‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 3)Chapitre 115 sur 227 · LIVRE II£, CHAP. V. 2DI · texte numérisé non relu

LIVRE II£, CHAP. V. 2DI

d'armes; éloignez-vous plutôt : je ne voudrois pas vous voir mettre, pour l'amour de moi, votre courage à une si rude épreuve. Je ne suis point Roland, répliqua le fils d'Aymon en souriant, et toutefois je veux tenter cette aventure en faveur de deux amis si parfaits.

Comme le seigneur de Montauban achevoit de parler, il vit descendre du haut d'une petite éminence voisine un assez grand nombre de gens armés 5 ils étoient plus de mille; on apercevoit au milieu deux un chevalier et une dame liés comme des criminels qu'on mène au supplice. Le chevalier étoit monté sur son cheval et la dame sur sa haquenée; un homme de fort mauvaise mine, roux^ borgne, balafré, et plus gros qu'une tour, marchoit à la tète de cette troupe. Il se nommoit Rubicon. Renaud ne s'arrêta pas long-temps à les considérer; dès qu'il connut ce que c'étoit, il sauta sur Rabican sans mettre le pied à l'étrier, et, tirant Flartiberge, il fondit comme un foudre sur Rubicon, qu'il coupa en deux par le milieu du ventre; il pénétra ensuite jusqu'aux victimes en faisant un horrible carnao-e de leurs conducteurs, quoiqu'il ne vît qu'à regret rougir ses ai^mes d'un sang si vil. L'épouvante dispersa bientôt ces malheureux, et cette expédition fut si brusque, qu'Irolde n'eut presque plus rien à faire, lorsqu'il voulut se mettre de la partie.

Mais quel futl'étonnement du fils d Aynion, et quelle joie ne sentit pas ce généreux paladin, quand, après avoir mis en fuite les soldats de Falerine, il reconnut que la dame qu'on vouloit immoler avec Prasilde étoit la belle Fleur-de-Lys! il désespéroit de la revoir, et il

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ne pouvoit comprendre par quel bonheur elle n avoil pas péri dans le fleuve.

Tandis qu'en la déliant il lui ténioignoit la satisfaction qu'il avoit de l'avoir retrouvée, et qu'elle répondoit à ses sentiments par des transports de joie qu'on ne peut exprimer, Irolde ôta les liens de Prasilde. Ces deux amis s'embrassèrent mille fois, et leurs yeux baignés de larmes faisoient connoître les mouvements dont leurs cœurs étoient agités : ils marquèrent leur recon- A)issance au prince de Montauban, qui les embrassa et les pria de le recevoir en tiers dans une si parfaite amitié.

Gomme la nuit approchoiî, ils se mirent tous quatre en marche pour gagner la plus prochaine habitation; chemin faisant, Prasilde leur apprit comment il avoit procuré la liberté à son ami. Après avoir, dit-il, dispensé Thisbine et son époux de me tenir la promesse qu'ils m'avoient faite, je partis pour les Indes : ce n'est pas que j'espérasse qu'en m'éloignant de l'objet de mon amour, je pourrois loublier; j allois plutôt chercher dans les aventures la fin d'une vie qui m'étoit odieuse. Je parcourus pourtant la plus grande partie des Indes sans trouver la mort, que je mendiois partout; ma mauvaise étoile me fit toujours sortir heureusement des périls où je m'engageai. Je vins ensuite dans ce paysd'Altin, où j'appris avec étonnement la cruauté de Falerine, la construction de son jardin merveilleux, et la cruelle coutume qu'elle y avoit établie; de bonnes gens m'avertirent de prendre garde qu'on ne me surprît, comme l'on avoit fait un grand nombre d'étrangers de fun et de fautre sexes, qui avoient été livrés au dragon de la magicienne.

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