SUR L'ORTHOGRAPHE ET LA PRONONQATION DU GREC EN ITALIE
(Elirait du tome XXI (18S2) des Mémoires de la Société nationale des Antiquaires de France, pp. 354-375. )
Les deux variétés, depuis bien longtemps connues, du denier de la famille romaine Hosidia, présentent un unique revers : un sanglier blessé d'un trait et attaqué par un chien, type dont l'explication ne me parait pas avoir été trouvée jusqu'à présent par les auteurs qui ont eu lieu de s'en occuper.
Les deniers de la famille Hosidia se sont rencontrés dans les dépôts de pièces consulaires découverts à San Cesario et à Collecchio, trésors dont l'examen a fourni au savant abbé Cavedoni l'occasion d'enrichir la numismatique de tant de notions chronologiques importantes, de tant d'aperçus ingénieux sur le sens des types (1). Cependant les mémoires qui nous font connaître ces découvertes ne contiennent pas d'observations spéciales sur le type de la famille Hosidia, et nous ne savons pas si leur auteur s'est occupé ailleurs de cette interprétation. M. Celestino Cavedoni laisse rarement, en effet, quelque chose à ajouter à ses savants commentaires numismatiques, et la multiplicité de ses écrits est telle que celui qui publie des remarques archéologiques peut toujours être
(1) Saggio di osservazioni suite medaglie di famiglie romane, Modena, 1829, in-8*; et Appendice at Saggio di osserv., etc., Modena, 1831, in-8o. Les découvertes mentionnées dans cet Appendice furent faites ât S. Anna et à S. Bartolomeo-in-sasso-forte.
partagé entre la crainte d'avoir été devancé par l'éminent antiquaire de Modëne, et le plaisir de se trouver en communauté d'opinion avec lui.
Havercamp prétend que les deniers de la famille Hosidia ont dà être frappés en l'an 734 de Rome, à l'époque de grandes chasses destinées à célébrer l'anniversaire de la naissance d'Auguste ; le sanglier blessé, attaqué par un chien, serait une image abrégée de ces solennités (1).
Eckhel refuse son approbation à cette interprétation qui, en effet, n'est pas conforme aux usages antiques, car elle se rattache au système qui consiste à chercher sur les monuments de la Grèce autonome et de la république romaine la trace d'idées qui appartiennent au déclin de l'époque impériale. L'auteur du Doctrina numorum se borne à dire : <( Non modo cognomen GETA in alteram numipartem trajectum, sedetiam quod serrati sunt, eos faole Augustea aetate multo antiquiores constituit, 'apcr vero necessario veuationes non arguit, cum suapte componatur cum Diana venatrice, quami Hosidius ex quacumque causa parti adversse insculpsit (2). » Eckhel avait parfaitement raison quant à l'âge de ces monnaies, puisqu'il résulte des découvertes faites à San Gesarie et à Collecchio qu'elles sont antérieures à l'an 70S.
M. Gennajo Riccio, dans son traité sur les Monnaies des antiques familles de Borne , après avoir analysé l'opinion d'Havercamp qu'il ne partage point tout à fait, ajoute : « Credcr puossi piottosto Osidio Gapuano, ed allusivi quel tipi alla sua padria, cioe al célèbre tempio di Diana Tifatina e aile caccedi cignali, che dovevansi eseguire in quegli estesi boschi (3). » Ainsi M. Riccio, sans s'expliquer, comme Eckhel, sur l'âge des monnaies, attribue le type du sanglier au souvenir des chasses qui, suivant l'expression même employée par lauteur, devaient avoir eu lieu dans les bois de Gapoue. Il n'y a donc encore là qu'une supposition qui, pour être inspirée par un
(1) Thésaurus MoreUianus^ siue familiarum Romati. nutnismai,, L I, p. 195.
(2) Doct, num, vet.f t. V, p. 225.
(3) Monete délie ant, famigl, di Ronia, Naples, 1843, p. 101.
sentiment plus vrai de Tantiquité, n'en a pas moins, comme l*esLplication d'Havercamp, Tinconvénient de l'arbitraire.
D un autre côté, plus on étudie les monnaies antiques, el en particulier celles qui ont été frappées par des monétaires romains, plus on reconnaît la fréquence des types qui font allusion au nom des villes ou des familles, ou même au surnom d'un de leurs membres. Dans ces allusions Fallitération n'est pas toujours complète ni exacte. A côté d'exemples dans lesquels le rapprochement de sons est parfait, tels que la fleur sur les deniers d'Aquillius Florus ; le veau sur ceux de Voconîus Vitulus; les étoiles triones sur ceux de Lucrétius Trio ; Diane traînée par deux axis (1) sur la monnaie de la famille Axia (2), on trouve des types qui ne représentent qu'approximativement le nom de celui qui les a adoptés. Ainsi, une palissade, vallum^ sur les monnaies de Numonius Vahnla^ une bachette, ascicttius, sur celle de Valérius AcisculuSjXin taureau sur les deniers de Lucius Thorius ; le dieu Titinus sur ceux de Quintus Titius; le géant Valens sur ceux dp la famille Valeria (3), une main, balio^ sur une pièce de bronze de C. Allius Bala. Quelquefois le type n'a trait qu'à une partie du nom d'homme ; ainsi l'on trouve la tête de Pan sur les deniers de Caïus Yibius Pansa. Les cornés de Jupiter Ammon et de Junon Sispita coiffée de la dépouille d'une chèvre, sont des emblèmes parlants pour Quintus Comuficius. Un type, tout en faisant allusion au nom du magistrat qui a fait frapper la monnaie, peut donner en même tempe la clef étymologique de ce nom ; tel est le buste d'Acca Larentia sur un denier d'Accoleius Lariscolus; tel est encore le type d'une pièce de plomb de la famille Oppia^ dans lequel Sestini a vu une tête de Vénus coiffée d'un modius ; nous proposerons de donner à celte figure, dont le caractère est tout particulier, le nom d'OpSy déesse chthonienne à laquelle le modius convient parfaite-
(1) Pline, Hist, nat, Vm, 31.
(2) Voy. encore le maillet sur les deniers de Malleolus; la tête de Silène sur ceux de Silanus^ un geai sur les monnaies de L. Antistius GragiUus^ les Muses sur celles de Pomponius Mtisa,
(3] Rev, numism,, 1849, t. XIV, p. 323, mémoire de M. J. de Wiite.
ment (1). Parfois Tallusion est cmprimiée à des mots étrangers à la langue latine. Ainsi M. Ch. Lenormant a démontré de la manière la plus ingénieuse que le bouc figurait sur la monnaie de Cornélius Cethegus, à cause du nom phrygien EthegoSf de cet animal (2). On remarquera que Tallitération est observée à une gutturale initiale près ; c'est une raison pour considérer le cheval de charge, caballus, que porte la monnaie d'Aballo comme un type parlant; nous avons aussi proposé ailleurs de donner le nom à'Abellio au dieu figuré sur les monnaies de Cabellio (3). Il est admis sans contestation que le monétaire Scarpm a choisi une main pour type des deniers de la famille Pinaria en raison du nom de la main en grec, xapTTcç.
Le type de la famille Uosidiame parait devoir être ajouiéà la liste de ceux qui font allusion au nom du monétaire. Ce sanglier percé d'un trait, attaqué par un chien, qui se Itouyc figuré au revers d*un buste de Diane, c'est, à mon sens, le sanglier de Calydon, envoyé à TÉtolie par la déesse irritée contre le roi Œnéus qui, offrant des hécatombes à tous les dieux, avait oublié la redoutable sœur d'Apollon. Quelque peu développé que soit le type de la famille Hosidia, il est
(1} Sestiui, Descr. délia série consolare del museo Fonlana, pi. H, n« 12. Le nom Oppius me parait dérivé d*0/>s, comme Salviiu de Salus^ comme Pacuius de Pacs, comme FouHus de Fors, comme Esuvius d'Esus.
M. Rlccio considère le coq qui se voit sur uu bronze de la famille Ma/tia comme un symbole, l'oiseau Martialis, faisant aUusion an nom de la famille. Nous avons proposé une explication analogue pour la plante figurée sur les deniers de la même famille ; la tige d'Arum, plante Martialis, nous a para se rapporter au nom de la famille qui se glorifiait de descendre d'Ancas Mortias. Voy. Mém. de la Soc, des Antiq, de France, t. XX, p* 186.
(2) Revue numism., 1842, t. VU, p. 243.
(3) Notice des monnaies françaises de la collect. de M, /. Rousseau, 1848, p. 4. Je maintiens cette opinion malgré la critique dont elle a été Tobjet (Afv. num., 1850, p. 369). Les arguments que m'oppose M. Chaudruc de Grazannesme paraissent, il faut le dire, dénués de solidité; Tassimilation que cet écrtvaiu cherche à établir entre Abellio ou Apollo et le nom de Baal est inacceptable. H faudrait d'abord prouver qu*Apollon est un dieu d*origine sémitique, ce qui e$t loin d'être supposable; ensuite il foudrait démontrer comment le radical Baal a pu devenir Abellio ou Apollo, et la grammaire s^ refuse. Quant & nous, noas ne faisons pas intervenir Tétymologie dans cette affaire ; il nous suffit qa Abellio soit le nom d'un dieu gaulois pour penser que les habitants de Cabellio ont pu le faire graver sur leurs monnaies à titre d*armes parlantes.
cependant bien plus intelligible au premier coup d'œil que celui de certaines monnaies de TÉtolie qui montrent Tos maxillaire du sanglier (1), accompagné d'un fer de javelot. Et cependant, si Ton y réfléchit, on reconnaîtra que la présence de ce trait ou de ce/(?r de javelot est très caractéristique ; il est étonnant même que l'on n'ait pas encore fait remarquer Timportance et la signification de ce symbole patronymique ; on lit en effet dans Pline qu'^tolus, fils de Mars, était Tinventeur d'un javelot à courroie : Jactdum cura amento Mtoluni Martin fUiuîn \invenisse dicunt] (2). La chasse de Calydon figurée sur un assez grand nombre de monuments se voit, entre autres exemples, sur une précieuse coupe peinte trouvée en Italie et signée des artistes Archiclës et Glaucyte, monument actuellement conservé au musée de Munich (3). Dans la composition qui décore ce beau vase, le sanglier est accompagné de son nom HVS. Or, cette ancienne orthographe du mot 5^, le même que le latin sus, suffit pour autoriser le rapprochement que les Romains de la république, toujours amateurs d'archaïsmes, ont établi entre l'image d'un sanglier et le nom de G. Hosidius. Chez les Latins la prononciation des lettres V et 0 était tellement analogue qu'on les voit fréquemment permuter. On connaît des exemples de ces échanges dans les textes, dans les inscriptions, dans les légendes monétaires. Si Apollo s'écrit Aplun et Aptilu, Vulcanus se rencontré sous la forme Volkanos ; et cela se trouve, non seulement dans toute l'Italie, mais encore dans la Gaule, où il est presque impossible de .savoir si Ton a fait une différence entre ces deux lettres.
Ainsi donc le sanglier HVS ferait allusion au nom de C. Hosidius, comme la corne d'Ammon, cormi^ au nom de ComuficiuSj comme la tête de Pa7î au nom de Pansa, comme l'enfant, Tzxiq, au nom de Pedanius, comme le cheval au galop, xiXTnf), au nom de Calpwmius, comme la main, xapirsç, au nom de Scarpus.
(i) Cette mâchoire est bien caractérisée par une défense.
(2) Hist. naf,, lib. VII, 56, 9.
(3) Ed. Gerhard, Auserlesene d, v, bild, t. III, pi. CCXXXV et CCXXXVI. — AnnaL delV insl, arch,, 1848, mon,j t. IV. tav, LlXl
On peut obsci*ver qn'bdx signifianl expiation, le diminutif ou forme euphémique ôtCsicv pourrait faire une allusion plus complète au nom du monétaire Hosidius, tandis que le mythe de Calydon peut très bien être considéré comme une expiation. Les intéressantes recherches de M. J. de Witte sur le rôle du cochon dans Foxpiatiou ont suffisamment éclairci cette partie de la religion des Grecs (1), et je ne m'étendrai pas davantage sur cette particularité, car le rapport du mot HVS avec le nom d'Hosidius .a été bien suffisant pour déterminer l'adoption du sanglier calydonien comme type des deniers de la famille Hosidia. Le meurtre du sanglier a pu être exprimé par le mol Eucidiiim.
J'ai parlé de la prononciation de HVS ou 3ç comme s*il se fût agi d'un mot latin ; et cette question mérite d'être traitée avec quelques développements ; car je suis arrivé, par Tesamen des monuments antiques, à croire que le son de YypsUon, au lieu d'être aigu comme chez les Grecs, était, en Italie et dans la Gaule, confondu avec celui de l'V ou de l'O, caractères qui ne sont eux-mêmes que deux expressions du W (ouaou) italiote.
Voyons, par exemple, les monnaies à légendes grecques frappées à Ruvo et à Canosa; les noms latins Canusium^ Rubastini sont transcrits KANYSINQN, PTEASTEINON; les monnaies de Slumium portent STT ; celles de Butuntum BrTONTINûN. Les monnaies à légende grecque de la Lucanie donnent ArKIANûN, tandis que des pièces contemporaines montrent la forme italiote AOrKANOM. Ce n'est pas tout; les didrachmes de Vélie, de Lucanie ont pour légende TEAHTÛN, ce qui est conforme à l'orthographe d'Hérodote; mais les Italiotes ne prononçaient pas Vypsilon comme les
(l) Anna!, delC inst. arch., 1850, p. 413, mon,, t. IV, tav. XLVHI et tax, dagg* X, 1847. — Il nous sera permis de faire observer au sujet de l'emploi du cochon dans les expiations ou conjurations qu'un passage de TÉvangile de saiot Matthieu (VIU, 28 sqq.) qui a maintes fois été tourné en ridicule par des écrivains du dernier siècle, rapporte cependant un lait conforme aux idées reçQ<^ dans le monde hellénique. La délivrance des possédés Géraséniens est an trtii des mœurs antiques qui n'a rien de plus choquant que la guérison d'Oreste.
habitants de la Grèce, aussi firent-ils d'Hyelée Velia. Cicéron, Virgile, Velléius, Pline, Pomponius Mêla ont employé cetle dernière forme, qui est encore attestée et contrôlée par Ptolémée, qui écrit OiiXiai.
La monnaie de Vérétum porte rethniqueTPIATINÛN, forme évidemment plus ancienne et d'ailleurs adoptée par des Italiotes ; mais la prononciation agissant suivant le mode que je viens d'indiquer, des écrivains grecs plus récents que ces monnaies ont élé amenés à exprimer le son latin de TV; Strabon et Ptolémée écrivent Oiépr^Tov.
Les belles monnaies grecques d'Avignon portent Tinscription AOYE et AYE. Les pièces qui présentent ces variétés (1) sont de style semblable et paraissent avoir été frappées à peu près dans le même temps. Cette double orthographe a naturellement paru anormale; mais la voici maintenant rattachée à une série de faits congénères qu'elle concourt puissamment à éclairer.
Après ce que je viens d'exposer, on ne s'étonnera pas de l'assimilation que j'établis entre le mot HTS ou Zç et la première syllabe du nom d'Hosidius. C'est probablement à la prononciation italiote qu'il faut attribuer le fait que Plutarque signfide ainsi : xal yip fjv vOv McupxCov 'AçpoîCTTjV /.aXcOffi, MupTiov TSTcaXatov, coç Ictxev, (l)vc{jLiaes^v (2).
Dans un mémoire intitulé Éclaircissements tirés des langues sémitiques sur quelques points de la prononciation grecque^ M. Ernest Renan a montré que plusieurs peuples orientaux transcrivaient l'u grec au moyen de signes qui ont lé son à' OU ou d'O. Il est vrai que la prononciation des voyelles dans la bouche des Sémites est tellement vague et indéterminée qu'il est assez difficile de s'en rapporter à leur mode de transcription de mots étrangers pour apprécier les sons que ces mots contenaient réellement. Les réflexions de notre confrère sur la prononciation des Éoliens, des Lacédémoniens, des Béo-
(1) Voy. la fig. de ces monnaies : La Saussaye, Numism, de la Gaule narbonnaise, pL XVI, Avenio, n«» 1 et 2.
(2) Question. Homan.f a» XX.
204 INTERPRÉTATION Di: TYPE FIGURÉ
tiens, et sur la double orthographe de certains mots latins, tels que lacntma^^lacn/ma^ cupr€$$iis=cypressuSy SuUa^Sylhy Burrht(s^=PyrrhuSy sont excellentes. Néanmoins les exemples tirés de monuments antiques me paraissent très importants dans une semblable étude.
Il est un nom de ville que je n'ai pas cité parmi ceux dans lesquels YVpsUon remplace TV latin ; je veux parler de cette localité, longtemps indéterminée, dont les monnaies offrent les légendes TPINA, TPIANOS et TPIETES, et que je crois frappées à Surrentum, aujourd'hui Sorrente.
Millingen, en 1812, disait de ces monnaies : « Gomme elles se trouvent toujours dans les environs de ces deux villes (.Vofo et Naple$)y il n'y a pas de doute, malgré le silence des géographes anciens, qu'il n'y ait eu dans cette partie de la Campanie une ville appelée Hyria, et ce nom indique qu'elle a été fondée par une colonie grecque (1). » En 1831, le même auteur s'exprimait ainsi : « The coins of Hyria, a town in Campania, perhaps the same as Surrentum (2). » C'est que dans l'intervalle qui sépare la publication des deux ouvrages du savant numismatiste anglais, un antiquaire napolitain, F. Avellîno, avait eu Texcellente idée d'attribuer à Sorrenteles monnaies en question. Cet écrivain s'est, à plusieurs reprises, occupé de cette attribution, et le mémoire qu'il lui a consacré pose très bien le problème (3). M. Avellino, ayant remarqué la ressemblance de certains mots grecs avec des mots latins qui ont la même signification et qui n'en diffèrent que par l'addition d'une S initiale : y^à et swô, i^i et septem;i^ et $ex, filAsTç et setnis, aX; et sal ; rappelant en outre les doubles formes de quelques noms géographiques : Egesta et Segesta; *'EX::ia et SaXdnr.a ; les 'EXXo\ d'Homère , nommés SeXXsl par Pindare (4), en conclut fort judicieusement que YPINA et TPIE- TES sont les légendes monétaires du peuple de Surrentum.
{{) Recueil de médailles grecques inédiles , Rome, 1812, p. 14.
(2) Ancient coins of greek ciliés and kings, London (Paris, Firmia Didol), 1831, p. 27.
(3) Atellino, Opuscoli diversi, 1836, t. HI, p. 99.
(4) Fragm. 31, Strab. VU, 32S.
Malheureusement Avellino, trompé par cette parole de Servius : amabant majores uhi aspiratio erat^ S ponere (1), a cru que les divers mots qui viennent d'être cités avaient pris un S en passant du grec au latin (2), en sorte que l'addition de cette lettre ne serait plus qu'une sorte d'accident plus ou moins fréquent, mais sans nécessité absolue. La valeur de Vypsilo?i initial n'étant d'ailleurs pas reconnue, la liaison des légendes TPINA, TPIANOS et TPIETES avec Surrentum et Sorrente devait paraître toujours assez vague. Aussi l'opinion d' Avellino fut-elle rejetée par plusieurs numismatistes, et leur autorité ihflua-t-elle sur Tesprit du savant Napolitain au point de lui faire, peu de temps avant sa mort, abandonner son excellente attribution pour revenir à la ville incertaine.
Je ne sais si Avellino a connu l'approbation que M. Lenormant a donnée à sa première opinion. Notre savant confrère la confirme en effet par des considérations nouvelles : « Qu'on prenne, dit-il, une monnaie de Naples, d'ancien style, représentant d'un côté la tète de Minerve casquée, et de l'autre le taureau à face humaine, et qu'on place auprès de cette médaille des pièces de Capoiie avec la légende KAIIIIANON et KAMIIANON, de Nola et A'Hyri'na, on s'apercevra sans peine que les monnaies de ces trois villes sont des copies exactes de celles de Naples, non seulement pour le sujet, mais pour le style. Capouc était située au nord de Naples, Nola vers le sudest, l'analogie nous conduit à chercher également H}Tina dans le voisinage de Naples et probablement dans une autre direction que celle de Capoue et de Nola : trouvant ainsi Surrentum au sud de Naples et de l'autre côté du cratère, je me sens entraîné à adopter la conjecture de M. Avellino, lequel considère Hyrina comme la transcription grecque du nom de la ville que les Romains ont appelée Surrentum (3). »
Maintenant si, au lieu de quelques points de comparaison
(1) Ad JEneid,, lib. Vlll, v. 330.
(2) « Or cbi vi è mai che ignori che il primo prese spessissimo il laogo délia seconda, in quelle vod precisemente che dal greco linguaggio passarono nel laiino? » Opusc, diu,^ t. III, p. 106.
(3) Revue numismatique. 1844, p. 247.
comme ceux qu'Avellino avfidt pu observer, on fait intervenir une loi organique régissant plusieurs langues congénères, on arrivera à changer en probabilités très fondées les premières suppositions.
Il n'est pas nécessaire, sans doute, d'exposer ici le tableau de Tunité grammaticale des langues sanscrite, latine, zcnde et grecque. Mais il est essentiel de se rappeler que, à plusieurs égards, on peut faire deux classes dialectiques assez trancbées. Tune comprenant le sanscrit et le latin, Tautre le zend et le grec (1). Dans le cas particulier que j'examine, c'est-à-dire le passage d'une sifflante forte à une aspiration ou sifilante faible, car il est certain que les mots, dans leurs modifications, procèdent du fort au faible comme du compliqué au simple, on peut facilement vérifier que les mots latins commençant par un S correspondent à des mots sanscrits pourvus d'une sifflante, tandis que le zend, le grec et aussi le celtique préfèrent l'aspiration.