EXEMPLE
Sanscrit.
Latio.
Zeod.
Grec.
Breton.
Saptan;
Septem;
Hapta;
'EicToe;
S'us'ka;
Siccut;
Huska;
*I<r/à;, îffX^oç;
Hcsk.
Suapnas;
Somnus;
Huaftia;
Ttivo; ;
Hun.
Sarpa;
Serpens;
"EpicEToc ;
Aerouant.
Samiyat;
Similis;
Hama;
'Ohoîoç ;
Hevel, hanoual
Suryas;
Sol;
Huare;
"HXio;;
Heol.
Sukara;
Sus;
Huka;
Houc*h.
Ainsi, lorsque le système grec prédominait quelque part, on doit s'attendre à trouver l'aspiration au lieu d'une sifflante au commencement des noms. Par contre, la réaction sanscrite
(1) Dès 1829, M. Eugène Bumouf s'exprimait ainsi : « On sait, en effet, qu an grand nombre de mots grecs qui commencent par Tesprit rude ont en sanscrit un S initial. C'est pour le dire en passant un caractère qui distingue la forme hellénique de ces mots de leur forme latine, laquelle est le plus souvent identique au sanscrit, tandis que, pour trouver l'origine de Tesprit rade, c'est-À-dire de TaspiraUon, il faut se reporter à la langue zende, avec laquelle le grec a, en beaucoup do points, plus d'analogie qu'avec le sanscrit même. » Nouveau Journal asiatique, L III, p. 299. Depuis cette époque l'éminent orientaliste a poursuivi Tétude de cette question. Voy. son Commentaire sur le Yaçna et les Études sur la langue et sur les textes zends. Journal asiatique, 1844, p. 467 et sq.; 1845, p. 218; 1846, p. 10.
agissant puissamment à l'époque où la langue latine remplaçait la celtique, on vit des S s'attacher à des noms de lieux gaulois. Edena de Pline devint Sedena (1), et Tzetzès était obligé de protester contre l'altération introduite dans le nom des Alpes : ^'AXttu cj SiXria, dit-il, 2py^ E'jp(i)7;a{a tîJç ItaXCa; •gjLsyiXa (2).
Cependant l'absence d'S au commencement du mot TPIE- TE2 n'est pas la seule différence qui sépare ce nom de la forme latine Surrenttim. On peut remarquer qu'il y manque aussi un N intercalaire. Ceci se rattache à un fait qui n'a pas été encore étudié et qui mérite pourtant de l'être avec plus d'autorité que je ne peux en apporter dans un sembftible examen. Je veux parler de l'usage de Vanoiisvara ou à\x son postérieur dans les écritures grecque et latine. Ce son, marqué en sanscrit par un point et en latin (pendant le moyen âge) au moyen d'une barre placée au-dessus des caractères, ne parait pas avoir été indiqué dans les écritures indienne, grecque et latine de l'antiquité (3). Ainsi, dans l'inscription funéraire de Lucius Scipio Barbatus, on trouve TAVRASIA . CiSAVNA . SAMNIO. CEPIT. SVBIGIT. OMNE. L0VCANA(4); dans celle de son fils L. Corn. Scipio, on lit COSOL et CESOR pour consul et censor; sur un précieux vase gaulois du Louvre, j'ai trouvé l'insciption GENIO TVRNACESIV {Tumacensium) ; ainsi, sur les monnaies de Capoue, on lit KAIIIIANOM et KAMIIA- NOM ; sur celles de Compulteria, Kupeltemum; dans des inscriptions de Blaundus, on trouve BAATAOS, tandis que les monnaies fournissent BAAYNAEQN. Les monnaies des Frentaninous montrent 5DETEDNVM {Freternum), 8DENTDEI et îiENSEPNV {Frentereiei Fensernu). Une ville Cretoise est nommée AAnriA et AAMIIA, ce qui fait qu'Eckhel admet deux lieux différents portant ces noms dans la même île.
(1) Voy. Mém. de la Soc. des Antiquaires de France, t. XX, 1850, p. 38.
(2) In Lycophr,, V, 1361.
(3) Dans Tancien perse ou zend des inscriptions cunéiformes achéménides, Vanousvara n*est indiqué par aucun signe graphique, et cependant son existence ne peut être révoquée en doute ; voy. J. Oppert, Revue archéoL, 1848, t. V, p. 69.
(4) VisconU, Monum, degli Scip.y 1780, p. 16.
On rencontre aussi dans les inscriptions INFAS pour infans (1); on doit voir, dans les légendes ROMA RENASCES cl ROM A RESURGES, que nous montrent les monnaies de Galba et de Vespasien, les participes présents renascens et resurgens^ ainsi que l'a judicieusement reconnu Eckhel (2), malgré le sentiment d*Havercamp, qui y trouvait la seconde personne du futur (3). Seulement le célèbre numismatiste viennois n'a pas su à quelle origine grammaticale se rattache l'omission de la lettre N dans ces deux mots. L'abréviation COS du mot consul, qui a été conservée par archaïsme, provient du temps où Ton écrivait cosol; c'est encore un effet de Vanonsvara^ et nous n'hésitons pas à croire qu'il faut prononcer CONS. Si nous consultons les vases peints, nous trouverons TTTAPEOS pour T'jvîapeôç; TIMAAPA pour T([jLavSpa^4) ; ATAAATE pour 'ATaXavTt) (5); EKEAAAOS pour 'Ev/iXaS^ç (6); NI*AI pour v(iJL(pat (7) ; S*IXS pour SipiyS (8). Sur un vase de travail étrusque, on voit XAPT pour Xi^^ (9).
Le nom AAIION qui accompagne un des chevaux de l'Aurore sur un vase de Yulci (10) est évidemment celui que cite Homère :
Aa(Aicov %o^ ^aé6ov0*, otT* *Hô ic&Xoi ayovmv (11).
Sur un vase du Musée Britannique on lit NT^ESÎ KAAOS, inscription que les auteurs du catalogue transcrivent Nyphès is noble (12). Je crois qu'il faut encore admettre ici un anous-
(1) Marini, Iscriz, alban,, p. 148.
(2) Doctr, numorum, t. VI, p. 297.
(3) Ad MorelU Impp,^ i. H, p. 161.
(4) J. de Witte, Description des vases de Canino, 1837, p. 77.
(5) BulL dell. inst, arch. 1845, p. 113 et suiv. ; Monum,, vol. IV, i(n\ LIV- LVIII. — GeThard, ArcfueoL Zeitung, 1846, p. 319 et sqq.
(6) J. de Witte, Revue de philologie, 1847, t. II, p. 395.
(7) Annalideir inst. arch., 1845; Monum., vol. IV, tav. UV, LVIl.
(8) Gerhard, Auserl., U UI, pi. 235 et 236 et Annali dell. inst. arch., 1848; Monum., tav. LIX.
(9) Annali delL inst. arch. ; Monum., t. II, tav. IX.
(10) J. de Witte, Cahinet Durand, p. 71, a» 231 et fig. dans Gerhard, Auserl. d. V. bild, t. II, pi. LXXX.
(11) Odyss., XXIII, V. 246.
(12) Birch et Newton, A catal. of ihe gr. and etrusc. vases m the Brit. Mus.. 1851, t. I, p. 268.
"vara et prononcer Nymphes. Nyphès répugne à la langue grecque, tandis que Nu|iç'.ç et NuiA^aïo^ sont très connus.
Letronne a pensé « que le nom impossible IIÂMA^&IOS se ramène par la simple transposition de TA au nom connu IIAM^AIOS (1). » Mais si Ton considère que ce nom se trouve écrit sur différents vases, on admettra difficilement qu'il y ait métathèse par suite d'une erreur. J'aimerais mieux croire que nAMA^IOS, en raison de Yanousvara^ doit être prononcé IIAMAM^IOS ; le premier M attiré comme le second par l'aspiration contenue dans le 4>. Le nom "X^^io^; existe aussi bien que ''Ajjiçtç et 'A|ii.9(fa>v (2).
Le mot rPIETES peut donc représenter SYPIENTES et se rapprocherait singulièrement du Sup^vTiov d'Etienne de Byzance.
Les détails dans lesquels je viens d'entrer pourront sembler bien longs et bien minutieux; mais en y réfléchissant, on comprendra qu'ils ne sont pas dénués d'utilité, puisqu'ils ont du moins pour effet de montrer combien les antiquités de ritalie sont encore peu profondément étudiées. Les noms propres doivent être examinés avec le plus grand soin, avec toute la critique que peut donner la connaissance grammaticale des langues. Pendant longtemps l'étymologie a été une source d'erreurs presque continuelles, parce qu'on ne considérait que la forme extérieure des mots, sans s'occuper de savoir comment elle était produite (3). Les progrès de la philologie comparée, les grands travaux de M. E. Burnouf sur le
(1) Hevue archéologique, t. V, p. 126.
(2) Nous n'ayons ici à nons occuper que de la suppression de l'M et de TN. H faut remarquer cependant que le 12 supprimé à ilntérienr des mots, est un trait qui s'observe sur plusieurs vases antiques. G* est là encore un usage qui rappelle la tendance du zend à remplacer les sifflantes par Taspiration. Pour traiter à fond la question de Torthographe des anciens Grecs, il faudrait aussi ne point oublier qu'ils ont fréquemment représenté par un seul caractère le son d'une lettre qu'ils prononçaient double: j'ai recueilli un grand nombre d'exemples de cet usage. Les Arabes ne représentent aussi que par un seul corps de lettre les sons doubles ; les modernes indiquent cette double valeur par un signe superposé qu'ils nomment tescMid analogue au sicUicus des Latins.
(3) Voy. l'avertissement que nous avons donné à ce sujet aux archéologues. Revue numism., 1850, t. XV, p. 238. — P. 265 du présent volume.