‹ Œuvres de A. de LongpérierChapitre 140 sur 173 · OBSERVATIONS SUR LES MONNAIES · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS SUR LES MONNAIES

comprend Plotine parmi les DIVI qu'il représente. Ces pièces ont donc été émises par Adrien après la mort de Trajan.

Mais si la tête nue gravée au revers des n*** 1 , 2 et 3 représente Trajan fils, Trajan l'empereur , comment se rendrait-on compte du type tout particulier qui lui a été donné? Il suffit de comparer la forme du nez, de Tarcade sourcilière, du front, dans les deur portraits placés l'un au revers de l'autre, pour demeurer convaincu qu*ils appartiennent à deux personnages différents, n'ayant entre eux que cette ressemblance assez naturelle qui doit exister entre un père et un fils (1). Ne soyons donc pas étonnés si Spanheim, Vaillant, Eckhel, Visconti, Mionnet, M. Lenormant, et tous ceux qui se sont occupés de numismatique romaine ou d'iconographie, ont reconnu une effigie de Trajan père. D'ailleurs pourquoi aurait-on repro* duit deux fois sur les mêmes pièces les traits de l'empereur Trajan ?

Dira-t-on qu'on avait pu inventer pour Trajan divinisé ua profil différent de celui de Trajan vivant? A cet égard, il nous suffirait de renvoyer aux six aureus que nous plaçons sur la planche IX à la suite des quatre premiers (n^5, 7 à li). L'empereur Trajan porte sur tous le titre DFVVS, et néanmoins sa tête est toujours celle-là même que tous ses bustes, que toutes les monnaies, frappées de son vivant lui donnent.

Il y a donc ici un fait matériel, facile à vérifier, qu*aucun raisonnement ne peut détruire.

On remarquera que les légendes ne diffèrent pas moins que les effigies. Trajan père, c*est Trajanus pater^ en quelque sorte Trajanus senior. L'empereur Trajan divinisé, c'est Trajanus pater Augustus^ c'est-à-dire Trajan père, t empereur (2),

(i) Duos celle question, il Ta ut accorder uue grande importaoce au buste de marbre provenaut de la collection de M. le baron Bebr, et récemment attribué à Trajan père par M. Cb. Lenormant. Ce buste, de Tavis de tons ceux qui le voient, représente le personnage dont Tcffigie es», sur les aureus, accompagnée de la légende cftms paier Trajanus. Or les grandes dimensions du marbre mettent en évidence les caractères qui distinguent bien nettement ce portrait de celui de Trajan Tempereur.

(2) Il existe bien une variété extrêmement rare de Taureus de Trajan rouipereur au revers d'Adrien, avec la. légende DIVO TAAiANO PATRL Ou eu cou-

PORTANT L'KFFir.IE DE TRAJAN PÈRF. 437

OU Trajanus Parthicus^ Trajan, le vainqueur des Parthes. On a donc eu soin d'établir une distinction entre les deux personnages. Un aureus du Cabinet de Vienne, deux fois décrit par Eckhel (1), offre même les légendes DIVO TRAUNO AVGVS- TI PATRI — DIVAE PLOTINAE AVGVSTI MATRI (pi. IX, n<> 9), et s'il est bien authentique (2), il pourrait servir à interpréter les légendes AVG. PATRI et PlTRI AVG. des aureus n- 5 et 7.

M. Deville pense que la déification avait eu lieu immédia* tement après la mort. Sans doute, l'intérêt politique qui inspirait cet acte pressait l'empereur nouvellement monté sur le trône de se rattacher par cette cérémonie à Tautorilé de son prédécesseur. Hais il y a des exemples de consécrations faites dans des conditions différentes. Livie a été divinisée par Claude (3) : Commode y cinq ans après sa mort , par Septime Sévère; Julie Domna, par Élagabale ou par Sévère Alexandre (4). Domitilla, femme de Yespasien, morte avant l'avènement de son mari, fut placée au rang des Dieux, soit par Yespasien même, soit, et cela parait plus probable, par Titus (5).

nait un exemplaire au Mueée impérial de Vienne (Eckbel, D. N. VI, p. 477), et un chez. M. le duc de Blacas (pi. X, n<^ 8). La tète de Trajan est la urée; la légende au datif. 11 est impossible de confondre ce type avec celui de Trajan père. Quant à la légende DIVVS TRAIANVS PARTH. PATER, citée par M. Deville, elle ne se trouve que dans Vaillant {Num, imp, rom, prxst., 1743, t. T, p. 64), et suivant cet auteur elle figurerait sur un grand bronze. C'est une monnaie que personne n'a jamais vue et que de très habiles numismatistes croient imaginaire. — V. encore aux errata de la Rev. num. de 1859 (G. S.)- (!) Mus, Cxs.f t. H, p. 173, n» 7. — Doct. num., t. VI, p. 466.

(2) Nous devons à Tobligeance du savant M. J. Arneth une excellente em-^ preinte de cet aureus qui est très usé et ne pèse que 60^85. Cette faiblesse de poids, jointe à un aspect émoussé, a fait naître des soupçons sur Tautheuticité de la pièce {Synopsis num, ant. Mus. Cxs, Vvidob.^ pars II, p. 82), dont le style est pourtant parfaitement antique, et qui a été décrite par Eclchel (1779) à une époque où le faussaire Becker n'était âgé que de huit ans.

(3) Claude a commencé à régner douze ans après la mort de Livie.

(4) Il nous parait probable qu'Alexandre mit au rang des Dieux en même temps les deux sœurs Julie et Mœsa lors de la mort de cette dernière, qui était son aïeule. La ressemblance des monnaies de consécration de ces deux impératrices autorise cette hypothèse.

(5) Il est certain que, Vespasien déjà empereur, Oomitilla n'avait pas encore

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