‹ Œuvres de A. de LongpérierChapitre 48 sur 173 · ARDA ATTICUS · texte numérisé non relu

ARDA ATTICUS

Nous avons pu examiner une excellente empreinte prise sur le monument, par M. Tabbé Renon, et adressée par lui à la Société royale des Antiquaires de France, et nous devons dire que, bien que très courte, Tépitaphe ne nous en a pas moins paru fort digne d'attention.

^o8 NOTICE SUR UNE INSCRIPTION LATINE INÉDITE.

L'inscription, qui paraît avoir été gravée au i®' siècle <Ic notre ère, contient les noms d'un personnage appelé Scxlus Julius Lucanus, duumvir de la cité (c'est-à-dire du pays) des Ségusiaves. Ce titre de duumvir ne suffirait pas pour nous faire connaître à quel ordre appartenait S. J. Lucanus; aussi les consécrateurs du monument ont-ils jugé nécessaire d'ajouter après coup le mot sacerdotali, qui est tracé par une main inhabile et en caractères grossiers, tout à fait différents de ceux qui composent le reste de Tinscription (i). Gel adjectif, très rare dans Tépigraphie latine, tout en nous faisant savoir que les fonctions du mort se rattachaient au culte, n'est pas cependant assez défini pour nous éclairer sur le rang qu'il servait à exprimer.

Les six personnages qui ont dédié le monument funéraire à la mémoire de S. J. Lucanus, c'est-à-dire Tittius, Cocillus, .'^rda, Cettinus, Casurinus, Atticus, étaient probablement des Gaulois comme leurs noms l'indiquent assez, à l'exception pourtant du dernier d'entre eux qui pouvait être originaire de la Grèce, ou du moins descendre de quelque esclave amené de cette contrée. Le nom Arda se lit sur trois variétés de monnaies gauloises dont les types sont imités de ceux de deniers consulaires romains et que leur style permet, nous le croyons, d'attribuer à la Lyonnaise (2). Jusqu'à présent on

(1) H serait possible que rinecriptioti ait été gravée à Lugdununi ou a Forum Segusiavoruui, et que, l'artiste ayant oublié le mot sacerdotali^ le» consécrateurs aient été obligés de faire tracer ce mot par un ouvrier de leur petite localité, dans le seul endroit de la plaque de bronze qui fût resté libre.

(2) Mionnet n'a pas décrit ces médailles. Voyez Atlas de la Numismatique fjauloise, de Lelewel, pi. IX, n»» 31, 32, 33 et 31.

La première de ces monnaies porte pour type une tête de Vénus et parait copiée d'un denier de la famille Julia.

La seconde (n^ 32) représente une tète â barbe pointue semblable â celle que nous connaissons sur les deniers des familles Terentia, MetUia, Memmia, Pompeia, et au revers, un cavalier, type emprunté aux deniers de la famille Marcia.

La troisième (u*» 33, 34) montre une tête couverte d'une peau de chèvre qui se remarque sur les deniers des familles Papia, Roscia, ^fettiaJ Thoria et Proviliat et qui est reconnue par tous les uumismatistes pour une représentation de Juuou Sospita.

n'avait pu savoir si ce mot ARDA était un nom d*homme ou de ]ieu; s'il était complet ou abrégé, car fort souvent les monnaies galloises présentent des noms qui ne sont pas dans leur entier ; Tinscription de Marclop lève tous les doutes que Ton pourrait concevoir à cet égard, car tous les noms étant au nominatif et complets, il n'est pas permis de croire que celui d'Arda déroge à la forme adoptée. Ces six personnages prennent le titre à'Appantores lib, qu'il faut, nous le pensons, lire : Apparitores libertin et traduire par les affranchis appariteurs. C'est en effet dans le Columbarium des affranchis de Livie (1) que l'on a retrouvé une inscription contenant le titre à' Apparitores sacfis. Il est fort probable que telle était aussi la profession des six consécrateurs, puisque le duumvir leur patron était de l'ordre sacerdotal.

Deux autres inscriptions découvertes, Tune à Rome, à la porta Capena (2), l'autre à Vérone (3} nous montrent le titre d'appariteur attribué à des personnages de condition servile.

On a pu remarquer que, dans l'inscription qui fait l'objet de cette notice, le nom de la cité est écrit Segusiavor pour civitas Segusiavorum, et cette circonstance contribue à rendre tout à fait intéressante l'inscription qui la fournit. En effet, la monnaie d'argent frappée, vers la fin de l'autonomie gauloise, par les peuples du pays où fut retrouvée notre inscription, porte pour légende, autour d'une tète casquée : SEGVSIAV. S. et l'on avait cru devoir séparer le Y. du mot Segtisia (4), tandis que maintenant nous sommes autorisé à lire Skgusiava S€Uu'' taris (je donne cette épithëte sans garantir son appropriation). Cette leçon n'est pas un fait isolé, puisque dans le Musée de

(1) Orelli, Inscriptiones, n^ 2974.

(2) Marini, Atti, p. 675. Orelli, n» 3202.

(3) Maffei, Mus. Ver., 116, 2. Orelli, n« 3219.

(4) Voyez pour TeipHcatioD du revers de cette monnaie la eavaote description des médailles gauloises de la Bibliothèque Royale que Tient de publier notre collègue M. Duchalais, p. 130. Ce revers représente Hercule consacrant sa massue, près de Télesphore. La tète du droit doit être celle de Minerve Medica; ce qui donne quelque apparence de rt'alité à Texplication de la lettre S, par saiutaris.

Page 1