‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 2)Chapitre 268 sur 311 · I,IVKE VI , CHAP. II · texte numérisé non relu

I,IVKE VI , CHAP. II

glissai dans la main le soir dans l'appartement de ces dames, qui furent encore régalées à mes dépens par rhôtesse, et cette fois-là on me répondit, fort laconiquement à la vérité , car il n'y avoit que deux lignes , qui ne signifioient rien , et que je ne laissai pourtant pas de trouver très-spirituelles. C'est ainsi qu'on me tenoit la dragée un peu haute pour irriter mes désirs 5 ou, pour mieux dire, toute cette manœuvre étoit l'ouvrage de notre bonne hôtesse , qui, travaillant pour et contre dans cette intrigue , faisoit jouer des deux côtés à son profit les personnages qu'il lui plaisoit. Je vivois cependant de jour en jour plus familièrement avec ma belle voisine , et je ne sortois presque plus, tant j'étois retenu au logis par l'agrément de la voir presque toute la journée. La mère alloit sovivent le matin solliciter , à ce qu'elle disoit , son procès ; et lorsque cela arrivoit , mon officieuse confidente venoit m'en avertir , m'introduisoit sans façon chez la fille, quej'entretenois à sa toilette; et de peur que la facilité d'avoir de pareilles conversations ne m'y rendît moins sensible, elle les troubloit quelquefois en venant m' annoncer faussement que la mère revenoit.

Lorsque ma confidente jugea que j'étois fortement épris , elle me proposa d'épouser dona Helena de Melida ; c'est ainsi que se nommoit la jeune personne que j'aimois. Cette proposition me tint en garde contre l'hôtesse , dont je pénétrai alors le système. Elle m' avoit si fort vanté les biens et la noblesse de cette dame , que je ne pouvois raisonnablement espérer qu'on voulût la sacrifier à un homme que* l'on ne connoissoit point. Ma confidente me devint suspecte , et pour me débarrasser GiizMAi.". 35

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de ses importunités sur ce point, je lui dis franchement que j'avois pris ailleurs des engagements qui ne pouvoient être rompus. Sitôt que j eus déclaré mes sentiments sur cet article , les dames changèrent de conduite à mon égard : elles avoient jusque là refusé tous les présents que l'hôtesse leur avoit offerts de ma part ; elles se mirent sur un autre pied ; elles résolurent de plumer l'oiseau , et eurent l'adresse de lui tirer de bonnes plumes de l'aile. 11 est vrai qu'à mesure que je me montrois plus généi^eux, ma belle Hélène devenoit moins réservée; si bien qu'après quelques entretiens familiers que j eus avec elle , ma passion se ralentit, et il n'y eut plus entre nous qu un commerce de politesse et d honnêteté.

Un nouvel incident acheva de me guérir. Un matin je vis sortir de l'égUse des Dominicains, où j'allois entendre la messe , une dame d'une taille majestueuse et très-richement habillée. Je la pris pour une personne de qualité ; et comme elle passa près de moi , si je n'osai la saluer , en récompense je la regardai d'un air si respectueux que je m'attirai son attention. Elle parcourut des yeux toute ma personne; de quoi je me sentis fort honoré , en Espagne un regard qu'une femme fait tomber sur un homme étant une faveur. Je fus curieux d'apprendre qui elle étoit; je la suivis. Elle s'en aperçut , et continua son chemin d'un air toujours grave. 11 y avoit derrière elle deux suivantes et un estafier, ce qui me confirmoit dans l'opinion que j'avois qu'elle ne pouvoit être qu'une dame de condition. Quand elle fut au milieu de la grande rue , elle s'arrêta devant une maison parfaitement belle, et y entra. Je

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