‹ Œuvres de A. de LongpérierChapitre 168 sur 173 · CEUS INSULA · texte numérisé non relu

CEUS INSULA

N° H. Abeille, marchant à droite.

Revers. Carré creux, divisé par deux diagonales qui se coupent. — AR. 2. Poids, 38^,42. (PI. XI, n» 7.)

Le nombre des monnaies qui ont pour type une abeille est considérable ; ordinairement cet insecte est vu de dos, et ses ailes sont plus ou moins éployées. Ici nous le trouvons marchant et offrant la plus grande analogie de forme avec le signe qui, dans les hiéroglyphes égyptiens, représente le mot peuple (obéissant à son roi) (4). Toutefois, nous n'entendons pas établir de rapprochement pour le sens entre le caractère égyptien et le type de notre monnaie. L'abeille avait, dans les religions grecques, une valeur que met très nettement en lumière une série de monnaies de Melitœa de Thessalie, publiée par M. le baron de Prokcsch (5), qui ne la pas expliquée .

(1) Hist. nat., lib. IV, cap. xii, 21.

(2) Descrizione di moite medaglie gr., 1828, lab. VIU, n» 14.

(3) Pellerin, Peuples et villes, t. HI, pi. XCU, n* 8. — Catal. Allier, pi. VU. n« 13.

(4) Horapoll., Hierogl., lib. I, cap. 62. — CtiampoUioa, Précis du $yst, hier., p. 340, atlas, p. 35. — Gramm, égypt., p. 24. — Voir, au sujet du sigoe de l'abeille, la dissertation insérée dans le Mémoire sur Vinscription du tombeau d'Ahmès (1831), par M. de Rougé, qui pense que ce caractère représente spécialement le peuple de la Basse-Egypte, p. 113-120. — Dans une Note sur texpression du mot roi par le groupe de la plante et de Vaheille {AnnaL delV instii. archeoL, 1838, t. X, p. 113 et suiv.), M. R. Lepsius, le savant académicien de Berlio, cite (p. 121} quatre exemples de remploi de Tabeille avec le sens de roi et de reine. Voir Tav. dagg. G., n»» 36, 37, 41, 42,

(5) Inedita meinet^ Samml., pi. I, n«» 30 à 34, ^^

TROUVAILLE DE MYT-RAHINEH. 5i0

Mais il est évident que Tabeille placée sur ces cinq monnaies, au revers d'une tète de Jupiter, et accompagnée de la légendjB MEAITAIEÛN, entière ou abrégée, se rapporte à la fable Cretoise, suivant laquelle le dieu avait été nourri par les Mélisses (1) (|jLéXtTa, dor. pour jjiXiçja). On retrouve encore Tabeille sur la monnaie d'Éphëse, ville où nous savons que les prêtresses portaient le titre de Mélisses, de même que la grande prêtresse de Delphes; et nous sommes autorisés à considérer la figure de cet insecte comme un symbole religieux, toutes les fois que nous la rencontrons sur des monnaies. Pour rile de Ceus, c'est un type fréquent ; on le connaît sur des pièces de File in génère ^ et des villes d'Iulis, de Carthffsa et de Coressus. Brœndsted, qui a visité Ceus, y a fait des fouilles, et en a étudié la numismatique, pense que Tabeille représentée sur les monnaies qui viennent d'être citées se rapporte au culte d'Aristée, inventeur de l'apiculture et bienfaiteur de l'île (2). Plusieurs monnaies de Ceus portent une tête barbue, qui doit être celle de Zeùç-'ApiTcaTc;. Il est à remarquer que l'abeille des médailles de Cyrène, si bien expliquées par Duchalais (3), est relative au môme mythe, Aristée étant fils de Cyrène et d'Apollon.

NAXUS INSULA,

N** 12. Canthare ; au-dessus, une feuille de lierre.

Revers, Carré creux peu profond. Fragment. — AR. 5. Poids, 6^',92. Globuleuse. (PI. XI, m 8.)

N** 13. Autre fragment; même partie du type. — AR. 5. Poids, S«?%36.

Nous avons reproduit la figure d'un de ces deux fragments pour donner une idée de l'état dans lequel se trouvent un certain nombre de pièces du trésor de Myt-Rahineh, et de la

(1) AntoD. Liberalis, Metam, XIX. — Callimach., Hymn. in Jovenif 47.

(2) Voyages et recherches dans la Grèce^ 1826, ia-fol., p. 113et8uiv.. tab. IV, no» 3, 5, 6, 8, 10 ; tab. V, 1 ; tab. XXVII, 3, *, 6, 9, 13, 15. — Cf. Mionnet, H, p. 314, 19 et 8uiv. ; Suppl,, IV, p. 374 et suiv., n<« 54 & 171.

(3) Revue num,, 1852, t. XVII, p. 33i.

facilité avec laquelle oa peut néanmoins reconnaître le type qu'elles portent.

CHALCEDON BITHYNLE.

N® 14. Taureau, tourné à gauche ; sous le ventre, une rosace.

Revers. Carré creux. — AR. 6. Poids, 8b^,38. (PI. XI, n* 9.)

Le coup de ciseau que cette pièce a reçu en altère la forme, mais n^a pu en modifier le poids.

L'attribution à Chalcédon de Bithynie est encore conjecturale ; le bœuf que nous voyons ici ressemble à celui qui est figuré sur les monnaies de Paphos, classées par M. le duc de Luynes (1), sur celles de Byzancc, attribuées tantôt à Pylos d*Élide, tantôt à Pylos de Messénie, tantôt à Pythopolis, ville problématique de Bithynie, et enfin définitivement expliquées par M. Max. Pinder (2).

Mais la pièce recueillie à Myt-Rahineh ne présente, sous les pieds du taureau, ni le dauphin de Byzance ni Tépi des pièces connues de Chalcédon. La rosace placée entre les jambes de Tanimal offre bien, au premier coup d'œil, quelque ressemblance avec la croix ansée ou plutôt le symbole de Vénus 0 dont Tanneau est, sur certaines pièces de Paphos, formé d'une série de perles. Mais ce n'est là qu'une ressemblance, et les deux symboles ne peuvent être confondus. Le taureau, dans la même attitude que celui de Chalcédon (celui de Byzance lève un pied), repose sur une base composée de deux barres horizontales, réunies par une série de petites lignes verticales ; c'est là, peut-être, un motif architectural ; mais l'existence d'un dauphin, d'un épi employés comme supports, invite à chercher d'autres symboles, et celui qui se présente tout d'abord à Tesprit est le peigne de tisserand que les vases peints nous montrent si fréquemment parmi les ustensiles mystiques (3), et qu'on remarque dans la main

{{) Num, el inscript, cyprio/e*, pi. lU.

(2) Annai. de Vlnst, archéol,, t. VI, 1834, p. 306. Tav, d'agg, G.

(3) Millin, Description dei vases de Canosa, pi. V ; Monun{, ined., t. U, p. 16

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d'une lambé ou Baubo de terre cuite, fort ingénieusement expliquée par Millingea (1); ustensile qui, ainsi que l'épi dont nous venons de rappeler la présence sous les pieds du bœuf de Chalcédon, se rattache au culte de Cérès.

TEOS lONI^.

N" 15. Tête de griffon, tournée à gauche.

Revers. Carré creux contenant un astre à huit rayons, dans un entourage quadrilatéral composé de lignes courbes. — AR. 2. Poids, 2<f',10.

N" 16. Tête de griffon, tournée à gauche.

Revers, Semblable au précédent. Fragment. — AR. 2, Poids, 1»%40.

Comparez pour la fabrique le revers dé ces monnaies à celui d'une très petite pièce d'argent de fort ancien style qu'Allier de Hauteroche attribuait à Smyme. CataL Allier, pi. XV, n^ 17.

CHIUS INSULA.

N® 17. Sphinx à tète de femme, tourné à gauche. Revers. Carré creux. — AR. 3. Très globuleuse. Poids, 7ï%97. Mionnet, pi. XLIV, n* 2.

SAMUS INSULA.

N® 18. Tète de lion, tournée à droite, dévorant une proie.

Revers. Carré creux, divisé par des diagonales. — AR. 4. Poids, 9»',97. Très globuleuse. (PI. XI, n» 10.)

n ne faut pas confondre cette pièce avec celle qui est gravée dans le recueil de planches de Mionnet, pi. XXXVI, n* 5. Le style de la crinière du lion et le carré creux diffèrent beaucoup

et 37. — Passer!, Pict Elrusc. in vase, t. I, tob. 5, 6, 64, 84 ; t. II, tab. 140. « TischbeiD, Vases éTHamilton, Naples, t. II, pi. 34 ; Florence, t. III, pi. 36. ^ F. Ritschl, AnnaL delt Inst. archeol., 1840, t. XII, p. 171. Tav. cTagg. N. — Gargallo-Grimaldi, Annal. delV Inst arch,, 1843, t. XV, p. 27. Tav. d'agg. A. (1) Annal, delt Inst. arch., 1843, t. XV, p. 72. Tav. dagg. £.

dans ces deux monuments. Nous croyons devoir rattribuer à Samos, considérant son type comme un premier état du symbole religieux qui se montre plus tard à nous divisé, sur ces belles monnaies samiennes représentant d'un c6té une tète de lion de face, de l'autre la partie antérieure d'un taureau. On remarque sur notre pièce les mèches en spirales qui terminent la crinière du lion, particularité qui rappelle Fart assyrien et phénicien, et qu'on retrouve si bien accusée dans les Ggures de ce dieu difforme d'origine asiatique, pendant longtemps connu par les seuls monuments égyptiens, mais que nous observons actuellememt sur des pierres gravées phéniciennes, non moins authentiques que les images de terre cuite d'assez grande dimension représentant le même dieu, découvertes à Tortose par M. Peretié, et acquises récenmient par le Musée du Louvre.

Si la monnaie d'argent que nous attribuons à Samos est, comme nous avons tout lieu de le croire, contemporaine de Polycrate, il sera permis de faire observer la relation qui pouvait être facilement établie entre ce prince et le symbole religieux asiatique, composé d'un animal très puissant, ':;9Xuxp7nF,r, manifestant sa force en dévorant une proie.

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