OBSERVATIONS SUR LES MONNAIES
Trajan, il était devenu son neveu par son mariage avec Sabine, fille de Matidie, fille de Marciane, fille de Trajan le père» On s'étonnerait, à bon droit, qu'Adrien, dans la situation délicate où il se trouvait, n'eût pas fait appel au souvenir de ce . chef de la famille Ulpia, de cet aïeul par alliance, dont l'illustration acquise sons plusieurs rëgnes avait tant contribué à la fortune de Trajan l'empereur.
Pour Adrien, Nerva n'était qu'un aïeul politique ; Trajan përe était un sdieul naturel.
Aussi voyons-nous que sur les deux aureus représentant Trajan père en face de Nerva, pièces qui ont été certainement frappées à la même époque, on a donné la place d'hooneur (celle qui est toujours affectée aux empereurs lorsqu'ils sont figurés en face de leur femme ou de leur fils), tantôt à Ton, tantôt à l'autre, pour marquer leur égale importance, leur contemporanéité , ce qu'on n'eût certainement pas fait s'il s'était agi de Trajan fils, mis en regard de Nerva.
Ces considérations ajoutent, nous le croyons, beaucoup de force à l'opinion de M. Deville touchant l'époque à laquelle ont été fabriquées les monnaies portant la légende DIYVS PATER TRAIANYS, pièces qui appartiennent à une sorte de réunion de famille sous la protection de laquelle Adrien plaçait son pouvoir naissant.
Nous remarquons les combinaisons suivantes : Trajan l'empereur et Trajan père. (PI. IX, n* 1.) Trajan l'empereur, Nerva et Trajan père. (PI. IX, n* 2.) Trajan l'empereur, Trajan père et Nerva. (PL IX, n» 3.) Trajan l'empereur, Nerva et Ploline (PK IX, n* 4.) Trajan l'empereur et Plotine. (PI. IX, n"* 5 et 9.) Trajan l'empereur et Adrien, (PI. IX, n** 7 et 8.) Ploline et Adrien. (PI. IX, no 6.)
Les pièces gravées sous les n*" iO et 11 portant l'indication ou le type du troisième consulat d'Adrien, ne peuvent pas avoir été frappées avant l'an 1 19 ; elles forment une catégorie à part (1).
(1) Les monaaies gravées sous les xi<»" 1, 2, 8 et 11 appartiennent à la précieuse collection de M. le duc de Blacas. Les n»> 3. 4, 5, 6, 7 et 16 sont con-
PORTAiNT L^EFFIGIE DR TRAJAN PÈRE. 441
U est très possible qu Adrien ait consacré Trajan père et Trajan fils, comme Titus avait consacré Yespasien et Domi tille.
Notre savant collaborateur nous parait trop compter sur Sparlien. Cet historien est bien loin d'avoir la précision et l'abondance qu'il lui suppose. Non seulement dans son texte les lacunes historiques sont grandes ; mais les faits qu'on y trouve sont présentés d'une manière si vague, qu'un éminent érudit, M. l'abbé Greppo, après un examen tout spécial, n'a pu en tirer aucune indication même approximative sur la chronologie des voyages d'Adrien (1). En l'absence des historiens perdus, les maigres chroniques romaines de cette époque s'offrent à nous comme ces poèmes indiens, ces pouranas auxquels la notion du temps semble étrangère. Spartien ne parle ni de la mort de Plotine, l'illustre veuve de Trajan, la mère adoptive, la protectrice d'Adrien, ni de l'apothéose de cette princesse, qui dut cependant être célébrée à Rome avec pompe, puisque l'empereur porta le deuil en noir pendant neuf jours (2). Comment après cela s'étonner de ce que l'historien ait oublié la consécration de Trajan père?
Tout bien examiné, le fait important, capital, celui qu'aucune considération ne peut modifier et auquel nous devons subordonner nos études, c'est l'existence sur trois monnaies
serves à la Bibliothëqae impériale ; le n» 9, au Cabinet impérial et royal de Vienue.
L*aureu8 no 4 est tellement rare, que nous ne TavoQs trouvé décrit dans aucun des catalogues de collections particulières, publiés depuis un siècle, que nous avons pu nous procurer.
U en est de même de l'aureus n® 6, conservé au Cabinet des médailles de la Bibliothèque impériale. G^est probablement la pièce publiée, comme unique, par Guattani {Monum, ant, ined, Roma, 1788, tab. III. d'octobre, n* 8 et p. XCI].
Nous avons pensé être agréable à nos lecteurs en mettant sous leurs yeux toutes ces raretés, et en les faisant ainsi profiter de Tinépuisable bienveillance avec laquelle M. le duc de Blacas nous permet de recourir à sa précieuse collection.
(1) Mémoh'e sur les voyages de l empereur Hadrien et sur les médailles qui s'y rapportent, Belley, 1842, p. 33.
(2) Dion Cassius nous fait connaître cette circonstance ; il ajoute qu'Adrien composa des hymnes et construisit un temple en Thonneur de Plotine ; mais il ne rapporte ces faits qu'à propos du monument consacré au cheval Borysthène. U est impossible de trouver un parallèle plus naïf, ûionis. Hist. roni., lib. LXIX, 10.