‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 3)Chapitre 125 sur 227 · LIVRE III, CHAP. IX. * ^- l · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAP. IX. * ^- l

Loin tle combattre ses désirs, il ne songea qu'à les satisfaire : il to-ucha la dame et le chevalier, au bras, d'une racine qui avoit la propriété d'assoupir , pour quelques heures , d'un profond sommeil. L'anachorète musulman s'étant ainsi précàutionné contre la résistance de la dame et contre le ressentiment du chevalier , prit Fleurde-Lys entre ses bras, l'étendlt sur son àne, et la lia fortement avec des courroies : puis , tout rempli de joie , il retourna vers sa cabane, dans l'espérance de consommer sans danger son coupable dessein ; mais le ciel permit qu'il passât par là un lion affiimé qui se jeta sur le scélérat iivec furie; et, pendant qu'il le dévoroit, l'àne effrayé s'enfuit avec la belle charge qu'il portoit.

F'Ieur-de-Lys, après que la racine eut fait son effet, se réveilla. Etonnée de se voir dans l'état où elle étoit, elle lit tous ses efforts pour se délier; et, n'en pouvant venir à bout, elle se mit à remplir l'air de cris, en implorant le secours du ciel et de son cher Brandimart, dont elle ne pouvoit comprendre comment elle avoit été si désagréablement séparée ; d'une autre part, son amant , trop éloigné d'elle pour l'entendre, se désespéroit de ne la plus retrouver à son réveil; il la cherchoit aux environs ; et, craignant de s'éloigner d'elle en voulant s'en approcher, il ne savoit quel parti prendre : enfin ses oreilles furent frappées d'un bruit qui sembloit venir vers lui. Il s'avance pour apprendre ce que c'est : il arrive à un grand chemin qui traversoit la forêt , et voit une troupe de gens de guerre qui conduisoient des chameaux , sur l'un desquels étoit montée une dame tout éplorée.

Il étoit aisé de juger, à sa contenance et à ses gémisse-

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ments , qu'on l'emnienoit malgré elle. Deux difformes géants marchoient à la queue de la troupe, pour la défendre , si on Tattaquoit, et un troisième géant, plus terrible que les autres, paroissoit à la tête. Brandimart crut d'abord que c'étoit Fleur-de-Lys. Pour s'en éclaircir, il cberchoit à s'en approcner ; mais, comme on ne le lui vouloit pas permettre, il renversa trois ou quatre soldats qui s'opposoient à son passage. Les deux géants qui faisoient l'arriére- garde s'avancèrent sur lui : Cbétive créature, lui dit l'un d'eux, rends-toi sans différer, ou tu es mort. Brandimart, au lieu de lui répondre, poussa son cheval sur lui avec tant d'impétuosité, qu'il le renversa sur la poussière. L'autre géant, pour venger son compagnon, et lui donner le temps de se relever , chargea le chevalier brusquement , et lui fendit son bouclier d'un pesant coup de cimeterre. Le guerrier en chancela J mais il se remit promptement, et, le frappant à la cuisse, il y fit une profonde blessure , malgré les plaques d'acier qui la couvroient. Le premier géant , honteux de sa chute , s'étant relevé en fureur , frappa le chevalier de toute sa force j mais l'épée glissa sur le casque, et alla couper le cou de son cheval. Heureusement Brandimart sauta légèrement à terre, de peur de se trouver engagé sous l'animal, qui tomba.

En cet endroit l'auteur les laisse continuer ce combat inégal, pojjr retourner au comte d Angers et à l'empereur Agrican. Il dit que , lorsque ces deux guerriers furent entrés assez avant dans la forêt, le Tartare, qui alloit devant, s'arrêta sur un beau gazon qu'arrosoit une claire fontaine ; qu'il y descendit de cheval , et que le Français y arriva un moment après. Celui-ci , voyant

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