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dona Mai'ia, pour la lui amener: elles s'embrassèrent toutes deux à plusieurs reprises , et avec des témoignages d'amitié que j'admirois dans une belle-mère et dans une bru.
Pour célébrer notre réunion , ma mère nous donna chez elle quelques repas , que nous lui rendîmes chez nous à notre tour. Comme j avois besoin d'une vieille routière telle qu'elle étoit pour enseigner à ma femme les manières coquettes des dames de Séville , où la galantel'ie avoit des usages différents de ceux d'Alcala et de Madrid, je lui proposai de venir demeurer avec nous , en lui représentant qu'elle y seroit plus agréablement et plus à son aise qu'elle n'étoit. Elle me fit comprendre par sa réponse qu'elle ne pouvoit se résoudre à quitter sa fille d'adoption ,• et que d'ailleurs elle appréhendoit de ne pouvoir s'accorder long-temps avec mon épouse. Je levai le premier obstacle en consentant de recevoir aussi chez moi la personne dont elle ne pouvoit se séparer. Vous n'y pensez pas, mon fils, me dit ma mère; vous connoissez encore bien peu les femmes. Croyez-vous que deux créatures aussi vives que Pétronille et dona Maria puissent vivre seulement un mois ensemble sans se brouiller , et même sans mettre le feu de la discorde dans toute la maison ?
Je ne laissai pas toutefois de vaincre la répugnanc(; que ma mère avoit à m'accorder la satisfaction que je lui demandois. Il est vrai que je ne l'obtins d'elle que sur l'assurance que je lui donnai, qu'elle trouveroit toujours dans ma femme une fille soumise à ses volontés; encore vint-elle toute seule loger avec nous , aimant mieux que Pétronille demeurât chez elle, que de sex-
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poser, en ramenant, à faire naître des divisions dans la fiiniille. Au commencement, comme on dit, tout est beau. De lun et de l'autre côté, c'étoit à qui feroit paroître plus de complaisance. Si la belle - fille îivoit toutes les attentions du monde pour la belle-mère , la belle-mère cherclioit à prévenir les désirs de la bellefille; elles ne se parloient toutes deux qu'avec douceur; et si leur bonne intelligence eût duré , il seroit tombé sur nous une pluie dor. Mais malbeureusement , au bout de trois mois, tout changea de face au logis. Ces mêmes dames , qui s'étoient si bien accordées jusque là , commencèrent à tenir une autre conduite ; ma mère voulut gouverner despotiqnement , ma femme ne le put souffrir. Elles se brouillèrent, et leur brouillerie alla si loin , que la paix fut bannie delà maison. Elles disputoient et se querelloient à chaque moment du jour. Quelquefois, croyant rétablir entre elles l'union, je m'érigeois en arbitre de leurs différends , et prenois le parti de celle qui avoit raison ; alors Vautre , quelque tort qu'elle eût, me sachant très-mauvais gré de la condamner, m'apostrophoit dune manière qui faisoit peu d'honneur à l'arbitraee.
Une chose encore contribuoit à entretenir leurs dissensions. Les vaisseaux qu'on attendoit des Indes n' arrivoient point; l'argent devenoit rare, et par conséquent les profits de galanterie ne pouvoient être que fort médiocres. Il falloit néanmoins qu'on fît toujours la même dépense dans notre ménage , dona Maria n'étant pas d'humeur à entendre parler d'économie ; j'étois même obligé, pour la contenter, de lui acheter des habits tous les jours. Nos fonds diminuoient à vue d'œil, et nos
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cliaolins augmentoieni. ^Sious avions compté sur les marchands du Pérou , qui ne venoient pas ; et ce n'étoit ([ue dans 1 espérance de disposer de leurs piastres que nous avions pris un si haut vol. Ma femme, à qui j avois donné une grande idée de l'opulence et de la générosité de ces négociants, n'en pouvoit détacher son esprit ; et , dans 1 impatience qu'elle avoit de les voir arriver, elle me reprochoit leur retardement, comme si j'en eusse été la cause ; tout retoinboit sur moi.
Pour comble de bonheur, je fis connoissance avec un Itahen, capitaine d'une galère napolitaine. 11 avoit eu ordre de la cour de se rendre à Malaga, pour transporter Vévêque de cette ville à Naples; et n'ayant pas trouvé ce prélat prêt à s'embarquer, il venoit, en attendant, àSéville, chercher des marchands qui eussent des marchandises de conséquence à faiie passer en Italie, ainsi que cela se pratique. Je le rencontrai par hasard, dès le second jour de son arrivée, chez un négociant; et comme il ne parloit qu'italien, faute de pouvoir s'expliquer en espagnol, qu'il entendoit pourtant, je leur servis de truchement dans l'entretien qu ils eurent ensemble. L'officier fut ravi de voir un homme qui parloit sa langue aussi bien que lui; et il se faufila si bien avec moi, qu'il ne voulut plus me quitter. Il avoit de l'esprit, et il étoit très-agi'éable de sa personne. Je le menai chez moi, et le présentai à ma femme, qui ne manqua pas de le charmer. Il nous fit de petits présents, et nous en aurions reçu de lui de plus considérables, s'il eût eu plus de temps à demeurer à Séville; mais il n'osa y faire un plus long séjour, dans la crainte de laire attendre l'évèquc de Malaga, et de se gâter dans l'esprit
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du premier ministre. Ce 11 'e toit pas sans peine qu'il se voyoit obligé de s'éloigner de dona Maria ; et je doute qu'il eût pu s'y résoudre, s'il n'eût pas trouvé moyen de concilier son amour avec son devoir, en engageant ma chaste épouse à m' abandonner pour le suivre en Italie j ce qu il fit fort bien sans truchement.
Après tout, je crois qu'il ne lui fut pas difficile de la déterminer à faire cette démarche. Outre que ma femme étoit plus que jamais mécontente de ma mère , et qu elle m'avoit pris en aversion , pour lui avoir le plus souvent donné le tort dans leurs démêlés, elle ainioit le changement; je suis persuadé que le capitaine qui 1 enleva ne tarda guère à s'en apercevoir. Quoi qu'il en soit, au lieu de courir après elle, et de songer à la rattraper, ce que j'aurois pu faire en allant à Malaga, où je serois arrivé avant qu'il eût mis à la voile pour retourner en Italie, je fis pont d'or à mon ennemi. Bien fou qui court après sa femme qui l'a quitté. J'aurois plutôt remercié le ciel de m'g^voir délivré de la mienne, si, pour me rendre sans doute sensible à son éloignement, elle n'eût pas emporté avec elle tout ce qu'il y avoit de meilleur au logis; en quoi le capitaine l'avoit honnêtement aidée, sans que j'y eusse pris garde. Je n'en avois pas eu le moindre soupçon.