INTERPRÉTATION DU TYPE DES DENIERS HOSIDIA
zend, qui nous permettent de comprendre enfin les transformations successives des langues parlées dans Tantique Occident, fournissent actuellement le moyen d'étudier nos antiquités nationales avec une force qui manquait entièrement à nos devanciers. C'est de l'emploi combiné de la philologie et de l'archéologie que peuvent naître les saines notions historiques. J'ai proposé ici plusieurs explications qui devront être reprises et appuyées par la production d'un plus grand nombre de preuves et d'exemples ; j'ajouterai donc avec Appien parlant des antiquités de l'Ibérie : Tauia \Lh Si) xoïç iraXaioX^Ys^si [j.e6s(a6(i>
Note additionnels, — Dans la séance du 29 déc. 1852 de la Société nationale des Antiquaires de France (V. Y Annuaire de la Société pour Tannée 1853, p. 159), M. de Longpérter a ajouté quelques observations a celles qui sont consignées dans le présent travail. Il s'agit de l'usage de Yanousvara on prononciation des lettres N et M omises dans l'écriture. En vertu de ceUe loi orthographique, M. de Longpérier explique la légende d'une monnaie de Phocas, jusqu'ici inintelligible, D. N. FOCA NEPE AVG. par Dominus noster Pocas nempe Augustus. Par la même raison, il corrobore l'opinion de Pellerin qui attribuait aux Aspendiens les belles pièces d'argent représentant des lutteurs avec la légende ESTPEDIITS. En admettant Yanousvara, on pourra lire EitfendiiuSy qui est la forme pamphylienne du nom d'Aspendus.
(Extrait du tome XIX du Bulletin (le V Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, Bruxelles, 18o2, p. 395-401.)
Le monument céramique dont j'ai Thonneur d'adresser à l'Académie un dessin réduit à la moitié de la grandeur natu-
Jce/viqK
relie, provient de celte immense collection d'objets d'art que le roi Charles X avait acquise de feu M. Durand. C'est un vase de terre très fine, revêtu d'une belle couverture rouge, et décoré d^une guirlande de lierre qui se détache en relief sur la panse. Le col porte une inscription circulaire, tracée à la pointe, qui n'avait point été mentionnée dans le catalogue manuscrit rédigé par M. Durand, non plus que dans l'inventaire du
Musée. Je serais porté à penser que cette inscription n^avait pas été étudiée, qu'on l'avait considérée comme déparant le vase y et que c'est par cette raison que le monument avait été relégué au fond d'une armoire où je Tai trouvé, en faisant un rangement nouveau et complet de tous les vases que possède notre Musée. Quoi .qu'il en soit, cette inscription est indubitablement antique. Je ne demanderai pas à l'Académie de s'en rapporter, à cet égard, à mon témoignage ; je puis invoquer, en faveur de l'autbenticité de ce texte épigrapbique, l'opinion de M. de Witte, de M. Lenormant, de M. le duc de Luynes; car ces savants antiquaires ont vu le monument et n'élèvent aucun doute sur l'antiquité de Tinscription, qui est ainsi conçue :
GENIO TVRNACESIV.
Le vase a donc été dédié au Génie des Toumaisiens^ et cette circonstance me paraît d*autant plus intéressante que le style du vase, très pur, très élégant, permet d'en faire remonter l'origine tout au commencement du i®' siècle de l'ère chrétienne. On peut prendre pour point de comparaison une inscription tracée à la pointe à Pompéi, et qui, contenant les
(N/s/^Md* (or
noms de M. ^Emilius Scaurus et de Cneus Firmus, consuls en 766 de Rome (13 de J.-C), donne une date parfaitement positive. [Bulletino napoleiano^ t. IV, pi. IV, n« S.) Très certainement le nom du génie des Tournaisiens est écrit avec autant de fermeté que celui des deux consuls. Les vases rouges fins , comme celui-ci , ne se rencontrent dans les fouilles qu'avec des monnaies gauloises ou des premiers empereurs. J'insiste longuement sur l'âge de ce vase, parce que, si mon opinion h ce sujet est admise, ce serait, je crois,
DE LA COLLECTIOiN DU LOUVKE. 303
le plus ancien document relatif à Tournay que l'on ait encore' retrouvé. Éloigné comme je le suis de la Belgique, n'ayant pas à ma disposition Touvrage d'Andréas Catullus sur Tournay, ni les brochures de Lambiez, je ne puis savoir précisément si Ton a quelque monument antique des Tournaisiens; cependant je pense que, jusqu'à présent, les mentions de Fitinéraire d'^Etbicus, la table Théodosienne et les tiers de sol mérovingiens étaient les seules preuves incontestées de Texistence antique de Tournay.
L'orthographe de celte inscription est encore un gage d'antiquité reculée. Dans GENIO TVRNACESIV, il manque un N et un M pour lire Ttimacensium.
Dans les inscriptions funéraires des Scipions, à Rome, on remarque exactement la môme particularité; dans celle de L. Scipio Barbatus, on trouve : TAVRASIA- GIS AVNA- SAM- NIO • CEPIT • SVBIGIT • OMNE • LOVGANA • La lettre M manque à tous ces accusatifs. Dans Tépitaphe de Lucius Cornélius Scipio, on voit GOSOL et GESOR pour con^w/ et censor. Cet usage d'omettre les M et les N dans Técriture, quoiqu'on les prononçât à la lecture, est commun au sanscrit dès son origine, au zend dans les inscriptions cunéiformes de la Perse, au grec et au latin. Ce son, qui ne s'écrit pas et qui néanmoins se prononce, se nomme en sanscrit anousvara. Dans un travail qui vient de paraître (1), j'ai exposé ces faits avec plus de développements. Je dirai seulement ici que lorsqu'on trouve sur des vases peints : TIMAAPA pour TfjjiavSpa; ATAAATE pour 'ATaXavir/,. NI*AI pour vtii.fai, il ne faut pas croire à une erreur de la part de l'artiste ; ce n'est là que la conséquence de Vanotisvara commun à toutes les langues d'origine indienne.
J'ai parlé plus haut des preuves incontestées de Texistencc antique de Tournay; j'aborde maintenant l'examen des monuments numismatiques sur l'attribution desquels on a beaucoup
(1) Mém. de la Soc. nal. des Antiq, de France, t. XXI, 1852, p. 35i. — P. 287 du présent volume.
trop hésité, attribution que la découverte de notre vase gaulois me paraîtrait mettre hors de doute.
Eckhel, qui n'avait pas une grande sympathie pour les médailles gauloises, avait l^sprit tout rempli de doutes lorsqu'il s'agissait de leur donner une patrie déterminée. 11 n*était pas bien certain que le nom antique du Toumay moderne ait été Tomacum : Verum non satts constat, fuerit ne Toniacum vêtus nomen hodierni Toumay, Il ne pouvait pas distinguer avec plus de sécurité si Dumacus est un nom de chef ou an nom de ville : Quare certi nondum sumus, sit fie Dumacos fwmen oppidi^ an regtili. Nous n'éprouvons pas autant de scru* pules que le célèbre antiquaire ^îennois, et nous dirons même qu'en admettant que Dumacus ne soit pas le nom de la ville, l'attribution n'en serait pas moins bonne, puisque ce nom pourrait être celui du peuple ou du génie local, du genius Tumacensium auquel est consacré le vase du Louvre. On connaît assez les monnaies gauloises sur lesquelles on lit : TVRONVS, SANTONVS, REMVS, SEGVSIAVVS, AVLIR- CYS, et qu'on ne fait point difficulté d'attribuer à Tours, à Saintes, à Reims, à Feurs et à Evreux, quoiqu'elles ne donnent pas les noms de Ceesarodurum, de Mediolanum, de Duracortorum, de Forum et de Mediolanum que ces villes portaient. Comme tous ces noms et d'autres qu'il serait trop long de rapporter accompagnent, aussi bien que DVRNACVS, une tête d'homme nue ou casquée, il serait très possible qulls désignassent les génies éponymes. M. le professeur Serrure, en maintenant à Toumay le denier à la légende Dumacus^ dans son excellente Notice sur le cabinet monétaire de S. A. le prince de Ligne, a donc agi très sagement, et nous sommes heureux de fournir un argument de plus à l'appui de son opinion, en présentant à l'Académie un vase, à nos yeux contemporain de cette monnaie, et qui offre le nom antique des Tournaisiens.
Supplément à la note précédente. — M. de Witle m'ayanl appris que des doutes s'étaient élevés dans l'esprit d'un très
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savant antiquaire sur rauthentîcité de Tinscription GENIO TVRNACESIV, j*ai pensé que rAcadémie voudrait bien me permettre de lui adresser quelques renseignements supplémentaires, qui auront pour eiïet de rendre plus digne d'elle la communication que j'ai eu Thonneur de lui faire.
Ces doutes se fondent, si je ne me trompe, sur le peu de probabilité qu'il y a que Ton ait consacré à un dieu un vase si peu important par ses dimensions et par sa matière ; secondement, sur l'absence jusqu'à présent totale d'inscriptions tracées à la pointe sm* des vases rouges.
J'ai déjà eu l'honneur de dire que le vase gaulois du Louvre avait été examiné par les plus habiles connaisseurs, par des antiquaires dont les noms sont la meilleure de toutes les ga« ranties. En supposant donc qu'il n'eût pas d'analogue, je me croirais autorisé à l'accepter comme une exception incontestable.
Oserai-je ajouter qu'après avoir étudié les monuments épigraphiques de toutes natures que renferment nos musées et un grand nombre de collections particulières, j'ai pu moimême me former une idée assez exacte des caractères qui distinguent les inscriptions tracées soit sur métal, soit sur le marbre et la pierre, soit enfin sur l'argile des vases?
Il est fort difficile d'établir les limites où doit s'arrêter le choix des objets destinés à être consacrés aux dieux. Nous trouvons des inscriptions votives non seulement sur des vases de métal précieux, comme ceux qui ont été découverts à Ber- IhonvîUe, à Auxerre, à Notre-Dame de Brissac près d'Alençon, mais encore sur de très petites plaques de métal, de terre vernissée, sur des lampes sans aucune valeur. Je connais un poids portant l'inscription DEAE SEGETIAE.
Pour ce qui est des vases, et des vases de terre à reliefs enduits d'une couverte rouge, je puis citer ceux qui ont été trouvés à Rheînzabern et sur lesquels on lit : DEO CESONIO EX VOTO POSVT {sic) PATERNVS 0 ; — MERCVRIO TOOR-ENCETANO; — SILVANO TETEO SERVS FITACIT EX VOTOR. Ces légendes sont, à la vérité, tracées dans les
moules et non pas écrites à la pointe ; mais le fait important de la dédicace d'un vase d'argile à une divinité n'en est pas moins, par là, établi d'une façon irrécusable.
Il est arrivé quelquefois, même chez les Grecs, d'ajouter après coup sur les vases des inscriptions gravées à la pointt* sëcbe, afin de les adapter à un emploi particulier.
J'ai vu au musée de Naples une belle hydrie cannelée sur la panse de laquelle on a gravé :
XAPMINOC GEOOAMIAA KfllOC
CharmintiSj /ils de Théophamidas, natif de Cos. On assure que ce vase provient de Carthage. Son style pourrait donner lieu de croire qu'il a été trouvé dans la Cyrénaïque. Un autre vase cannelé, très certainement découvert dans cette dernière contrée, a été cédé récemment au Musée du Louvre par M. de BourvUle. Ce beau monument céramique porte, à la naissance
du col, le nom AIOMEAQN écrit à la pointe, nom que j'ai eu le plaisir de découvrir en lavant le vase, encore tout couvert de terre lorsqu'il fut apporté à Paris.
Les vases gaulois portant des inscriptions tracées après la cuisson, sans être précisément communs, ne sont pas cependant bien difficiles à rencontrer. Sans avoir fait de recherches particulières à ce sujet, je puis en indiquer deux à Bourges,
'CATVGANIS
deux au musée de Nantes, deux àBlois, un à Meaux (1). L*un
{1} Voyez ci-dessous. L mscription Caluganis est U*acéc sur ou vase Ut)UTéi Gièvres.
DE LA COLLKCTiON DU LOUVRE. 307
des vases de Nantes est une coupe vernissée en rouge; on y Ut le nom PATERNVS écrit en caractères gaulois. M. de la
/•AYllRNVJ
Saussaye, dans les fouilles qu'il a faites à Soings, près de Bloïs, a recueilli un beau fragment de coupe rouge ornée de feuilles de lierre en relief, sur lequel on lit la fin d'un nom ....TTVSCO, qui lui a paru être celui d'une divinité locale à laquelle le vase aurait été consacré. J'ai déjà expliqué, dans ta Revue archéologique, l'inscription d'un des vases de Bourges, et j'ajoute qu'elle offre, comme le mol TVRNACESIV, deux exemples A'anousvara, c'est-à-dire qu'il y manque deux M. Il est à présumer qu'en consultant les antiquaires qui possèdent des collections de vases gaulois, on se procurerait un certain nombre de monuments analogues à ceux que je viens de citer.
Note sur une fi ff urine de bronze représentant un sphinx ailé et barbu. — LJEon de la ville d'Hadrumète.
(Extrait de V Annuaire de la Société des Antiquaires de France pour 1854,
p. 106; séauce du 23 février 1853 (1}.)
M. de Longpérier communique une figurine de bronze représentant un sphinx ailé et barbu, qui a été acheté au Caire par M. Le Moyne, ancien consul général à Alexandrie cl maintenant ministre de France dans la Plata. Cette figure, dit M. de Longpérier, bien que rapportée d'Egypte, n'est certainement pas de travail égyptien. Le style en est assyrien ou phénicien. La poitrine couverte d'une bande velue, comme celle des taureaux de Khorsabad, la tiare cylindrique qui surmonte la tète, la barbe conique, les ailes, tous ces détails sont étrangers aux sphinx égyptiens. Cependant cette figurine peut représenter le portrait d'un roi, comme les sphinx d'Egypte. M. de Longpérier pense que cet animal symbolique offre beaucoup de ressemblance avec ceux qui, sur les monnaies de l'empereur Albin, accompagnent une figure barbue et assise, dans laquelle M. Lenormant a reconnu un dieu asiatique adoré à Hadrumëte, patrie d'Albin. Des monnaies jrappées à Hadrumète représentent en effet le buste d'un personnage coiffé d'une tiare ornée de plumes comme celle des taureaux de Khorsabad, et identique au dieu figuré sur les monnaies d'Albin.
(1} Voyez aussi Athenxum français, 2« année, 1853, p. 223: Revue archéolo^ gique, n. 9.» 5« année, 1864, 2« semestre, p. 333, et surtout Revue numismatique, 1865, p. 213.