‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 2)Chapitre 203 sur 311 · iO CU'/.MAX DALFARACHE · texte numérisé non relu

iO CU'/.MAX DALFARACHE

il y avoit plus de désordre que de négligence : elle étoit pâle, défaite, et ses yeux paroissoient encore humides des pleurs qu'elle avoit versés ; enfin il sembloit que ce fût une autre personne. De mon côté, je n'étois pas moins changé qu'elle. Aussitôt que sa parente m'aperçut, elle sortit d'un cabinet où ces deux dames s'entretenoient, et se retira dans sa chambre, pour me laisser en liberté avec ma veuve , qui commença par répandre des larmes en me regardant : Savez- vous, me dit-elle, toutes les infamies qu'on fait courir de vous dans Florence.'' Oui, madame , lui répondis-je d'un air fort mortifié : les noires calomnies que mes ennemis veulent employer pour me perdre sont venues jusqu'à moi ; et dans une heure je pars pour Rome, d'où je serai de retour dans cinq ou six jours avec des certificats qui confondront ces calomniateurs. Ces paroles la consolèrent un peu. Elle me conta tout ce que ses parents lui avoient dit de ce gueux , les horribles discours qu'il avoit tenus à toutes les personnes qui s'étoient avisées de l'interroger ; et elle finit par la curiosité que le grandduc avoit eue d'entendre ce malheureux.

Je laissai parler la dame, tant qu'il lui plut, sans l'interrompre ; car j'étois si troublé de cette aventure, que je ne pouvois rien dire que de fort mal à propos. Je levois les épaules , je poussois de longs soupirs en regardant le ciel, et je faisois mille démonstrations qui lui persuadoient mieux la fausseté de ces bruits que toute l'éloquence humaine n'auroit pu faire. Ne vous affligez point ainsi sans modération, me dit-elle tendrement ; je vous ai aimé sans vous connoître ; et quand vous ne seriez pas ce que je crois que vous êtes, je sens

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