‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 2)Chapitre 57 sur 311 · LIVRE I, CHAP. IX · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. IX

toutefois il y avuit dans cette bizarre mascarade un je ne sais quoi qui la ravissoit. Elle fit à sa lettre une réponse qu'elle remit à 1 adroite Laïda, qui sut si bien prendre son temps, qu'elle la rendit sans que personne s'en aperçût. Un commencement si heureux donna du goût au seigneur Ambroise pour le métier de maçon. Effectivement, Daraxa se tint presque tout le jour à sa fenêtre pour le voir passer et repasser; de sorte qu'en allant et en revenant, c'étoit toujours quelques petits signes qui avoient mille charmes pour deux amants si délicats.

Les choses demeurèrent quelques jours dans cette situation ; don Louis ne manquoit pas tous les soirs daller exciter par sa présence les ouvriers à travailler, et il remarquoit qu'Ambroise étoit celui de tous qui s'épargnoit le moins. Il conçut de l'affection pour lui à cause de cela; et croyant qu'il en feroit un bon valet, il s'approcha du maître maçon pour lui demander qui lui avoit donné ce manœuvre. Un artisan de la ville me la amené, répondit le maître, et j'en suis trèscontent. Sur ce témoignage, le marquis tirant à part Ambroise, auquel il n avoit point encore parlé, l'interrogea pour savoir d'où il étoit. Notre manœuvre lui répondit, de l'air le plus grossier qu il put affecter, qu'il étoit Aragonais d'origine, et lui fit ime histoire qui ne démentoit point celle qu'Orviedo avoit déjà faite au maître maçon. Don Louis y trouva beaucoup de vraisemblance, et il lui sembla même que ce garçon avoit pris l'accent de ce pays- là. Qui étoit votre patron à Grenade, lui demanda-t-il encore ? et à quoi vous employoit-ili' Seigneur, repartit Ambroise, j'y servois

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un gros marchand qui avoit un fort beau jardin, et j'avois soin de ses fleurs. Vous savez donc cultiver les fleurs? s'écria le marquis, j'en suis ravi. J'ai besoin d'un honmie pour les miennes , et il y a plus de trois mois que j'en fais chercher un, attendu que mon jardinier ne s'entend point à cela : ainsi, mon ami, je . vous donnerai de bons gages si vous voulez me servir , et j'aurai soin de votre fortune, pourvu tjue vous soyez fidèle , et que vous remplissiez votre devoir avec exactitude.

A ces mots, notre feint Aragonais témoigna par des démonstrations, plutôt que par des paroles, qu'il étoii très-sensible aux bontés de ce seigneur, et qu'il s'attacheroit à les mériter par sa bonne volonté. Cette affaire fut bientôt conclue, et don Louis dit à son nouveau domestique : Vous n'avez qu'à quitter votre tablier et prendre congé de votre maître; Amenez ici demain, et l'on vous fournira tout ce qui sera nécessaire pour la culture de mes fleurs.

Ambroise n'est donc plus maçon; il est jardinier du marquis de Padilla, qui ne le vit pas plus tôt arriver le jour suivant, qu'il se mit à lui prescrire la conduite qu'il avoit à tenir pour demeurer long-temps dans sa maison. Il s'étendit particulièrement sur le respect infini qu'il lui recommandoit d'avoir pour les dames, et sur le soin qu'il devoit prendre d'éviter tout commerce avec les femmes de service. Il appuya d'autant plus sur cet article, qu'il trouvoit ce garçon bien fait de sa personne , malgré les mauvais aiis qu'il affectoit de se donner.

Le patron, apiès toutes ces leçons rpii ne faisoicnt

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