‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 3)Chapitre 116 sur 227 · LIVRE m, CIÎAP. V. 25,î · texte numérisé non relu

LIVRE m, CIÎAP. V. 25,î

Au lieu de profiter tic l'avis qu'on me donnoit , je .sentis naître en moi un désir curieux de savoir plus particulièrement tout ce qui regardoit le jardin enchanté, ou, pour mieux dire, je formai le dessein de délivrer, s'il étoit possible , les dames et les chevaliers qui étoient dans les prisons de Falerine. Pour y parvenir, je pris un habit à la façon du pays; et, sous cet habillement, n'étant pas reconnu pour étranger, je trouvai moyen de faire connoissance avec le geôlier des prisons de la magicienne. Il me dit qu'elle avoit su produii^e par ses charmes, dans un lieu aride et désert, un jardin où brilloientmille beautés qui surpassoient l'effort de la nature; qu'ayant appris par son art que ce jardin devoit un jour être détruit par un chevalier chrétien de la cour de l'empereur Charles, appelé Roland, pour détourner ce malheur, elle avoit fait transporter en ce lieu par ses démons le plus monstrueux dragon des déserts de Libye, outre qu'elle avoit formé par ses enchantements d'autres monstres encore plus redoutables , pour défendre les entrées de ce jardin ; ce n'est pas tout, ajouta le geôlier, elle fait emprisonner tous les étrangers, hommes et femmes, qui viennent dans ce royaume, et les fait servir de pâture au dragon qui garde la première entrée; avant que de mener au supplice ces malheureux, on les oblige, de force ou de gré, à déclarer leur nom et leur patrie , s'ils ne l'ont fait dès qu'on les a pris ; j'en fais une liste, que je garde, et que je porte tous les jours à la magicienne , pour voir si le comte Roland n'y est point.

Quand le geôlier m'eut instruit de toutes ces choses , continua Prasilde , il me montra la liste. Que devins-je

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lorsque je lus le nom d'Irolde? Saisi de douleur et d'effroi, je conjurai le geôlier de remettre ce chevalier en liberté : il me représenta que le nombre de ces prisonniers étoit connu , et qu il ne pouvoit en sauver un sans s'exposer au plus cruel châtiment. J'eus beau lui faire de belles promesses , la crainte de ne pouvoir délivreri mpunément mon ami l'empêcha de se rendre à mes instances ; tout ce que je pus obtenir de lui , fut qu'il relàclieroit Irolde, si je lui fournissois un autre homme à sa place : je résolus de me livrer moi-même. Le geôlier , surpris de ma résolution , voulut par pitié m'en détourner; mais, me voyant obstiné à périr, il me fit entrer en prison pendant la nuit , et en fit sortir Irolde, qui ne me reconnut point dans l'obscurité. Voilà de quelle manière je délivrai mon ami, poursuivit Prasilde ; mais je suis en peine à mon tour de savoir par quelle aventure je le retrouve au pays d'Altin, lui que j'avois laissé en paix avec Thisbine , et que rien, ce me semble, n'obligeoità sortir de Baie.

Après votre départ, dit alors Irolde, je me représentai que vous alliez chercher la mort; et cette idée , dont mon esprit ne pouvoit se détacher, me plongea dans une langueur que Thisbine en vain s'efforça de dissiper. Enfin, le regret de ne vous plus voir troubla mon repos à tel point, que je pris la résolution de courir après vous , et de vous ramener à Baie. La difficulté étoit de faire agréer mon dessein à Thisbine; effectivement elle le combattit par les plus fortes raisons; et elle ne cessa de s'opposer à mon départ , que lorsqu'elle vit bien que mon opiniâtreté là-dessus ne pouvoit être vaincue. Je partis donc , et pris d'abord le chemin des

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Indes , où je savois que vous étiez allé ; je vous cherchai partout ce grand royaume, et , n y apprenant point (le vos nouvelles, je tournai mes pas vers ce pays d'Altin. J y fus à peine arrivé , que j'entendis parler des prisons deFalerine,* je craignis alors, mon cher Prasilde, que vous n'eussiez eu le malheur de tomber dans les fers de la magicienne , et je résolus de ne lien épargner pour m'en éclaircir. Mais pendant que je songeois aux moyens d'en venir à bout, je fus arrêté par un grand nombre de gens de guerre qui se jetèrent tous ensemble sur moi, et me menèrent en prison.

Irolde cessa de parler en cet endroit, et le fils d'Aymon , charmé de l'amitié parfaite qui unissoit ces deux chevaliers persans, se réjouit avec eux de l'heureux sort qui les rassembloit.

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