voir dans
(1) Baluzii, Concilior. nova coUect., 1683 et 1707, colonne 1239.
(2) Voy. Reland, Palxstina, p. 461, d'après le manuscrit de Pic de la Mirandole et réditiou de 1513.
(3) Mém, de la Soc, des Ant, de France, t. XXI, p. 373. — Rev, num., 1857, p. 182. — P. 299 et 407 du pK^seut volume.
(4) Rev. num., 1841, pi. XXIII, u« 7 et p. 451.
(5) Waddiuglou, Rev, num.^ 1853, p. 97; 1858, p. 175. — On sait dans quel