‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 3)Chapitre 106 sur 227 · I-IVUE ili, CHAP. II, aSi · texte numérisé non relu

I-IVUE ili, CHAP. II, aSi

pas péri tlaus le fleuve; elle savoit nager [)ariaite{îienl; elle s étolt abandonnée au courant, qui l'avoit emportée jusqu'au château du vieillard, où on la retenoit. Quand la princesse du Gathay parut devant les dames qui y étoient renfermées, et qui s'en tretenoient ensemble de leurs infortunes, elles l'environnèrent pour l'admirer, en déclamant contre la perfidie du vieillard, qui préparoit un indigne sort à une personne si parfaite.

Elles se racontèrent Tune à l'autre de quels artifices ce traître s'étoit servi pour les surprendre ^ et celle qui paroissoit la plus inconsolable, cétoit la maîtresse de Brandlmart. La fille de Galafron , par une secrète sympathie qu'elle se sentit pour cette dame, s'intéressant plus à son sort qu'à celui des autres , s'informa des circonstances de son malheur; à quoi Fleur-de-Lys satisfit, en lui apprenant la perte de son amant , et de quelle manière il étoit enchanté dans le château de Dragontine , avec la lleùr de tous les guerriers du monde, le comte Roland et les autrfes chevaliers. Sur la fin de son récit, la porte du château vint à s'ouvrir; cétoit pour donner entrée aux gens de guerre du royaume d'Altin , qui venoient quérir les dames que le vieillard leur devoit livrer.

Angélique prit ce temps pour sortir par la vertu de son anneau, qui la rendit invisible. Ce que Fleur-de- Lys venoit de lui dire lui lit prendre le dessein d'aller délivrer les fameux guerriers que Dragon tine tenoit enchantés, les regardant comme un puissant secours. Dans cette résolution , elle marcha jour et nuit, et arriva enfin au Ueuve de l'Oubli : elle mit dans sa bouche sa bague enchantée, et entra dans le château sans être vue de la

ROLAND LAMOURiiUX.

magicienne. Le comte d'Angers étoit ce jour-là de garde avec le vaillant Hubert du Lion ; le roi Adrian et Grifon le Blanc discouroient ensemble, dans le salon, sur les causes et les effets de l'amour ; Aquilant le Noir et Clarion chantoient une chanson ; l'un faisoit le dessus , lautre la taille; et Brandimart , qui arriva , se mit aussi du concert, en faisant la haute-contre; mais le roi Balan s'entretenoit de guerre et de combats avec Antifort de la Blanche-Russie.

La princesse reconnut Roland à cet air noble et grand qui le distinguoit de tous les autres ; elle s'approcha de lui, et lui mit au doigt son anneau, pour dissiper son enchantement. Ce prince se reconnut aussitôt, et reconnut aussi la belle Angélique, qui le tenoit dans un oubli de lui-même encore plus grand que celui dont il venoit de sortir, et qu'aucune bague constellée ne pouvoit détruire. Transporté d'amour et de joie, il se jette aux pieds de la souveraine de ses pensées pour lui témoigner toute sa passion. La dame , profitant de la conjoncture , lui apprit comment Dragontine l'avoit privé de sa raison ; qu'elle venoit la lui faire reprendre, et implorer son assistance contre l'empereur Agrican , qui ravageoit ses états , et vouloit la forcer de se donner à lui. Il n'en falloit pas davantage pour enflammer le courroux du comte d'Angers contre cet orgueilleux rival : aussi assura-t-il la princesse qu'il la défen droit contre tous ceux qui voudroient la contraindre.

Après cette assurance, Angélique lui confia sa bague et lui enseigna la manière dont il devoit s'en servir pour désenchanter ses compagnons ; le paladin , étant au fait, prit au collet Hubert du Lion, et lui mit au

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