‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 3)Chapitre 128 sur 227 · LIVRE III, CHAP. X. 2JJ · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAP. X. 2JJ

Ah! petit nain, te trouves-tu trop grand pour moi, ou veux-tu combattre contre mes jambes ? Prends garde que je ne te jette d un coup de pied sur l'arbre le plus haut de la forêt. Roland, sans lui répondre un seul mot, se lança sur lui si promptement, que le géant ne put le frapper ; et le saisissant par une de ses cuisses, il le souleva et le jeta par terre tout étendu ; puis, sans lui donner le temps de se relever, il lui coupa les deux cuisses d'un seul coup de Durandal, en lui disant : Superbe monstre, ne tire plus vanité de ta taille gigantesque ; tu n'es pas à présent plus grand que ceux pour qui tu avois tant de mépris.

Pendant que le comte d'Angers traitoit ainsi Marfuste , Brandimart donnoit la chasse aux soldats qui gardoient la dame prisonnière ; mais quand il les eut dissipés, il demeura bien étonné de voir que ce n'étoit pas sa chère Fleur-de-Lys ; il en parut accablé de douleur; et, levant ses yeux au ciel, il poussa ces tristes plaintes de la manière du monde la plus touchante : O dieux ! qui m'avez sauvé du péril , que ne me laissiezvous mourir? Fortune! quel est ton caprice? Tu m'as ravi de mon pays dès mon enfance, sans que je connusse le nom de mon père. Tu me fis vendre pour esclave au comte de la Roche-Sauvage, qui m'affranchit, et me laissa héritier de tous ses biens* tu ne te contentas point de cette faveur, tu me rendis possesseur de la plus parfaite de toutes les dames • mais , hélas ! cruelle , tu viens de me l'enlever, quand je ne puis plus vivre sans elle.

Roland fut touché de ces paroles : Mon cher ami , dit-il à Brandimart, donne quelque trêve à ta douleur;

278 ROLAND l'amoureux,

ton mal n'est pas sans remède : tu peux retrouver ta dame 5 juges-en par mon exemple : n'ai-je pas rencontré la mienne, que je désespérois de revoir? Puisque ta maîtresse est encore en ce pays, dois-tu lâchement perdre l'espérance de la rejoindre ? A ce reproche , Brandimart prit un peu de courage , et pria le comte de vouloir bien 1 aider à faire la recherche de Fleurde-Lys ; ce que son ami lui promit aussitôt qu'il auroit délivré sa princesse de tous les ennemis qui l'assiégeoient. Angélique n'a plus besoin de notre secours, lui dit Brandimart. L'armée tartare a été défaite, et l'on ne sait même ce qu'est devenu l'empereur Agrican. Si la fille de Galafron est libre, répondit Roland , je m'offre à chercher votre dame dès ce moment avec vous. Quel chemin prendrons - nous ? Voilà tout mon embarras , reprit Brandimart. Elle m'a été ravie dans cette forêt , tandis que nous dormions ; j'ignore de quel côté on l'a emmenée.

La dame qu'ils venoient de délivi^er, les voyant incertains de la route qu'ils dévoient prendre , leur dit : Hier, mes ravisseurs , en passant près d'un ermitage où demeure un vieux religieux qui a la réputation d'être un grand prophète , eurent la curiosité de lui demander ce qui devoit leur aiTiver. Il leur apprit qu'un grand malheur les menacoit ; ils ne firent que rire de cette prédiction, qui vient pourtant de s'accomplir. Ainsi, seigneurs chevaliers , ajouta la dame , je vais vous conduire, si vous voulez, à cet ermitage; l'ermite pourra vous tirer de l'embarras où vous êtes. Les deux guerriers y consentirent. Comme Brandimart avoit perdu son cheval dans le combat , Roland le fit monter sur

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