‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 2)Chapitre 230 sur 311 · LIVRE V , CHAI'. II · texte numérisé non relu

LIVRE V , CHAI'. II

je VOUS ai confié. Quel or et quel argent ? répondit-il. Oh ! oh ! repris-je , vous verrez que j aurai rcvé cela ; sur mon àme , celui-là n'est pas mauvais. Celui-ci est encore meilleur , repartit le banquier , de vouloir que je rende ce qu'on ne m'a point donné. Cessons , lui disje, s'il vous plaît, cessons de badiner; ce badinage n'est pas de mon goût. C'est vous-même qui vous égayez , me dit-il. Je me souviens bien que ces jours passés vous vîntes dans ma boutique, et qu'une heure après vous deviez mettre en dépôt chez moi douze mille francs ; mais vous m'avez manqué de parole. C'est vous , lui répliquai-je , qui manquez de mémoire : je vous les ai mis entre les mains , et je ne sortirai pas d ici que vous ne me les ayez rendus dans les mêmes espèces que, je vous les ai Hvrés. Passez votre chemin , s'écria-t-il , vos discours commencent à m impatienter ; je ne vous connois point , et je n'ai jamais eu rien qui tût à vous : allez chercher votre argent où vous l'avez porté.

Comme de moment en moment nous le prenions, le banquier et moi , sur un ton plus haut , tous les voisins prêtoient une oreille attentive à notre contestation , et les passants s'arrêtoient pour nous écouter , se demandant les uns aux autres le sujet de notre dispute. Pour les en instruire je me mis à crier à pleine tête : O traître ! o voleur infâme ! que la justice de Dieu et celle des hommes s unissent pour te punir ! Quand je t'ai confié mes pistoles et mes écus tu m'as reçu bien gracieusement ; et aujourd'hui que je viens te prier de me les rendre, tu feins de ne savoir qui je suis, et tu prends le parti de nier effronténient le dé[rôt : fais-le tout ' l'heure apporter sur cette table, ou je te larracherai

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de l'ânie ! Le banquier, de son côté, m'apostrophoit dans les termes que je méritois, et des injures, insensiblement nous en vînmes aux voies de fait. Il voulut me chasser de sa boutique en me poussant rudement par les épaules. Je le repoussai d'une si grande force que je le jetai par terre. Alors Aguilera vint fondre sur moi d'un air furieux , et me donna quelques gourmades , que je lui rendis, de façon que plusieurs spectateurs de notre combat furent obliofés d'entrer dans la boutique pour nous séparer. Le commis , se voyant retenu par des personnes qui l'empêchoient de me rejoindi^e , se débattoit entre leurs mains comme un possédé ; et moi , les yeux étincelants de rage et la bouche écumante , je le défîois de m'approcher.

Il y avoit déjà pxès d'une heure que cela duroit , lorsque le hargello , par hasard , ou peut-être parce que quelqu'un l' avoit été avertir de ce qui se passoit, parut, et fendant lapi'esse, arriva dans la boutique. Il demanda d'abord le sujet de notre différend. Je voulus aussitôt le lui conter, et le banquier prit en même temps la parole pour dire aussi ses raisons. Le bargello nous fit taire tous deux ; puis s'étant informé qui étoit le plaignant , il me dit de parler le premier , et qu'après cela il donneroit audience à mon adversaire. A ces mots , un grand silence succéda au bruit : tous les assistants se préparèrent à m'écouter. Il y a six jours, dis-je au bargello, que je vins dans cette boutique sur les dix heures du matin ; je priai le seigneur Jérôme Plati de trouver bon que je remisse entre ses mains une somme assez considérable d'argent dontj'étois chargé , et que je ne croyois pas trop en sûreté dans l'hôtellerie où je suis

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