‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 3)Chapitre 104 sur 227 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Enlèvemenr de la belle Fleur-de-Lys. Prise de la ville d'Alhraque; el comment Angélique en sortit pour aller chercher du secours.

Ils Tinrent donc tous'deux pied à terre: la belle Fleurde-Lys s'assit sous un chêne assez touffu, et le seigneur deMontauban s étendit sur l'herbe à quelques pas d'elle. Pendant qu'ils s'entretenoient, un monstrueux centaure, qui passa près d'eux, saisit la dame avec tant de promptitude , qu'à peine le chevalier put l'apercevoir , et l'emporta sur sa croupe le long de la plaine, en courant d une vitesse pareille à la flèche qu'un fort archer a décochée.

Le paladin, aussi surpris qu'affligé de ce subit enlèvement , se lève avec précipitation , court à Rabican , qu'il avoit attaché à l'arbre sous lequel il étoit assis , et saute en selle avec une légèreté surprenante. Avec quelle ardeur ne souhaita - t - il point alors son fidèle Bayard ! car il ne connoissoit point encore Rabican , et le centaure étoit déjà loin ; mais aussitôt que , lâchant la bride à son nouveau coursier , il le mit sur les traces du ravisseur , il sentit qu'il en avoit mal jugé ; il fut même contraint de ralentir lui-même la rapidité de sa course, de peur qu'elle ne lui devînt fatale. Rabican lui faisoit perdre la respiration , tant il alloit vite, et il atteignit bientôt le centaure. Ce monstre , se voyant sur le

aaS ROLAND l'amoureux.

bord d'un flexive, et poursuivi si vivement , se jeta dans l'eau avec la dame effrayée , qui , par milîe cris , imploroit le secours de son défenseur. Renaud, sans hésiter, poussa son cheval dans le fleuve, etjoignit le ravisseur au milieu. Le centaure ne s'attendoit pas à une si ardente poursuite. Il abandonna la dame au courant de l'eau , pour être plus en état de se défendre; et , se retournant vers le chevalier , il lui déchargea sur la tête un pesant coup de massue , qui l'étourdit : heureusement l'armet de Membrin garantit d'un plus grand péril le fils d'Aymon. Il se remit ; et, moins touché du coup qu'il venoit de recevoir que de la perte de Fleur-deLys , il se précipita plein de fureur sur le centaure , et lui porta plusieurs coups de Flamberge. Véritablement le monstre n'avoit le corps couvert que d'un poil sauvage ; sa peau néanmoins étoit plus dure que les plus fortes armes ; cela rendit le combat un peu plus longquelechevalier nes'y étoit attendu: mais enfin il blessa le centaure, et le renversa dans le fleuve , où ce monstre expira , en mêla,nt son sang avec les eaux.

D'abord que ce guerrier se fut défait de son ennemi , il chercha des yeux la maîtresse de Brandimart ; et , ne l'apercevant point, il coupa une longue branche avec laquelle il se mit à sonder le fleuve , mais inutilement. Il en avoitune douleur inconcevable, et se reprochoit à lui-même la perte de cette dame. Après en avoir fait une exacte recherche , il demeura persuadé qu'elle avoit péri dans ce fleuve ; il s'éloigna de ce lieu , et reprit son chemin du côté que Fleur-de-Lys le conduisoit auparavant.

Retournons présentement à la ville d'Albraque , où

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