LIVRE IV , CHAP. VI
ajoutai-je avec un profond soupir , je partirois content, si je voyois encore une fois ma belle veuve. Je m'attendois à trouver Sayavedra s'opposer fortement à mon envie; tout au contraire, il eut la complaisance de me dire qu'il me procureroit cette satisfaction, lorsque nous serions prêts à monter à cheval.
Dans le temps que je témoignois à mon confident que j'étois charmé d avoir en lui un homme tout dévoué à mes volontés , l'hôte monta pour me dire qu'une demoiselle me demandoit. Je fus d'abord effrayé , car tout me faisoit peur dans la situation où j'étois ; cependant je me rassurai en reconnoissant dans cette demoiselle une suivante de ma veuve. Cette fille me remit un billet de sa maîtresse où il n'y avoit que ces mots : Je vous attends chez ma cousine pour vous communiquer des choses de la dernière importance. Adieu. Je dis à la soubrette que je serois dans un moment chez la parente en question; et quand elle fut sortie, me tournant vers Sayavedra : Voilà , m'écriai-je , tout ce que je désirois! Je sais bien qu'il m'en coûtera cher pour soutenir la conversation d'une dame que j'adore et que je vais quitter pour jamais : il n'importe; je veux la voir, dussé-je en mourir de douleur. Je chargeai donc de tout mon fidèle écuyer , qui me dit : Soyez tranquille sur les opérations que je dois faire, et soyez assuré que dans une heure et demie, tout au plus tard, je serai avec des chevaux de poste aux environs de la maison où vous allez.
Les choses ainsi réglées entre Sayavedra et moi , je me rendis à l'endroit où ma veuve m'attendoit. Dans quel état s'offrit-elle à ma vue! dans un déshabillé où