‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 3)Chapitre 118 sur 227 · LIVRE Ili, CHAP. VI. 0.by · texte numérisé non relu

LIVRE Ili, CHAP. VI. 0.by

casser le casque et la cervelle au roi de Tendouc. Que vous dirai-je ? Cent mille de nos soldats ont pris la fuite à son seul aspect j mais ce qui a causé l'épouvante que vous me voyez , c'est que j'ai vu ce chevalier , dans sa fureur, fendre en deux le monstrueux RliadamantCjet renverser du roc en bas , d'un coup de pied, notre empereur avec le géant Argante. Rien ne peut arrêter ce guerrier terrible. 11 pénétreroit jusqu'aux enfers, s'il l'avoit entrepris. Adieu , seigneurs chevaliers ; il me semble que je l'ai toujours aux épaules , et je ne me croirai point en s,ûreté que je ne sois dans Rochebrune , et que le pont n'en soit levé.

Ainsi parla le Tar tare, qui, sans s'arrêter davantage, poussa son cheval vers l'asile où tendoient ses désii's. Renaud jugea bien que ce chevalier redoutable, dont il venoit dentendre parler, ne pouvoitêtre que son cousin. Il ne douta pas non plus que les deux guerriers aux armes blanches et noires ne fussent les deux fils du marquis Olivier. Il se résolut à les aller joindre. Irolde et Prasilde ne voulurent point abandonner leur libérateur,et Fleur-de-Lys laccompagna volontiers , dans l'espérance de retrouver Brandimart.

Ils prirent donc la route des états de Galafron, où ils arrivèrent en peu de jours. Comme ils approchoient d'Albraque, ils rencontrèrent sur le bord d'un fleuve un chevalier armé de toutes pièces, dont les armes étoient magnifiques, et qui montoit un puissant coursier qu'une demoiselle lui tenoit par la bride. Lorsque Fleur-de-Lys l'eut considère' quelque temps, elle dit à sa compagnie : Si la devise ne me trompe point, je crois connoître la personne que vous prenez pour un chevalier : c'est l'or-

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gueilleuse reine Marphise, la plus fière dame de toute la terre habitable ; je ne vous conseille pas de mesurer vos forces avec les siennes.

Le fds d'Aymon sourit à ces paroles. Noble dame , dit-il à Fleur-de-Lys , je ne doute point de l'extrême valeur , ni de la force de la reine Marphise ; la haute renommée de cette j)rincesse a volé jusqu'en Occident ; mais l'honneur (|ue j'ai de vous accompagner relève mon «•ourage , et me donne même envie dem'éprouver contre (^ette incomparable guerrière. A ces mots , il s'avança vers Marphise , qui venoit à lui dans le même dessein. Chevalier , lui dit-elle d'un ton altier , quand elle fut à portée de se faire entendre, n'espère pas continuer ton chemin , si tu n'eu obtiens de moi la liberté. Grande reine, lui répondit Renaud d'un air respectueux , et en s'inclinant sur les arçons , c'est pour vous la demander que j'ose me présenter devant vous; et si vous daignez ajouter à cette faveur celle de m'honorer d'une de vos courses , j'aurai la gloire d'avoir augmenté le nombre de vos exploits.

La superbe Marphise parut étonnée de cette réponse; et regardant attentivement le chevalier : Tu es le premier mortel , lui dit-elle , qui , m'ayant connue , ait eu l'audace de me demander la joute : je ne veux pas te refuser cette satisfaction ; nous allons voir si ta valeur répond à ta contenance guerrière. Le fils d'Aymon s'inclina pour la seconde fois ; et voyant que la reine tournoit bride pour prendre du champ , il en fit autant de son côté.

On s'étonnera peut-être que Marphise fût si tranquille dans le temps que deux grandes armées étoient

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