‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 2)Chapitre 106 sur 311 · LIVRE II , CHAP. VII · texte numérisé non relu

LIVRE II , CHAP. VII

aller : que je retrouve an logis ma croix , ou qu'elle soit perdue, je ne manquerai pas de me rendre ici demain a la même heure. En achevant ces mots , elle sortit de ma chambre, où elle me laissa fort content de sa figure, et fort affligé de son départ précipité.

Il n'y eut plus moyen de dormir après cela , je ne fis que rêver a ma bonne fortune et aux plaisirs quelle me promettoit , jusqu'à ce qu'il fût temps de me lever pour diner. Alors, m étant habillé, je m'assis à une petite table sur laquelle on me servit plus de mets que six personnes n'en pouvoient manger. Au miheu du repas , je vis revenir Marcie , qui m'apprit d'un air triste que la croix d or ne s'étoit point trouvée. Ce qu il y a de chagrinant pour moi, ajouta-t-elle, cest que ma maîtresse m'accuse d'en être la cause j je lai , dit-elle , trop pressée ce matin pour l'obliger à s'habiller vite pour venir ici. Xai été par curiosité chez un orfèvre , pour voir s'il n'auroit point de croix d'or à peu près semblable , et par bonheur il m'en a montré une qui lui ressemble on ne peut pas davantage. Je compris ce que Marcie vouloit dire par là; et, tranchant aussitôt du généreux , je lui dis que si elle avoit le temps d attendre que j eusse dîné, j'irois avec elle chez l'orfèvre acheter la croix qu'elle y avoit vue. Connue c étoit justement ce qu'elle demandoit, elle me répondit qu'elle feroit tout ce qu il me plairoit; puis se mettant à louer sa maîtresse , elle m en dit tous les biens du monde.

Après le repas nous allâmes chez l'orfèvre, où je fis i emplette, que je donnai à la suivante , en la priant de dire à sa dame qu'étant en quelque manière la causf de la perte qu'elle avoit faite, il étoit de mon devoir

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delà réparer. La soubrette, ravie d'avoir son compte disparut après m' avoir assuré qu elle alloit bien ùinv valoir mon procédé galant, et que sa maîtresse ne manqueroit pas le lendemain de m'en venir témoigner sa reconnoissance.

Lorsque Marcie se fut éloignée de moi, il me prit envie de chercher l'occasion de revoir la dame du quartier Saint-Cyprien. Quoique j'eusse tout lieu de m'imaginer que c'étoit une friponne et son frère un spadassin, j aimois à me tromper moi-même ; et oubliant le tour qu'ils m'avoient joué , je retournai dans leur rue. Japcrcus la dame aune jalousie, et j'en fus bientôt remarqué. Elle me fit signe du doigt qu'elle avoit quelqu'un avec elle, mais que je ne m'en allasse point. Je demeurai, et peut-être un quart d heure après je la vis sortir de chez elle, je la suivis de loin. Elle se rendit à la grande église, y entra; et l'ayant traversée pour gagner la rue des Patins, et de là celle des Merciers, elle se glissa dans une boutique, d'où elle m'appela par signes. Je m'approchai d'elle et la saluai. Que la matoise joua bien son personnage ! Elle fondit tout-à-coup en pleurs décommande; et se plaignant au ciel d'avoir un si méchant frère, elle me témoigna la vive douleur qu'elle avoit eue pour l'amour de moi. Elle me jura cent et cent fois que ce n'étoit pas sa faute s'il m'étoit arrivé une si triste aventure. Elle me dit ensuite que, pour me consoler de la mauvaise nuit que j'avois passée, elle m'en préparoit une meilleure; que son fière alloit partir dans un moment pour la campagne , ou il seroit au moins deux jours, et que je navois ce soir-là qu'à retourner chez elle ; enfin elle me parla de façon qu'elU:

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