CHAPITRE VII
L'hôte vole le manteau de Guzman. Grande rumeur dans l'hôtellerie.
Pour être plus propre à rendre service à mon ami rânier, et mieux l'aider à mettre ses ânes en état de partir, je fis un paquet de mon manteau que je posai sur un banc ; mais , peut-être un quart-d'heure après , ayant jeté la vue de ce côté-là , je m'aperçus que mon manteau n'y étoit plus : cela m'alarma d'abord ; néanmoins je ne m'en mis pas fort en peine , croyant que l'hôte ou l'ânier l'avoit caché exprès pour me le faire chercher et se divertir un peu de l'inquiétude que cela me causeroit.
Je ne pouvois soupçonner que ces deux hommes de m'avoir fait ce tour, attendu qu'il n'y avoit qu'eux qui fussent entrés dans l'écurie où mon manteau avoit été pris. Je le demandai premièrement à mon camarade , qui me dit qu'il ne s'amusoit point à ces sortes de jeux. Je m'adressai ensuite à l'hôte, qui d'abord eut recours aux serments pour me persuader qu'il n'avoit aucune part au vol dont je lui parlois : là-dessus je me mis à chercher mon manteau dans la maison \ je la parcourus depuis le bas jusqu'en haut , sans oublier le moindre endroit qui pouvoit le receler : j'accusois de ce larcin , dans le fond de mon âme , notre hôte , dont la seule physionomie justifioit mon accusation.