‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 2)Chapitre 165 sur 311 · LIVRE III , ClIAP. XI · texte numérisé non relu

LIVRE III , ClIAP. XI

Tout désagréable pourtant qu'il m'étoit de me voir dans l'eau , et de me sentir arroser la tête , sans que je pusse m'en défendre, les réflexions que je faisois sur les suites fâcheuses qu'auroit peut-être cette aventure , ne m'affligeoient pas moins que ma situation présente. Misérable Guzman , disois-je , tu te vois donc pris au trébuchet! Le mari de Fabia ne manquera pas de te demander demain ce que tu es venu faire dans sa maison. Que répondre à cela ? Si tu dis la vérité , pour la première fois de ta vie que tu l'auras dite , tu rendras ton maître avec toi la fable de Rome. Quelle réponse ferastu donc ? Il faudra que tu dises que c'est Nicoleta qui t'y a fait entrer , et que tu as promis de l'épouser : si l'on veut t' obliger à tenir ta parole, tu sauteras le fossé ; il vaut encore mieux que ce malheur t'arrive , que de te faire disloquer les os dans les tourments qu'où te feroit souffrir pour te faire parler. Mais qui sait si l'on se contentera de te donner la question ? Peut-être qu'on n'en fera pas à deux fois, et qu'on m'enterrera dans ce vilain cimetière. Je dois tout craindre d'un mari italien.

Je fus agité de ces affreuses imaginations jusqu'à la pointe du jour : alors je crus entendre que l'on ouvroit doucement la porte de l'arrière-cour ; et je m'en réjouis d'abord ^ dans la pensée que c'étoit la soubrette ou sa maîtresse qui venoit par pitié me tirer de ma prison ; mais c'est à quoi l'une et l'autre songeoient le moins. Véritablement la porte n'étoit plus fermée ; et de quelque côté que je tournasse la vue , je n'apercevois personne. Je me retrouvai dans la cour que j'avois traversée la nuit; et, ayant ouvert une petite porte qui n'étoit que

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poussée, je me vis dans la rue, ou plutôt dans la même ruelle où la soubrette m'avoit donné rendez-vous ; je reconnus aussi la fenêtre par oîi elle m'avoit parlé ; et me représentant alors toute la supercherie qu'on m'avoit faite , je remerciai le ciel de n'avoir pas été plus maltraité. Je retournai promptement vers notre hôtel \ je gagnai mon appartement, où , m'étant mis nu comme la main , je me jetai sur mon lit, après mètre enveloppé dans mes couvertures , pour rappeler la chaleur que Ihunùdité de mes habits m'avoit ôtée.

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