‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 3)Chapitre 110 sur 227 · LIVRE III, CHAP. III. 23C · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAP. III. 23C

tle se laisser fléchir aux prières de la princesse; mais, quand il vit que cet homme se montroit impitoyahle, la fureur le saisit; il sortoit des étincelles de feu par la visière de son casque.

Sur ces entrefaites, les chefs des ennemis qui suivoient les sept guerriers arrivèrent au pied du rocher. Agrican étoit à leur tête. Les rois Saritron, Rhadamante, Pohferne, Pandragon, Argante, Lurcon, Santarie, Aldan et Brontin , sans parler de plusieurs généraux, montèrent en haut du rocher pour y attaquer le comte et ses compagnons, malgré le grand nombre de traits que Trufaldin faisoit pleuvoir des créneaux sur les uns et sur les autres, sans distinction d'amis ni d'ennemis. Aquilant et Grifon attaquèrent en même temps l'empereur tartare, qui, se trouvant sur le penchant du roc, pensa être renversé de deux pesants coups qu'ils lui déchargèrent : il en demeura tout étourdi; et pendant qu'il étoit en désordie, les deux frères se préparoient à recommencer; mais les géants Argante et Rhadamante les prévinrent en les chargeant eux-mêmes. Rhadamante s'attacha de nouveau à Grifon, qu'il reconnut à ses armes blanches, et Argante se jeta sur Aquilant le Noir, Lurcon, Santarie, Poliferne et les autres chefs fie leur parti en vinrent en même temps aux mains avec Hubert du Lion, Clarion, Adrian et Brandimart.

Les défenseurs d'Angélique avoient pour eux l'avantage du lieu. Brandimart culbuta Pandragon et Poliferne du haut du rocher en bas ; nxais rien n'étoit égal au comte d'Angers, dans la fureur où Pavoient mis finsolence et l'injustice de Trufaldin ; les armes les plus

Ci4o ROLAND LAMOUREDX.

fortes ne rësistoient point à Durandal, maniée par un brgs si terrible; il fit voler la tête et le bras deBrontin d'un seul coup; et quoiquil n'atteignît Lurcon que du plat de son épée, parce qu'elle lui tourna dans la main, le casque de ce malheureux roi de Tendouc tomba à terre tout fracassé avec la moitié de sa tête. Santarie en frémit, tout brave qu'il étoit , et il servit aussi de victime à la colère du comte, qui le fendit jusqu'à la ceinture. Le paladin, retombant de là sur Rhadamante, qui traitoit rudement Grifon , coupa ce géant par le milieu du corps.

Ce coup prodigieux, en délivrant le fils d'Olivier du péril où il étoit avec un si dangereux ennemi, pensa être funeste à son frère Aquilant. Comme ce dernier combattoit alors fort près de là contre Argante le Démesuré, la partie supérieure du corps de Rhadamante, séparée de son tronc, lui tomba sur la tête, et pensa l'écraser de son poids. Argante s'apprêtoit à profiter de son désordre; il s'avançoit déjà sur lui pour l'accabler, lorsque Roland, qui s'en aperçut, prévint son dessein, en poussant du pied ce géant avec tant de force, qu'il le jeta sur Agrican, qui combattoit alors contre Brandimart. Argante, en tombant, renversa l'empereur, et ils roulèrent tous deuxjusqu'au pied du rocher.

Après cette expédition, les autres Tartares n'osèrent plus continuer le combat. Roland , voyant qu'aucun d entre eux ne se présentoit plus, se tourna vers Trufaldin, qui l'avoit toujours regardé des créneaux, et le menaça de la. plus ctf"uelle mort , s'il n'obéissoit à la princesse. Traître, lui disoit-il, si tu ne nous fais entrer tout à l'heure dans la forteresse, sois sûr de t'en re-

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