MÉDAILLES GRECQUES DE LA COLLECTION PALIN
AAEzANAPOT, et M. Burgon, le savant rédacteur du catalogue de celle collection, y avait vu le nom d'un -roi de Paeonie encore inconnu comme Lyccius. La télé de face que porle ce télradrachme est dans le style de la belle tète d'Apollon des monnaies d'Amphipolis, ville très voisine de la Péonie. Le cavalier du revers est presque identique, pour Tattilude et rajustement (mais bien supérieur pour le style), à celui des monnaies de Palraûs.
Sur la croupe du cheval que représente la monnaie d'Alexander publiée en Angleterre, on remarque une bipenne en relief. Sur le cou du lion représenté au revers d'un télradrachme de Lyccius (publié par Borrell), on voit un signe en relief indiqué comme un P (1). Il y a là un trait commun, une particularité locale qui relie ces monnaies et qui autorisait à les classer à la même contrée. Néanmoins M. Borrell d'abord, M. Charles Newton ensuite, ont attribué le télradrachme de la collection Thomas à Alexandre, tyran de Phëres, personnage célèbre qui péril assassiné en 387 avant J.-C, deux ans après la naissance d'Alexandre le Grand.
Dans un très intéressant article du Numismatic Chronicle, M. Newton a fait remarquer que la bipenne qui se voit sur le corps du cheval est répétée une seconde fois dans le champ de la monnaie, et il rappelle à ce sujet que, suivant un scoliaste d'Homère, Théopompe attribuait & Alexandre de Phères un culte particulier pour Bacchus, surnommé hache à Pagasae : BedxsiAzoç çTidiv 'AXéÇavSpov ^epaTcv Atévujov tov h Yloc^xiiX^ oç èxaXetTo TcéXexuç, 6j<je6erv Siatçépwç (2). Le rapprochement est très judicieux; mais M. Newton ajoute que le télradrachme d'Alexandre « n'offre aucune espèce de ressemblance » avec la monnaie de Pherae (3), et que la tète de face présente une analogie frappante avec celle de Philippopolis, que J. Millingen
(1) Num. cfu-omcie, t. IV, 1841, p. 10.
(2) Schol. adHom., //iad„ XXIV, v. 428. - Ce passage, attribué parM. Welcker au grammairien Tbéopompe {De cycL Hom., p. 29;, a été restitué par G. MQUer & Théopompe de Cliio. [Fragm, hisi, grxc,, éd. Didot, vol. I, p. 332).
(3) Num. ch^on., 1845, p. 113. »c The silver coin we are hère discussiog has DO kind of rescmblance to any of thèse (those of Pherse}. »
attribue à la Thessalie (1). Nous sommes^onc tout à fait d'accord avec notre savant ami sur le second de ces points, sans toutefois arriver aux mêmes conclusions. La monnaie de Phi* lippopolis n'est pas thessalienne. Etienne de Byzance dit que Tbeb» de Tbessalie, et Gompbi, ont été surnommées PMiipjn. Millingen remarque que ce changement de nom est Au à Philippe Y, roi de Macédoine, fils de Démétrius (2), sans faire attention au style de la monnaie d*argent qui accuse une origine antérieure de près d'un siècle et demi au règne de Philippe V (220-178 av. J.-C). Si cette monnaie avait été frappée dans Tune des deux Philippin elle porterait la légende ^lAIIInûN ; on y lit *IAinnonOAITÛN, ce qui n'est pas du tout la même chose ; elle a donc été frappée dans cette ville de Philippopolis, qui est située en Thrace, au nord-est de la Péonie, et qui devait son nom à Philippe, père d'Alexandre. C'est une monnaie du iv* siècle. Le Jupiter assis se voit, au revers, comme sur la monnaie d'Audoléon, qui faisait partie de la célèbre collection Pembroke (3).
Les monnaies d'argent de Pbères n'offrent pas de ressemblance avec les tétradrachmes des collections Thomas et Palin ; en cela M. Newton a tout à fait raison. Mais il n'en est pas de même de la monnaie de bronze. La pièce, qui a été assez mal gravée dans le recueil d*Hunter et décrite par Mionnet (n* 255), ne représente pas, comme ces savants l'ont cru, une tète de femme couronnée d'épis près de laquelle est un poisson. M. Mionnet en décrit un second exemplaire qui appartenait i M. Rollin (no 252), et y voit une tète d'Apollon de face accompagnée d'un poisson. Cette seconde interprétation n'est pas meilleure que la première. On peut facilement s'en assurer en examinant la monnaie qui existe à la Bibliothèque impériale.
(1) Ancient coins ofGreek ciliés emd kings, 1831, p. 46, pi. lU, n* 10. ^ C€Ua'' logue of the Thomas coUect,, p. 171, ii« 1284.
(2) Polyb., Hist., lib. V, c. 100. — Le témoignage d'Etienne de Byiance nous explique comment 11 fant entendre ce passage de l'historien : Fcviftcvoc 8è »Spc»c Tûv Biq6ûv toùc V^ ^apxovTOc ocxv)TOpac l&rivSponcodJmcto * MonuMvoc ^ dooixivaç ^tXfmcou tv)v iciXiv ccvt\ Oi)€ûv xorrttv6|M(tftv.
(3) Num. ont. collegit Th, Pembr., 1746, p. 11, Ub. 42. — Catai. ofthe Pembr. coiiect,, 1848, p. 116, n^ 520.
La tête de face est bien celle d'une femme, et le symbole placé près d'elle n'est pas un poisson, mais une torche, laquelle se voit aussi sur le tétradrachme de la collection Th. Thomas. La monnaie de bronze étant du même module que les létradrachmes d'Alexandre, Tidentité du type ressort au premier coup d'œil.
Au revers de la monnaie de bronze de Phëres, on voit Hécate, vêtue d'une longue tunique, tenant une torche et assise sur un cheval au galop, allant à droite.
La même divinité se retrouve assise sur un cheval marchant au pas, vers la gauche, sur une monnaie de Phëres de petit module qui porte au droit une tête de lion (1). Or M. le duc de Luynes possède deux drachmes, représentant cette même tête de lion accompagnée du nom d'Alexandre et d'une bipenne, au revers d'une tête de femme, tournée à droite, avec une main tenant une torche.
Le parallélisme des types est donc complet.
Suivant le passage de Théopompe, indiqué plus haut, ce fut à Crannon que les ossements du tyran Alexandre, retrouvés par la protection de Bacchus-AacA«, reçurent la sépulture : KoraicdvTcoSévTOç 8à 'AXeÇovîpou, Atévu70ç Svap ixtoriç iivi tôv àX(ea)v è3céXeu(7ev (xyaXaâsTv tov f opixov tôv ctcûv b 8à ôiceXOojv iç Kpiwu)vx toTç
C'est précisément à Crannon que le colonel Leake a recueilli un très curieux bas-relief votif, un ini^oL qui a été publié par MilUingen, monument qui nous montre Hécate vêtue d'une tunique talaire et d'un péplus, tenant une longue torche et touchant de la main droite la tête d'un cheval placé devant elle ; un chien accompagne la déesse (2).
La même divinité dadophore se voit sur un médaillon d'Antonin, que Buonarroti croyait frappé en l'honneur de Faustine la mère (3).
Le tétradrachme de la collection Palin diffère de celui du
(1} Mionnet, Description, Supplément, t. UI, p. 303, n»* 252, 253, 255.
(2) Ancient unedited monuments, séries II, London, 1S24, p. 31, pi. XVI, n» 1.
(3) Osservaz, sopra aie. medagL ont,, pi. III, n» 1.
Musée Britannique en ce qu'il porte AAEEANAPEIOS au lieu d'AAESANAPOT ; c'est-àrdire un adjectif au lieu d'un nom d'homme.
A l'époque où ces monnaies furent frappées, Alexandre le Grand n'était peut-être pas né ; et si l'on doit admettre que le héros macédonien ait été, sur la fin de son règne ou après sa mort, l'objet d'un culte assez sérieux pour justifier la composition de noms dérivés du sien, on ne pensera pas sans doute qu'un semblable honneur ait été fait à ses prédécesseurs qui portèrent le même nom.
'AXeSavSpwoç ne peut donc se rapporter qu'à la monnaie même, et comme entre tous les noms de monnaies applicables à la pièce que nous examinons oran^p est le seul qui soit masculin, nous n'avons pas à hésiter.
Héron d'Alexandrie dit : ""OSc axomip ipi/}ixç A Jt/tn.
Dans l'Évangile de saint Matthieu, nous voyons que lorsque Jésus-Christ vint à Capharnaûm on lui demandait le tribut de deux drachmes , et que voulant l'acquitter pour lui et poor Pierre, il envoya ce dernier pêcher un poisson dans la bouche duquel devait se trouver le statère qui lui servirait à payer les quatre drachmes : Eipi^ffetç araTîjpx • exeîvov Xa6€>)v liq a ksîç icrk
èiJLoIî xai 750.
Le statère d'argent est donc bien un tétradrachme, et Valexandrius doit prendre sa place dans la numismatique à côté des philippei et des darici.