‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 3)Chapitre 111 sur 227 · LIVRE III, CHAP. III · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAP. III

perltir : tu ne saurois in échapper ; je veux moi seul mettre en pièces ce roc avec mon épée, foudroyer, renverser cette forteresse, et t'écraser sous ses ruines avec tous ceux qui sont complices de ta trahison. En prononçant ces paroles , il déchargeoit de si effroyahles coups de Durandal sur la porte du château, qu'il la fendoit avec les gros clous et les lames de fer dont elle étoit couverte ; il brisoit jusqu'à la pierre même du roc. Trufaldin , ne se croyant pas en svlreté contre un pareil ennemi , et s imaginant déjà sentir écrouler les fondements de la forteresse , prit le parti d'apaiser la colère du comte. Brave chevalier , lui dit-il en tremblant, je vous prie d'écouter mes raisons : si j ai offensé Angélique , l'injustice de Torinde et de Sacripant en est la cause 5 ils me querellèrent sans sujet; je les fis arrêter; cependant, quoiqu'ils aient tout le tort, ils ne me pardonneront jamais, si je les mets en liberté : je ne puis donc vous laisser entrer dans le château , si vous ne me jurez , vous et vos compagnons, par tout ce qu'il y a de plus sacré , que vous défendrez ma vie contre eux et contre tous ceux qui la voudront attaquer. Roland ne vouioit point faire ce serinent, qui luiparoissoit autoriser linjustice ; mais la princesse le conjura si fortement de tout promettre pour entrer, qu'il fit ce qu'elle souhaitoit.

Les sept chevaliers ne furent pas sitôt entrés , que Torinde et Sacripant sortirent de prison; ces deux princes avoient eu le temps de guérir de leurs blessures. Leur premier soin fut de rendre grâces à leurs libérateurs; ensuite ils songèrent à tirer raison de l'injure que Trufaldin leur avoit faite. Ils murmurèrent beaucoup , RoLvivD l'Amoureux, t. 16

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quand ils apprirent l'obstacle qui s opposoit à leur vengeance; et le mécontentement qu'ils en marquèrent auroit eu peut-être de fâcheuses suites, si la fille deGalafron ne leur eût représenté que leur différend alloit lexposer à la merci des Tartai'es. Elle les pria de vouloir du moins en remettre la discussion à un temps plus convenable. L'amoureux Sacripant , qui n'osoit déplaire à cette princesse , se conforma à sa volonté.

Il n'en fut pas de même de Torinde ; il ne pouvoit consentir à 1 impunité d'une action si noire: il dit que le comte d'Angers et ses compagnons n'avoient pas dû faire un semblable serment, et qu'en tout cas l'on n'étoit que trop dispensé de garder sa parole aux traîtres qui ne se faisoient point eux-mêmes un scrupule d'enfreindre les lois divines et humaines. Il se plaignoit aussi d Angélique : il disoit qu'il avoit pris les armes en sa faveur, et qu'elle étoit pourtant assez injuste pour prendre le parti d'un perfide. Comme il vit que tous ces princes, bien que touchés de la force de son discours, persistoient pourtant à dérober à son ressentiment le roi du Zagathay , il sortit du château tout en colère , en menaçant Trufaldin , et jurant par ses dieux qu'il punit oit ce lâche , malgré tous les chevaliers qui en prenoient la défense.

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