‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 2)Chapitre 121 sur 311 · LIVRE III , CH.4P. I · texte numérisé non relu

LIVRE III , CH.4P. I

souffriront pas que je ilcmeure comme je suis; ils ne voudront pas que je leur lasse déshonneur. Ne perdons point de temps, hàtons-nous de nous faire connoître , pour sortir proniptement de misère.

Me voilà donc à chercher mes parents, et à demander le chemin de leur maison , en me vantant publiquement d'être de leur famille ; ce qui leur fut bien tôt rapporté par des gens qui ne les aimoient guère, et qui , jugeant que la vue d'un jeune homme si mal équipé ne leur feioit pas g)'and plaisir, s'étoient empressés à leuiporter cette agréable nouvelle. Bles généreux parents en furent au désespoir. Il leur sembloit que ma pauvreté les couvroit d infamie; et je ne voudrois pas jurer que s ils eussent pu , sans se conunettre , me faire poignarder, ils n'y auroient pas manqué ; outre qu'ils n'eussent fait en cela que suivre l'usage de ce pays-là. Mais comme on s'entretenoit déjà de moi dans toute la ville , et que l'on s'y souvenolt encore de mon père, si Ion meut vu tout-àcoup disparoître, on n'en auroit pas demandé la cause.

i( Ne sois pas scandalisé, lecteur, de la mauvaise opinion que j'ai de mes parents. Je m'imagine quà leur place tu ne ferois pas autrement queux. Si:ppose-toi [)()ur un moment aussi riche qu'ils l'étoient, et me dis de quelle façon tu recevrois un gueux qui, tout-à-coup tombé des nues , viendroit te saluer au milieu d'une rue , en te disant : Bonjour, mon oncle ; je suis fds de votre frère ou de votre mère : tu trouverois cela bien mortifiant. J'eus l'imprudence de me présenter publii[uement devant eux ; aussi je n'en abordai pas un qui ue me traitât d'imposteur et de fripon. Ils accompa-

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gnèrent même de menaces ces deux épithètes. Croyeznous , me dirent-ils , ne vous arrêtez point à Gênes , de peur d'y passer fort mal votre temps. J'avois beau nommer mon père , et protester qu'il avoit tenu son rang parmi les nobles Génois , tous ses mauvais parents Tavoient oublié.

Je rencontrai pourtant un soir certain vieillard, qui, sans se découvrir, m'aborda d'un air doux et honnête. Mon fils, me dit-il, n'est-ce pas vous qui avez sujet de vous plaindre de quelques personnes titrées qui ne veulent pas vous reconnoître pour un homme de leur sang.'' Je répondis qu'oui, et je lui dis qui étoit mon père. Vous me parlez, reprit le vieillard, d'un noble que j'ai vu autrefois. Il est constant qu'il a dans cette ville des parents qui sont des gens considérables. Je vous dirai même que je connois un banquier qui doit avoir été des amis de votre père, et qui demain, cai" il est trop tard aujourd'hui , vous mettra au fait de toute votre famille. En attendant que je vous mène chez lui , continua-t-il , venez loger dans ma maison ; je suis indigné de l'accueil que vos cousins vous ont fait ; ils dévoient plutôt vous recevoir avec affection, i Mais suivez-moi , et comptez que le banquier vous vengera bien de leur dureté.

J'acceptai l'offre que ce bon vieillard me faisoit de me donner un logement , en rendant grâce au ciel d'avoir fait une si heureuse rencontre. Je n'avois garde de me défier d'un pareil personnage. Il avoit l'air grave et débonnaire ; sa tête chauve et sa barbe blanche rendoient sa mine vénérable. Il s'appuyoit sur un bâton, et portoit une longue robe: je le regardois comme un autre

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