‹ Œuvres de A. de LongpérierChapitre 62 sur 173 · ATTRIBUÉE AUX SOTIATES · texte numérisé non relu

ATTRIBUÉE AUX SOTIATES

En France beaucoup d'antiquaires attribuaient encore les copies gauloises de ces monnaies aux évéques de Maguelonnc, pensant qu'elles étaient des imitations de la monnaie arabe qui Furent condamnées par le pape. J'ai cru de mon côté et pendant que M. Cavedoni imprimait son livre, devoir réfuter el expliquer cette erreur et je me suis exprimé ainsi [Revue numismatique, 1838, p. 443 ({)] : « Saint-Vinccns, et après lui Duby auront pris les pétales de ta rose, vue de face, qui forme le type de cette monnaie, pour quatre croissants, » etc. En elTct, très souvent encore les journaux du midi annoncent que l'on vient de découvrir des monnaies d'argent sur lesquelles on voit unis les symboles du christianisme el de fislamisme, la croix et les croissants. Il suffit de jeter les yeux sur une série de monnaies de Rhoda et des Tcctosages bien rangées par ordre de fabrique, c'est-à-dire suivant l'altération progressive des types, pour être convaincu que les pièces gauloises sont copiées des espagnoles, tant les nuances qui séparent chaque monnaie de celle qui la précède sont légères.

(1) V. p. 344 Ju tome I des Œuvra de A, lU Lonypérier,

DE

QUEiaUES POIDS ANTIQUES

[Extrait du tome XIX des Annules de V Institut archéologique, 4847, pp. 333347 {Mon., t. IV, pi. XLY).J (l)

Divers travaux sur les poids des anciens ont été entrepris et publiés par les savants les plus éminents ; les recherches faites à ce sujet par MM. Letronne et Bœckh, tout en prouvant combien la matière est importante, nous ont montré de quelles difficultés les écrivains qui s'en occupent ont à triompher. Il s'agit en effet de rétablir, par des expériences et des calculs, des étalons conformes à tous les systèmes métriques du monde antique, et malheureusement les témoignages écrits, malgré la grande habileté des interprètes, n'offrent pas toute la précision, tout l'accord désirables. Quelques poids sont obtenus au moyen de l'eau mesurée en certaine quantité ; mais les mesures linéaires ou de capacité qui servent à déterminer cette quantité d'eau, sont elles-mêmes discutées. La pesée des monnaies est encore le moyen le plus sûr d'arriver à un résultat satisfaisant ; mais il est certaines contrées pour lesquelles la rareté des monuments numismatiques ne permet de raisonner qu'approxîmativement. On pouvait espérer que la découverte de poids de métal jetterait une vive lumière sur la question ; on va voii* que les efforts tentés de ce côté ne procurent encore que des renseignements bien imparfaits.

Le nombre des poids que j'ai pu retrouves est si petit, et

(1) Le tirage & part porte la date de 1849.

Tétat de conservation de la plupart do ces monumontfl laisse si fort à désirer, que je n'ai pu tirer de leur examen des données métrologiques très précises.

Toutefois, ainsi qu'on le verra tout h. l'heure, il résulte de la pesée des poids de plomb et de bronze, rapportée aux dénominations qui sont inscrites sur ces poids, quelques notions dont l'étude doit être utile. ^

Il existe depuis long^tcmps au Cabinet des Médailles de la Bibliothèque nationale, une double mine de Ghio, portant le type ordinaire des monnaies de cette ville, un sphinx et une

amphore, avec l'inscription AYO MNAA [IJ (i), et récemment M. Philippe Le Bas a rapporté de son voyage scientifique en Asie Mineure, un poids tout à fait semhiahie quant au type, au style ot au métal, mais beaucoup moindre en épaisseur, ce qui s'explique suffisantment par l'inscription MNA, indice

(I) Ca.vlu8, t. 11, pi. XUX. — cr. Ai|ivata;, dans Arlslole, Œr. II (S}.

d'une simple mine (1). La pesée de ces deux monuments, qu

sont à coup sûr contemporains, si elle nous eût donné un rapport exact, aurait pu fixer l'opinion sur la mine ionienne. Malheureusement ces deux poids ont subi k divers degrés une double altération qu'il est difficile d'apprécier. Des coups et le frottement ont enlevé quelques parties du métal, tandis que l'oxydation et la combinaison du plomb avec divers sels empruntés à la terre, ont rendu ce métal plus lourd. La double mine pèse actuellement 1124,10 grammes, ce qui donnerait pour la mine ^62,05 grammes, tandis que la mine découverte par M. Le Bas ne pèse que 547 grammes. Ce qui doit le plus étonner dans ce fait, c'est que la mine ne présente point dans ses contours d'accident assez considérable pour justifier celle différence de 15 grammes. Il faudrait donc admettre qu'au temps même oiî ce poids était en usage, un marchand de mau-

(I) M. Le Bas a fait priMDt au Muiée du LouTre de ce poids, qu'il s'est procuré i Smifme.

vaise foi en aurait diminué l'épaisseur en limant régulièrement le revers ; ce qui est d'autant plus facile, que cette face est complètement lisse : fraude qui se comprend aisément Bans qu'il faille attribuer à son auteur l'intention d'embarrasser les archéolog:ues du xix" siècle. On remarquera que, soit que l'on adopte la valeur de l'un ou de l'autre de ces poids, il s'en déduit une drachme (de 5,62 grammes ou de S,47 grammes), qui est bien supérieure à celle que les monnaies ont fait trouver. (1), On remarque sur la double mine, devant le sphinx, quelques traces de caractères malheureusement fort indistinctes; il y avait peut-être là l'énoncé d'une fraction de mine.

M. Beugnot avait acquis, comme venant d'^gine, un poids de plomb, qui est passé depuis à la Bibliothèque nationale; ce poids a pour type une amphore accompagnée d'une inscription

en deux lignes, que M. de Witte a lue TPITHS (2). L'époque ancienne à laquelle appartient ce monument s'oppose à ce que l'on y cherche un sigma lunaire, et la dernière lettre de la seconde ligne, quoique défigurée par un coup, laisse apercevoir une portion de cercle. Je proposerais donc de diviser la légende en deux parties : les trois premières lettres, celles

{I) Voy. ce que dit de ce poids M. Dœckh, Melrotog'iKke Untersuclmngtn ùber GfwUkle, Mùmfùiae, elc.,des Allerthumi, Berlin, 1S38, p. BI. (2) Calai. Beugnof, n° t20.

Mî DESCRIPTION

qtii sont à la droite du vase, indiquant la valeur du poids, TplTEv, et les autres formant le nom de la ville où le poids mirait été fabriqué : T^w?. On sait que le vase à deux anses est un des types ordinaires de la monnaie de Téos. Ce tiers (de mine) pèse 284,20 grammes, ce qui ferait monter l'unité à 852,60 grammes.

La Bibliothèque nationale possède aussi un poids de plomb, sur lequel on voit une amphore coupée par la moitié, entourée de la légende rétrograde HMITPITON.

Le même type se reconnaît aussj sur un poids de plomb conscn'é au Musée du Louvre, cl dont la légende très altérée

laisse deviner les lettres THl, qui seraient une nouvelle preuve en faveur de mon attribution de ces monuments à

Téos. M. de Luynes (1) a déjà signalé la division des types comme un indice des ft^ctions monétaires. 11 est très intéressant de retrouver ce procédé tout matériel appliqué aux poids. L'amphore étant la marque du tiers de mùie, le même vase coupé par la moitié désignait parfaitement pour les gens illettrés le demi-tiers ou sutième de mine. Ici se présente une nouvelle difficulté : ces deux fractions pèsent, l'une 156,80 grammes, l'autre, 127,22 grammes seulement, ce qui se rapporterait h une miite do 940,80 grammes, ou de 763,32 grammes.

Un aulre poids de plomb qui, par suite de la vente du cabinet d'antiquités de M. Beugnot, est également entré dans la collection de la Bibliothèque nationale, provient aussi d'Mgine; son type, un céras, ne se rapporte point à cette Ile, et l'inscription qui l'entoure est très confuse (2). Je crois y distinguer ETOTS, et les lettres MH deux fois répétées. On pourrait chercher dans ces caractères le nom de Mélos et l'indication de l'an 48, si l'existence d'une ère particulière dans une dos Cycladcs, k l'époque ancienne que fait supposer le style du monument, n'était pas un fait si contestable. Quoi qu'il en soit, ce poids pèse 59,70 grammes. Si c'est un décadrachme, il appartiendrait k une mine de 597 grammes. Cette valeur paraît indiquée par un poids de plomb très bien conservé qui

(1] Revue numismiliiiuc, 1340, p. 24.

(2) Voyez J. de Wille, Cat. Beugnot, n

existe au Musée du Louvre, cl qui a pour type une lîgure sphérique présentant quelque analogie avec ta pomme de Mélos, mais qui est dénaturée par une conlremarque oblonguc, contenant les lettres AIA<I> (1) ; il pëse exactement 292,30 grammes, et, dans l'hypothèse, serait une demi-mine, 'HuîiAnatsi, C'est au même syslènte que pourrait se rapporter un poids de bronze de Cyzique, marqué d'une pélamîde entre les mots K1*ZI. Aie (2), pesant 29,80 grammes, et pouvant, par conséquent, être le vingtième d'une mine de 596 grammes. Une division de cclui-ei, appartenant à la même ville, ainsi que l'indiquent les caractères KTZI-A-TD, placés près d'une torche, symbole de Cérès dadouqiie (3), pèse 18,70 grammes, et n'était peutêtre qu'un tridrachme. Quant au quadrilatère de plomb sans légende, sur lequel est figuré en relief un dauphin de très bon

(1) Par une eirenr du graveur, la légende ee trouve Sgurte VA4 tur la gravure. CeUe inscriptioD MA4 accompagnant un thjrse, se voit sur une pelile tesBire de plomli de la collection Slackelberg, attribués à Phanagorla par M. H. Ha«e, Ann. de tbni. areh. 1839, lav. d'agg. R, n» 9, et p. 218.

(2] Caylus, t. VI, pi. XXXIX. Ce poids existe à la Bibliotlièqne nationale. Ou suit que les statères d'or attribués i Criique portent le polUBoo pélanilde ac~ compagnant diverses Sgures.

(3} Eckbel, Doctrin. num., t. IT, p. t52. Sur quelques monnaies de (Clique, on voit deux torches allumées autffur desquelles sont enroulés des serpints ; ear d'aubvi. Gérés, à la recherche de sa fille, éclaire ta marche de son cbv ■Uclé de dragons.

DE QUELQUES POIDS ANTIQUES. ÏOa

style (1), il est légèrement usé, et les 469,70 grammes que produit sa pesée ne représentent sans doute pas tout à fait sa valeur primitive.

Trente monnaies d'argent frappées à ^ginc, et d'une valeur égale, à en juger par le module (2), donnent, pesées ensemble, 357,728 grammes, ou, en moyenne, 11,924 grammes. Ces monnaies paraissent des didrachmes, ce qui fournirait une drachme de 5,962 grammes, et, par conséquent, une mine de 596,20 grammes. Celte coïncidence est remarquable, d'aulant plus que j'ai basé mon calcul sur l'examen des trente pièces bien conscr%ées, et dilTérant très peu entre elles, que j^ai trouvées & la Bibliolhëque nationale, et cela sans faire de choix.

Parmi les antiquités du Cabinet de M. Meynaerls, à Louvain, on remarque un poids antique ayant pour type la partie antérieure d'un cheval ailé, au-dessus duquel se voit lamai-que H, tandis qu'au-dessous on distingue le nom abrégé EENO.

(1) Conserva au Mnséc du Louvre. Le danpliin se Iroiivc sur lea uionnoicB de Téoos, de Delphcn, d'Mgiae.

(2) Mloiinel, DeKiipl. des médailles antiques, n" 1 a 3i, e\ Suppl., a" ï a W. en laissBDt de côlé les tractiouB.

M. Mcynaerts attribue ce monument à la ville de Lampsaquc, ce qui me semble indubitable ; mais je ne serai pas tout à fait d'accord avec ce numismatiste distingué sur la valeur de son poids (1), qu'il considère comme une mine du système rhodicn ou égyptien, pesant les deux tiers de la mine attique.

En premier lieu, M. Meynaerts donne à la drachme attique le poids de 82 grains 1/7, c'est-à-dire- 4,333 grammes, ce qui n'est ni la dracbme attique de 4,362^ trouvée par M. Letronne, ni celle de 4,187, obtenue par l'abbé Barthélémy, et qui résulte aussi pour moi de la pesée des monnaies.

En second lieu, le poids de Lampsaque pèse, à la vérité, 290,20 grammes, ou les deux tiers delà mine attique, telle que M. Meynaerts l'indique ; mais il faudrait tenir compte d'un fort anneau ou bélière qui a très vraisemblablement été ajouté à une époque où le poids n'était plus en usage. La marque H me parait aussi être l'initiale d'*II|jL{|jLvaisv, et la section du cheval ailé vient à l'appui de cette supposition. Le poids de la bélière pouvant être approximativement estimé, d'après son volume, à IS ou 20 grammes, on serait en droit de reconnaître ici la moitié de la mine asiatique ou ég}'ptienne de 125 drachmes attiques, *H«^{[jLvatsv de 272,5 grammes, au taux adopté par M. Letronne.

C'est à peine si j'ose noter ici en passant qujB l'on trouve sur une monnaie de Lampsaque le nom de magistrat SENO- $ANOT (2), puisqu'il est impossible de déterminer si les poids et les monnaies étaient soumis à l'inspection des mêmes fonctionnaires, et que d'ailleurs les noms du genre de Xénocrate, Xénophon, Xénophane, ont été fort communs parmi les Grecs.

Toutefois, l'analogie du type des poids avec celui des mon-

(1) Revtie de la Numismatique belge, t. !«', pi. XIV, et p. 369. Ce ï^oitls de bronze, qui a été découvert à Lampsaque môme, provient du cabinet de Allier de Hauterocbe, qui le considérait comme une tcssèrc et le cite dans son mé> moire intitulé : Essai sur V explication d'une tessère antique, etc. Paris, 1820, p. 6. Ce poids a aussi fait partie de la collection Révil avant d'entrer dans celle de M. Meynaerts.

(2) Mionnet, Desa-ipt., t. II, p. 561, u^ 303.

naics doit nous guider, le plus souvent du moins, dans la classification géographique do ceux d'entre les moQumcnls stalhmiques dont la patrie n'est pas déterminée par une légende explicite. On admettra peut-être, par suite de ce principe, l'attribution à Thyréa d'Argolide d'un poids de bronze appartenant k M. de Pourtalès (1), poids Hur lequel on volt

une chouette accompagnée des caractères T-0'ATA, disposés en trois ligncs.'La chouette se trouve sur une monnaie de bronze de Thyréa, cl sur une autre monnaie, le nom de cette ville est exprimé par un seul 6. Les caractères que je viens do transcrire me paraissent donc signifier djpiârhtv ■:phx Z-Jx, inscription dont la forme dorique convient parfaitement h un monument de l' Argolide. Le poids de ce bronze est de 1 5S gr. , et si la manière dont j'interprète les caractères qui y sont tracés est juste, l'existence d'une mine argîenne de 232,50 gr. serait un fait acquis k la science. Il faut observer cependant que ce poids porte à la face supéricuro la trace do cette opéralion que les Italiens appellent riirovare, c'cst-à-diro que la chouette cl les lettres ont été remises en relief au moyen d'un

(1) J.-J. Dubois, Descriplion des antiques faisant partie des colhclions de M. le comte de Paurlalés-Gorgier, o." IjO. Ce munumcot a i;té gravé comme cul-de-lampc à la page 2^t <Id tonic 1°' ilca Moitum. Pelop. (le PacinuUi, qui n'en a pas doDiié IViplicaliou.

burinage du fond, ce qui a nécessaipenienl enlevé une certaine portion de métal qui n'excède pas 10 grammes.

M. Bœckh, dans ses Recherches métrologiquesy cite un poids grec rapporté à Copenhague par Niebuhr, et qui porte pour légende ; TirapTs-* SeAEuxiuv (t). Ce poids est de 109,392 gr., cl, par conséquent, le quart d'une mine de 137,568 gr., ce qui n'excède que de 1,31 gr. la mine attique qui résulte des calculs de M. Lctronnc. Il eût été intéressant de connaître à quelle contrée appartient ce monument; mais en l'absence de tout renseignement sur le type qui y est ti'ès vraisemblablement imprimé, on ne peut prononcer entre une quinzaine de villes du même nom, dont environ la moitié appartient A l'Asie Mineure.

C'est à celte partie du monde ancien qu'il serait sans doute convenable d'attribuer un poids de bronze conservé à la Bibliothèque nationale, sur lequel on lit ANTIOXEION TETAPTON, inscription disposée en deux lignes, au-dessus et au-dessous

d'un bœuf bossu. Cet animal sort on oiïel de type à la monnaie d'Antioche de Carie (2), et le style dos caractères s'accorde

(1) Metrolog. Vatenurh.. p. I2R.

(2) MioDnct, OeKiifl., t. III, p. 3U, u" :iO ■■! 60.

parfaitement avec ce premier indice pour jusliPier la rectification de clossemenl que je propose. M. Bœckh, qui paraît n'avoir pas connu le type de ce monument, et i'atlribuail assez naturellement à la Syrie, fait remarquer que son poids de 122 grammes, division d'une mine de 488 grammes, a quelque rapport avec le système attique de Solon. Toutefois, le Tizx^- Tîv d'Antiochc, très bien consené, et dont le revers élégam-

ment quadrillé n'a certainement pas subi les atteintes de la lime, dépassant le poids attique, et n'atteignant cependant pas l'étalon égyptien, vient ajouter une difficulté de plus à l'étude do la métrologie antique. Il est nécessaire d'observer que le poids de 488 grammes est, à bien peu de chose près, celui de la mine sur laquelle est représenté un dauphin, et qui a été mentionnée précédemment.

J'arrive maintenant à la description de deux monuments extrêmement remarquables sous tous les rapports ; tous deux ont été découverts en Syrie par M. Eil. de Cadalvènc, et ont appartenu successivement A MM. Révil et Prosper Dupré; ce dernier, qui les avait acquis à un prix fort élevé, vient d'en faire don au Cabinet des Antiques de la Bibliothèque nationale. Le savant M. Bœckh n'a pas ignoré l'existence de ces deux

poids ; mais ils lui ont été signalés d'une manière si incomplète, que Ton ne trouvera pas superflu, je le pense, la nouvelle mention que j'en fais ici/

Les auteurs du Corpus inscriptionum grxcarum donnent la figure que voici (1), dans laquelle on reconnedt immédiatement la copie très altérée du poids que j'ai fait graver cicontre.

OREON

ArOPANO MOTNTCON

nOTTAIOT KAI ANTIOXOY

OWHV

On conçoit aisément qu'à l'aide d'un pareil document, MM. Bœckh et Franz n'aient pu se faire qu'une idée trèsincomplète du monument original* Trompés d'ailleurs par la présence au milieu des légendes d'un éléphant, qui forme en effet le type des monnaies d'Apamée de Syrie, ils ont attribué à cette ville le poids sur le cadre duquel ils croyaient pouvoir lire : ô 8]^ii.o[ç 'ATCa][i.[éu)v ; in qtio ô BîJtAoç certum videtur, ajoa-

(1) Corpus inscnpL grxc, n» 4476. La note qui accompagne llnscription Urée de notre poids, est ainsi conçue : « In pondère ex »re docio, ntrimque iisdem litteris inscripto nisi quod in altero latere est nonAIOY KAI ANTIO- XOr, in altero ANTIOXOT KAI nOHAIOT. Descriptionem ponderis, quod in Syria esse traditur, misit Steinbûchel Vindobona. Ad Apameam rettuli ductus com Strabonis loco (XVI, p. 752) qui Seleucum ibi quingentos elephantos aluisse refert, tum nummis Apameœ in quibus cernitur elepbantis effigies. » — Je cite ce passage en entier pour montrer que MM. Bœclib et Frani avaient été induits en erreur par une communication très imparfaite, mais que du moins ils s'étaient trompés logiquement, si l'on peut s'exprimer ainsi, puisqu'ils avaient eu recours à la comparaison des monuments.

(cDt-ils. Or, voici ce qui se lit indubitablement sur les deux faces de ce poids de plomb :

V côté; cadre : ANTIOXEnN THI MHT[POnO]AEni KAI IEPA2 KAI AITAOT KAI ATTONOMOY.

Au centre ; ArOPANOMOYNTUN ANTIOXOT KAI nOn- AIOY. Éléphant marchant vers la droite.

Revers; cadre : ETOYZ EBAOMOY" AHM02IA MNA.

aiî DESCRIPTION

Au centre : ArOPANOMOYNTCOK-nonAlOT KAI ANTIO-

XOT. Éléphant marchant vci-s la gauche. Poids : 1068,20 gr. Une pclito portion àa métal a lMo enlevée par une fracture.

On remarque d'abord la permutation des noms qui indique l'entière égalité de rang de.s deux agoranomes Antiochus et Publius, qui plaçaient leur nom sur les poids pour en garantir l'exactitude ; de même qu'à Kome les triumvirs monétaires

DE QL'ELQUKS POIDS ANTIQUES. 213

signaient le numéraire qu'ils mettaient en circulation, afin d'en constalci- la loyale fabrication. En Syrie, c'étaient donc les inspecteurs du marché qui contrôlaient les mesures {!).

Le second poids, qui est de bronze, porte les inscriptions et les figures suivantes :

i" côté; cadre: ArOPANOMOYNTCùN NIKANOPOZ TOT

APTEMIAOPOT.

2' côté ; cadre : KAI AnOAACONIAOT TOT AM«AINETOT. Au centre du premier côté : figure de la Fortune, debout,

(1) J'ai eu déjà l'occftsiou do décrire deux anses de \apei de Icrre, provc- Daul d'élDtoDB de tuesiire! légales, qui ont élé découvertes à Sinope. On. Toil, sur l'uue une tête tournée à gauche avec linscriptioD : ALTINOMOr- ATTAAOV- *IAOKr'ATOr; et sur l'autre, une corne d'ahondauce renversée, accompagnée do ces mots : A2TJN0M0T ■ NAÏTIÛNOS ■ KAAAISeENOT ■

tournée àgauche, appuyée sur une ancre ; les mots ETOTS B et les monogrammes d'ApoUonide et de Nicanor (1), qui ont été placés dans un ordre inverse de celui donné aux noms écrits in extenso sur les cadres, toujours afin d'exprimer l'égalité des deux magistrats. Le poids est de 53îi,15 grammes, ce

KAEAINETOï;, et j'ai supposé quu CJésn^te était \e fabricant; tes vase;, qoî D'élalcnt pas grands, à en juger par la dimeiiBlon des anses, pouvaient «ervir daus les magailns, dant les celliers des parltculiers, tandis que iet poids d'An- ^lioche, deelinËs aux transactions du commerce, Étaient soumis a l'inspection des agoranonaes. Voy. Rfv. Archéologique, 1845, p, 31i.

(1) Ces monogrammes se trouvent sur des monnaies : ils ont élé figurés dans le livre de Mionnet, sons les numéros S92 et 5i7. On remarquera qu'Anliocbus et Nicanor sont des noms locaux, pour ainsi dire, et qu'Apollonide et Artémidore devaient £tre bien communs & Antiocbe, où le bois sacré de Daphné contenalt, suivant l'eipression de Strabon (lib. XVI, p. 750) : SavXov ttiicvot. xai VEÙi; 'Ani),Xii)va( xal 'ApTi[iija;.

qui, doublé, donne 1070,30, valeur bien voisine des 1068,20 gr. de ]a mine signée par Publius et Antiochus (1).

Au centre du second côté, un bélier tourné à gauche audessous d'un astre et ces mots :

âHMOZION HMIMNAION.

Il reste maintenant à rechercher ce que signifie Fexpression Srj^i7'.a {jLva et à quelle ère se rapportent les dates houç &6S6iaou,

La présence des CO sur les deux poids , le nom romain Publius que porte un des agoranômes, le type du bélier astronomique qui figure, comme on sait, sur les monnaies de bronze d'Auguste et de ses successeurs frappées à Antioche, tout en un mot concourt à assigner aux deux poids une époque assez voisine de notre ère.

La mine parait, à en juger par le style, plus ancienne que la demi-mine.

La qualité d'Autonome^ qui s'y trouve et qui fut donnée aux villes de la Syrie par Pompée après la défaite de Tigranes (2) en Tan de Rome 690 (64 avant J.-C), fait naturellement penser à ces monnaies d'Antioche sur lesquelles on voit une tète de Jupiter, et, au revers, le même dieu assis, avec la légende : ANTIOXEÛN THS MHTPOnOAEÛS THS lEPAS KAI A2TA0Y KAI AYTONOMOY, et une date qui varie de F à 6K, de 3 à 29. Comme l'ère actiaque est postérieure de trentetrois ans à la victoire de Pompée, on peut supposer que c'est à partir de 690 que comptent les années inscrites, tant sur les monnaies autonomes que sur la mine, qui par conséquent aurait été fabriquée en Tan 697 de Rome (57 avant J.-C).

Quant à la demi-mine, sur laquelle est représenté, non-r seulement une Fortune tenant une ancre, type qui appartient à Antioche (3)^ mais encore le bélier astronomique, elle offre

(1) Ce poids n'est pas décrit dans le Corpus inscript, grasc. ; mais M. Bœckli Ta cité (Metrolog, Untersuchi, p. 73), comme pesant 521 grammes.

(2) Porphyr. collect. Scalig., p. 227, à de Xaêoiv icap* 'AvTioxiiov xp^IMIts..., avTov6(Aov TTiv ic6Xtv sraae.

(3) La Fortune, appuyée sur une ancre, se voit au revers d'une tête de Ju-

itH DESCRIPTION

celle particularité, que, do même que des monnaies d'Auguste frappées incontestablement à Antiochc, elle ne porte pas le nom de celte ville. Il semble que l'autonomie ait dû s'elTacer devant la puissance du vainqueur d'Antoioe, et c'est aussi à la seconde, année après la bataille d'Actium que j'attribue la fabrication de cette demi-mine. On connaît des monnaies d'Antioche datées de l'bre actiaque et dont le style est tout h fait analogue h. celui qui distingue ce poids.

Maintenant il est évident que les mots iT,\xis:x ^ti cl sr,-^is:7f ■^yi'Vviisv, qui n'auraient pas été employés sans doute sous les Séleucides ou sous les empereurs, indiquent un poids national différent de la miac altiquc et de la livre romaine; et c'est là, en effet, l'idée que fait concevoir la pesée des deux monuments. Il a donc existé une mine syrienne, cl par conséquent un talent syrien très différent du talent altique.

Il me reste à csaminer un plomb qui a été considéré comme une tessèrc et publié avec de longs commentaires par Allier de Hauteroche, et dont le poids, 267,80 gi'ammes, m'a paru s'appliquer très rigoureusement ii un ti-xf-.it d'une mioc syrienne de 1071,20 grammes (1).

Ce quadrilatère de plomb, conservé aujourd'hui au Cabinet des Antiques de la Bibliolbëque nationale, a pour type un dau-

|iil<?r sur Itî inonuaies de lironie d'Aotiocbe, avec la date T. Eekbel, Dort, niim., toin.Iir, p. 271.

(IJ Le» auteurs du Cor/mi inm-ipl. grxe., qui ont décrit ee inouumcDt mus

phin enlacé autour de la hampe d'un trident, et présente en outre rinscription suivante :

LAEPMZ

AIONYIIOY

ArOPANO

Trouvé en 1794, dans les ruines de Béryte par le voyageur Olivier (4), ce monument a été considéré avec beaucoup de raison par Allier de Ilauteroche comme appartenant originairement à cette ville, dont les monnaies ont aussi pour type un daupbin.et un trident (2). Mais c'est là à peu près tout ce que nous pouvons accepter de Texplication développée par le savant antiquaire.

Ainsi que nous l'avons dit, il fait une tessëre d*un objet qui est certainement un poids, puis il voit dans la première ligne de rinscription deux dates dont la première se rapporte à l'ère des Séleucides, et la seconde à une ère particulière de Béryte. Pour rétablir cette ère, il arrive, par le rapprochement des dates ASP, 161, et MZ, 47, à avancer d'une année l'ère des Séleucides qu'il faudrait reporter à l'an 443 de Rome ; enfin, suivant cet écrivain, « ce qu*il y a de plus vraisemblable, c*est que cette tessère était encastrée dans la partie extérieure de la porte de la maison de YAgoranome^ et qu'elle servait à indiquer la demeure de ce magistrat à ceux qui avaient besoin de son ministère (3). »

le n<^4531, oot, de leur côlé, pensé que ce devait ôtre, non une tessère, mais UQ poids. Toutefois ils adoptèrcut l'idée de Allier de Hautcrochc, rclativemeut À la double date.

(1) Voyage en Egypte, en Syrie et en Perse, 1198, t. II, p. 219. — Allier de Hauteroche, Essai sur Vexplic, d'une tessère antique. Paris, 1820.

(2) Allier de Hauteroche pense que ce type convient à une ville bâtie sur le bord de la mer; ce point ne fait pas de doute; mais on pourrait particulariser davantage cette appréciation en rappelant le temple de Neptune qui existait dans ceUe ville. — Le Mal-bérith, cité dans la Dible {Jud, VllT, 33; IX, 4), avait reçu sous les Séleucides une transformation grecque.

(3) Nous ne parlons pas de l'explication de l par ).uxà6aç puisque c*est tout récemment que cette erreur a été détruite par M. Letronne, qui a démontré que cette sigle devait être lue ïtoç, puisqu'elle est du genre neutre. Voy. Uecueil des inscript, grec, et lat. de V Egypte, tom. Il, p. 430. — M. J. Prauz avait déjà remarqué que l n'est pas l'initiale de >.vxa6ac, mais doit être une pîgle (Elem. epigraph. grxc.f p. 375'.

Cet usage se justifie difficilement, si Ton remarque que le monument auquel on l'attribue n'a pas tout à fait 6 centimètres de longueur, et qu'il serait imperceptible à quelque distance.

D'ailleurs, deux dates tracées sur le même monument, en sens inverse, l'une de droite à gauche, l'autre de gauche à droite, sans séparation et avec une seule sigle indicative de l'année, constitueraient une anomalie inadmissible.

L'indication du mois dans les inscriptions grecques de l'Orient et de l'Egypte, comme sur la monnaie des Parthes, est un fait bien connu (1). Il est tout naturel de lire l'inscription LASPMZ : ETcu? ASP ixtjvcç è65ciJLou. Ce poids a donc été fabriqué dans le septième mois d'une année 161, qui peut se rapporter à l'ère des Séleucides, et par conséquent au double règne de Démétrius I''^ et d'Alexandre Bala.

Cette restitution d'un texte si peu étendu détruit toutes leâ explications qu'il avait suggérées à Allier de Hauteroche, mais elle s'accorde si bien avec les usages de l'épigraphie antique, que je n'hésite pas à la proposer (2).

Après avoir, autant qu'il m'a été possible, établi la patrie ou l'âge des poids que j'ai eu la faculté d'examiner, je crois devoir donner la récapitulation suivante de leurs différentes valeurs :

gr i^r

1. Double mine de Chio pèse 1124,10. donne one min« de 562,05

Page 1