‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 3)Chapitre 126 sur 227 · LIVRE m, CHAP. IX · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAP. IX

son rival assis sur le bord du ruisseau , lui dit : Puissant empereur , t'est-il glorieux de chercher ici le repos , tandis que tes peuples et ceux de Galafron sont aux mains pour l'amour de toi ? Vaillant chevalier , lui répondit Agrican , juge mieux de moi. Si j'ai feint de fuir , c est pour continuer notre combat en liberté, ou pour acquérir ton amitié. Si tu te sens disposé à me donner la tienne, je te fais don du royaume de Rhadamante, que tu as pi"ivé de la vie par ta valeur ; mais si tu rejettes mes offres , je serai obligé , quoiqu'à regi'et , de te donner la mort, pour me venger de l'affront que tu me fis hier.

Grand monarque , répondit le fds de Milon , votre générosité m'a gagné le cœur ; cependant je ne puis accepter vos offres , quoique j'en estime infiniment le pinx. Je suis chrétien, et je ne puis engager à un autre prince lobéissance que je dois à mon roi. Si vous êtes chrétien, interrompit le Tartare, vous êtes sans doute ce comte Roland dont on publie tant de merveilles. J'ai toujours souhaité d'éprouver mes forces contre les siennes j mais ce que je vous ai vu faire me donne encore plus d'envie d'avoir votre amitié. Une chose, reprit le paladin , met un obstacle invincible à l'honneur que vous voulez me procurer. Je ne vous cacherai point

que je suis Roland , et que je brûle pour Angélique

Ah! si cela est , interrompit Agrican , nous ne pouvons être qu'ennemis.

En achevant ces paroles, il courut vers Bayard, en

disant au comte , d'un visage enflammé de colère et de

jalousie : Roland, prépare-toi à te défendre ; je te défie à

un combat mortel. Le paladin, sans lui répondre, se

Roland l'Amoursux. i. i8

2y4 ROLAND I.AMOUREUX.

mit en état de soutenii- ses attaques j et n'ignorant pas qu'il avoit affaire au plus redoutable ennemi qu'il eût encore combattu, il rassembla toutes ses forces pour les employer contre lui.

Je ne m'attacherai point à faire un détail de leur épouvantable combat : il est hors de toute expression. Je dirai seulement que ces deux fiers rivaux , combattant pour l'amour et pour la gloire, firent tous les miracles de valeur qu'on pouvoit attendre d'eux. Ils combattirent jusque bien avant dans la nuit ,• mais enfin , les ténèbres s'augmentant jusqu'à ne pouvoir rien distinguer, les combattants furent obligés de se quitter pour se reprendre dès que le jour le leur permettroit.

Ils se couchèrent sur le gazon l'un auprès de l'autre , comme auroient fait deux intimes amis. Bientôt le sommeil s'empara de leurs membres fatigués j mais s'ils n'avoient aucune défiance l'un de l'autre, leur jalousie ne leur permit pas d'attendre le retour de l'aurore pour se réveiller. Néanmoins , avant que de recommencer leur combat , l'empereur employa tout ce qu'il put imaginer de plus séduisant pour obliger son rival à lui céder la possession d'Angélique ; mais comme il ne put y réussir, il eut honte d'avoir fait cette démarche. Pour s'en venger , il se jette plein de fureur sur Roland , qui le reçoit avec une animosité qui égaloit la sienne. Ils combattirent une partie du jour ; cependant il falloit que le combat finît , et le succès n en pouvoit être avantageux au Tartare ; bien que son armet fût enchanté, et le reste de ses armes des plus forts , Durandal pouvoit le blesser , au lieu que le fils de Milon étoit invulnérable. Le sang de lempereur couloit sur ses armes

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