‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 2)Chapitre 38 sur 311 · LIVRE I, CHAP. IX. yC · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. IX. yC

d'expérience , il eût pris le parti de ne faire paroître son amour que par ses actions : néanmoins , comme il savoit que c étoit aux hommes à parler les premiers , il résolut enfin de se déclarer; il n'étoit plus embarrassé que de la manière dont il feroit cet aveu ; il y rêva longtemps ; et n'étant pas satisfait de ce qui lui venoit sur cela dans l'esprit , il se proposa de faire ce que sa passion lui inspireroit.

Dans ce dessein il se rendit chez la reine pour recevoir ses ordres , et lui demander la permission de dire adieu à Daraxa. La reine , qui se doutoit bien que ce jeune seigneur n'avoit pu voir impunément pendant deux jours une personne aussi aimable que la belle Maure , voulut avoir le plaisir d'être témoin de leur séparation. Ce que vous souhaitez est juste, dit-elle à don Alonse , puisque Daraxa est votre prisonnière ; mais elle est sous ma garde : je dois veiller sur toutes ses actions , et vous ne pouvez l'entretenir qu'en ma présence. Ces paroles le troublèrent, et luiôtèrent presque toute espérance de faire connoître à sa captive qu'en s'éloignant d'elle il alloit s'éloigner de ce qu'il avoit de plus cher au monde.

Il arriva toutefois que ce qu'il envisageoit comme un obstacle à l'accompUssement de ses désirs servit plutôt à les satisfaire. La reine, ayant fait venir la belle Maure , lui dit : Ma fille , car c'est ainsi qu'elle l'appeloit déjà par amitié , vous voyez un jeune guerrier que je crois plus à plaindre et plus prisonnier que vous ; il se fait un devoir de prendre congé de sa captive avant que de retourner au camp : je suis de ses amies , et je lui permets de découvrir devant moi les tendres senti-

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ments qu il peut et doit avoir conçus pour elle. Daraxa rougit à ce discours ; elle avoit été jusqu'alors tellement occupée de son malheur, qu'elle ne s'étoit point encore attachée à démêler les mouvements de don Alonse , ou , si elle y avoit fait quelque attention , elle s'étoit imaginée que la pitié , qui n'est jamais sans tendresse , la faisoit agir toute seule : outre cela , elle avoit le cœur prévenu pour un autre; elle ne pouvoit voir Zuniga que d'un œil indifférent.

Elle ne laissa pas de répondre à la reine qu'elle n'oubheroit jamais les obligations qu'elle avoit à ce cavalier , et que, n'étant pas en état de les reconnoître autrement que par des vœux , elle souhaitoit qu'il n'eût pas le malheur d'être fait prisonnier, ou que, si cette infortune lui arrivoit , il fût du moins aussi bien traité qu'elle l'étoit. La reine, curieuse d'entendre la réponse que don Alonse feroit à ce compliment , ne voubit point répliquer, pour lui donner lieu de parler; mais ce jeune seigneur , dont on admiroit tous les jours à la cour les reparties brillantes , demeura comme embarrassé, soit que l'amour dans ce moment l'agitât avec trop de violence , soit qu'il fût gêné par la présence de la reine. Il répondit seulement à Daraxa que , quelque disgrâce qu'il pût éprouver , il se croiroit trop heureux s'il pouvoit avoir l'honneur de se dire son chevalier , et qu'il venoit avant son départ la prier de lui accorder cette grâce. Cela ne se refuse point dans ce pays-ci, dit alors la reine, tant pour échauffer la conversation que pour faire plaisir à Zuniga ; et Daraxa pourroit trouver en elle-même plus d'une raison pour y donner son consentement. Madame , répondit la belle Maure , j'en trou-

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