‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 2)Chapitre 27 sur 311 · LIVRE I , CHAP, VI. ;)J · texte numérisé non relu

LIVRE I , CHAP, VI. ;)J

justifier avant que l'on accuse se rend suspecte , je jugeai qu'il y avoit de la friponnerie là-dedans. Dès que mon imagination fut une fois prévenue contre lui , la vue et l'odeur de son vilain veau commencèrent à me faire mal au cœur ; je ne pus demeurer plus long-temps à table , et je me levai en attendant qu'il plût à l'ânier d'en faire autant ; ce qui arriva bientôt. Quoique le morceau de veau fût une pièce de résistance, mon compagnon n'en fit qu'un fort léger repas: après quoi je lui dis de compter avec Ihôte , pour savoir ce que nous devions ; mais il me répondit d'un air honnête que c'étoit si peu de chose qu'il se chargeoit de le satisfaire , que je ne devois point m'embarrasser de cela.

Ce procédé noble d'un ânier me surprit extrêmement , ou pour mieux dire me charma; si j'eusse été bien en espèces , je me serois sans doute piqué d'honneur : je n'aurois pas souffert qu'il eût payé pour moi ; mais ma bourse étoit si plate , qu'il ne me convenoit point de disputer de générosité : je le laissai donc sans façon faire tous les frais ; par reconnoissance je l'aidai à étriller, à frotter, à mener boire ses ânes, à leur faire manger leur orge , et à les accommoder. 11 n'y avoit rien que je ne fusse prêt à faire pour lui marquer jusqu'à quel point j'étois pénétré de ses belles manières à mon égard.

56 GUZMAN d'aLFaHACHE.

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